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[Léon XIV en France] Une France catholique entre espoir, inquiétude et incompréhension

Place de la Concorde, à Paris : installation de la vaste tente qui accueillera la messe célébrée par le pape Léon XIV - @tribunechretienne
Place de la Concorde, à Paris : installation de la vaste tente qui accueillera la messe célébrée par le pape Léon XIV - @tribunechretienne
Léon XIV est attendue par une Église de France qui espère retrouver avec Rome une relation plus apaisée

Par Philippe Marie

Les années du pontificat de François auront laissé chez une partie des catholiques français le sentiment d’une rupture. Lorsqu’il se rendit à Marseille en septembre 2023, le pape argentin avait tenu à préciser qu’il venait « à Marseille, pas en France ». Il répondait à l’invitation du cardinal Jean-Marc Aveline pour les Rencontres méditerranéennes. Plus symbolique encore fut son absence lors de la réouverture de Notre-Dame de Paris en décembre 2024. La cathédrale ressuscitait cinq ans après l’incendie sous les yeux du monde entier, mais François choisit de ne pas venir. Une semaine plus tard, il était à Ajaccio, à l’invitation du cardinal François Bustillo, pour un colloque consacré à la religiosité populaire en Méditerranée.

Marseille avec Mgr Aveline, Ajaccio avec Mgr Bustillo, mais pas Paris pour Notre-Dame : le symbole fut vécu durement par nombre de catholiques. Léon XIV arrive aujourd’hui dans une France qui attend de Rome un autre climat. Cette attente tient en trois mots : espoir, inquiétude et incompréhension.

L’espoir : une génération revient

La France que va découvrir Léon XIV n’est pas seulement celle du déclin. À Pâques 2026, 13 234 adultes ont reçu le baptême, soit 28 % de plus qu’en 2025 et plus du triple du nombre enregistré dix ans auparavant. Plus significatif encore, 42 % avaient entre 18 et 25 ans. Avec les adolescents, plus de 20 000 nouveaux baptisés ont rejoint l’Église. Ce renouveau se retrouve dans les pèlerinages, l’adoration, la confession et certaines communautés particulièrement dynamiques. Chartres a encore réuni environ 20 000 pèlerins cette année. La Communauté Saint-Martin a ordonné douze prêtres en juin. Quelque chose recommence dans les profondeurs du catholicisme français. Une génération qui n’a parfois presque rien reçu découvre la foi avec une étonnante exigence et un sens du sacré particulièrement affirmé.

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L’inquiétude : derrière le renouveau, l’effondrement

Ce mouvement ne saurait masquer des chiffres redoutables. En 1980, la France comptait 38 391 paroisses. En 2024, elles n’étaient plus que 10 925, soit une diminution de 71,5 %. Le nombre total de prêtres est passé de 38 876 à 12 590, une chute de 67,6 %. Les religieuses sont passées de 87 044 à 17 452. Les mariages religieux, eux, de 217 479 à 40 678. C’est aussi cette France que rencontrera Léon XIV : regroupements paroissiaux, clochers sans prêtre résident, communautés vieillissantes et recours croissant à des prêtres étrangers.

Dans le même temps, le paysage religieux s’est recomposé. L’islam occupe désormais une place importante et sa pratique est proportionnellement plus élevée. L’enquête Trajectoires et Origines de l’Insee relevait que 8 % des personnes se déclarant catholiques fréquentaient régulièrement un lieu de culte, contre plus de 20 % chez les musulmans. À cette transformation s’ajoutent les crispations françaises autour de la laïcité. Le contraste avec 1980 est saisissant. Jean-Paul II descendait les Champs-Élysées avec Valéry Giscard d’Estaing dans la voiture présidentielle. Difficile d’imaginer aujourd’hui Emmanuel Macron et Léon XIV s’offrir ensemble à un tel bain de foule. Constitutionnalisation de la liberté de recourir à l’avortement, évolution de la législation sur la fin de vie et l’euthanasie, mais aussi situation personnelle du chef de l’État et de son épouse : la distance avec l’anthropologie catholique est considérable.

L’incompréhension : la question traditionnelle demeure

Une troisième réalité attend Léon XIV : celle des catholiques attachés à la liturgie traditionnelle et demeurés fidèles au Saint-Siège. Beaucoup avaient espéré que son élection entraînerait un assouplissement de Traditionis custodes. Rien de décisif n’est intervenu jusqu’à présent.

L’attente était pourtant nourrie par les paroles mêmes du Pape. En mars, s’adressant aux évêques français, Léon XIV évoquait la « douloureuse blessure » ouverte autour de la célébration de la messe, « sacrement même de l’unité ». Il demandait de rechercher des « solutions concrètes permettant d’inclure généreusement les personnes sincèrement attachées au Vetus Ordo ». Six mois plus tard, ces fidèles demeurent largement tributaires de l’attitude de leur évêque et de l’interprétation plus ou moins restrictive faite localement de Traditionis custodes. D’où une question devenue difficile à éluder : comment demander d’« inclure généreusement » ces catholiques sans donner une traduction concrète à cette volonté ?

L’incompréhension est d’autant plus vive que ces communautés ne correspondent plus à l’image d’une génération nostalgique. Elles comptent beaucoup de jeunes et de familles qui n’ont connu ni les querelles liturgiques des années 1970, ni même le monde d’avant Vatican II. Ils ont découvert le latin, le grégorien, le silence et le sens du sacré au XXIe siècle. Plus encore, ces fidèles et les communautés qui leur sont proches constituent aujourd’hui une part particulièrement importante du dynamisme catholique français

C’est donc une France catholique profondément paradoxale qui attend Léon XIV : l’espoir d’une jeunesse qui revient, l’inquiétude devant l’effondrement des structures et de la transmission, l’incompréhension de fidèles qui attendent encore l’apaisement promis. Après les années François, beaucoup espèrent davantage qu’une visite réussie. Ils attendent un changement de climat, une écoute et peut-être cette attention particulière que Jean-Paul II avait su manifester à la France. Léon XIV trouvera une Église affaiblie, mais certainement pas morte. Une Église inquiète, parfois divisée, mais travaillée par un renouveau que peu avaient prévu. C’est cette France catholique, avec ses blessures et ses espérances, que le Saint-Père s’apprête à rencontrer.

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