À quatre jours de l’arrivée de Léon XIV, les installations prennent forme à Paris tandis que Lourdes et Metz achèvent leurs préparatifs. Derrière l’événement religieux et les centaines de milliers de fidèles attendus se déploie une organisation considérable qui mobilise grands groupes, PME, manufactures et artisans. Le principal marché privé identifié concerne GL events. Le groupe lyonnais travaille directement avec le diocèse de Paris pour l’organisation des grands rassemblements. Les équipes diocésaines collaborent quotidiennement avec l’entreprise sur la construction des podiums, l’organisation des flux de personnes et la logistique d’accueil. La réalisation du podium de la grande messe parisienne lui a également été confiée.
GL events connaît bien les manifestations de cette dimension. Le groupe, qui compte près de 6 500 collaborateurs et opère dans plus de vingt pays, intervient notamment au Stade de France et avait déjà participé à l’accueil de Jean-Paul II en 1986, lorsqu’il portait encore le nom de Polygone. Le montant de son contrat pour la visite de Léon XIV n’a cependant pas été rendu public. L’ampleur du dispositif donne néanmoins une idée des moyens engagés. Sylvain Guillebaud, secrétaire général adjoint de la Conférence des évêques de France chargé des questions économiques et financières, évoque notamment l’installation de 2 500 sanitaires pour accueillir la foule. S’y ajoutent podiums, écrans, sonorisation, aménagement des sites et dispositifs d’accueil.
Publicis intervient sur un autre terrain, celui de la communication de la visite. France Télévisions occupe pour sa part une place essentielle comme diffuseur officiel : le groupe assure la captation et produit le signal international mis à disposition des médias français et étrangers.
À Lourdes, l’impact économique devient plus directement perceptible. Pour Majoado 1946, ancienne SERAL, la visite se traduit déjà dans les carnets de commandes. Cette manufacture joaillière lourdaise, dernier atelier local de frappe de médailles, emploie une trentaine de personnes et produit médailles, chapelets et dizainiers pour la CEF, le Sanctuaire, des diocèses et des magasins religieux. À la mi-août, plus de 50 000 articles consacrés à Léon XIV avaient déjà été livrés. L’entreprise espère environ 100 000 euros de chiffre d’affaires supplémentaire.
Même accélération à la Ciergerie de Lourdes. Avec 17 salariés et 2,9 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2025, elle avait produit 450 tonnes de cierges l’an dernier. À l’approche de Léon XIV, sa production a augmenté de 20 %, avec quelque 130 000 cierges supplémentaires fabriqués en trois semaines. L’activité gagne naturellement les commerces de la cité mariale. Les fournisseurs proposent médailles, mugs, sacs et objets à l’effigie du Pape, jusqu’à des chaussettes Léon XIV proposées aux commerçants. L’hébergement fournit un autre indicateur spectaculaire : les recherches sur Airbnb ont progressé de 610 % par rapport à la même période de 2025. Avec environ 150 000 personnes attendues, hôtels, restaurants et commerces devraient largement bénéficier de l’affluence.
À Paris, Notre-Dame commercialise une médaille datée du 25 septembre 2026, fabriquée à Saumur par les ateliers Pichard-Balme, aujourd’hui intégrés à Arthus Bertrand. Fondés en 1833 et historiquement spécialisés dans la bijouterie religieuse, ces ateliers perpétuent un savoir-faire français de médailleur. La pièce de 34 millimètres en métal doré est réalisée artisanalement par estampage. Autour de cette médaille se déploie la gamme des produits officiels. Les bracelets « Pour que le monde ait la vie », vendus deux euros, sont fabriqués artisanalement en Europe, sans que leur fabricant soit identifié. Les porte-clés sont fabriqués artisanalement en Espagne. Pour les casquettes, gourdes, tote-bags, badges et magnets, une fabrication française ou européenne est annoncée sans que chaque fournisseur soit publiquement nommé.

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À côté de cette gamme, Siloé France commercialise ses propres tee-shirts consacrés aux étapes de Paris, Lourdes et Metz, en coton biologique certifié GOTS. Ils ne font pas partie de la collection officielle de la CEF, mais témoignent eux aussi de l’activité commerciale créée autour du voyage. L’identité graphique officielle porte la signature d’Atelier Argo, qui a conçu pour la CEF un univers visuel inspiré notamment des vitraux et des rosaces des cathédrales françaises.
La chaîne se prolonge jusque dans le Roannais. Tissages de Charlieu a réalisé le tissu jacquard recyclé des 5 000 étoles destinées aux prêtres et diacres, production que l’entreprise a choisi d’offrir à la CEF. Les Inventives d’Emma, atelier du Tri d’Emma à Villerest, en ont assuré la confection. Les Cartonnages du Roannais interviennent pour le conditionnement, tandis qu’Unal Palettes Père et Fils et les Transports Cognards participent à leur acheminement.
À Metz aussi, l’effet économique précède l’arrivée du Pape. Les recherches d’hébergement ont progressé de 194 % sur Airbnb et de 306 % sur Booking.com, tandis que le parc hôtelier affichait complet plusieurs semaines avant la visite. Les transports profitent également de l’affluence : FlixBus figure parmi les compagnies qui achemineront des pèlerins. À ces entreprises s’ajoutent les prestataires de sécurité privée, structures temporaires, sonorisation, restauration, impression et logistique dont tous les noms ne sont pas rendus publics.
Reste, en arrière-plan de cette activité boosté par la visite de Léon XIV, une question financière qui ne pourra être éludée une fois les rassemblements terminés. Le budget de la visite atteint désormais 27 millions d’euros. Or le dernier montant précisément communiqué pour la collecte s’établissait à 7,5 millions d’euros, dont plus de 5 millions pour Paris. Un écart de 19,5 millions d’euros subsiste donc à cette date entre les dons annoncés et le coût prévisionnel, même si les collectes doivent se poursuivre avant, pendant et après la visite et que d’autres ressources peuvent compléter les dons.
Rappelons qu’ après la venue du pape François en septembre 2023 à Marseille, il manquait encore 500 000 euros pour équilibrer un budget de 2,3 millions d’euros. Trois mois plus tard, le diocèse de Marseille annonçait avoir finalement bouclé ses comptes grâce à un nouvel appel aux dons, à la participation d’autres diocèses français et à de nouveaux mécènes. On peut donc espérer qu’il en ira de même pour la venue de Léon XIV et que la mobilisation des fidèles, des diocèses et des derniers gros mécènes permettra, là encore, d’équilibrer les comptes une fois l’événement achevé.
La CEF compte notamment sur les dons des fidèles, le mécénat, les produits dérivés et les collectes effectuées lors des rassemblements. À Paris, la possibilité de mobiliser les réserves diocésaines a également été évoquée si les sommes recueillies ne suffisaient pas. Rien ne permet en revanche d’affirmer à ce stade qu’un emprunt spécifique ou la vente de biens immobiliers de l’Église serait envisagé.


