Le dossier Medjugorje n’a peut-être pas encore livré tous ses secrets. Le journaliste italien David Murgia a récemment rendu publics des éléments qu’il présente comme provenant d’une consultation menée en 2016 au sein de l’ancienne Congrégation pour la doctrine de la foi. Selon ces documents, 33 personnes auraient été consultées : 21 se seraient prononcées contre la reconnaissance de l’origine surnaturelle des phénomènes, neuf en faveur et trois auraient estimé impossible de parvenir à une conclusion définitive.
Dans l’analyse accompagnant ses révélations, David Murgia souligne notamment le décalage entre ces réserves doctrinales attribuées à la consultation de 2016 et l’orientation pastorale finalement adoptée par Rome en 2024. Une comparaison éclairante, à condition de ne pas confondre deux questions différentes : l’authenticité surnaturelle des apparitions présumées et la possibilité d’autoriser la dévotion née autour de Medjugorje. Une précaution s’impose en effet : le Saint-Siège n’a pas publié officiellement ces résultats de 2016. Les chiffres doivent donc être attribués à Murgia tant que les documents concernés n’ont pas fait l’objet d’une authentification publique par le Vatican.
Ces informations prennent néanmoins une importance particulière lorsqu’elles sont replacées dans la longue histoire du discernement romain. Créée en 2010 sous Benoît XVI et présidée par le cardinal Camillo Ruini, une commission internationale avait longuement étudié Medjugorje. Elle avait notamment distingué les premières apparitions présumées de la continuation du phénomène.Concernant les sept premières manifestations, les résultats révélés en 2017 indiquaient 13 votes favorables à leur caractère surnaturel, un vote défavorable et un vote suspensif. La commission était en revanche beaucoup plus réservée sur les apparitions ultérieures.
Si les documents publiés sont authentiques, la consultation de 2016 montrerait donc qu’au stade suivant du discernement, une majorité importante des personnes sollicitées par la Congrégation pour la doctrine de la foi ne partageait pas une appréciation favorable de la surnaturalité du phénomène.
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Le dossier prend toutefois une autre direction avec les nouvelles normes publiées par le Dicastère pour la doctrine de la foi en mai 2024. Désormais, Rome peut accorder un nihil obstat à un phénomène sans déclarer son origine surnaturelle. C’est dans ce cadre que le Dicastère publie, le 19 septembre 2024, la note La Reine de la Paix consacrée à Medjugorje. Rome y reconnaît l’abondance des fruits spirituels liés au sanctuaire : conversions, confessions, vocations, retour aux sacrements, réconciliations et approfondissement de la prière. Le nihil obstat permet ainsi aux fidèles d’adhérer prudemment à cette expérience spirituelle et autorise son accompagnement pastoral.
Mais le point essentiel demeure : le Vatican n’a pas reconnu comme surnaturelles les apparitions de Medjugorje.
Le Dicastère précise même que son appréciation positive des nombreux messages ne signifie pas qu’ils possèdent une origine surnaturelle directe et continue de parler de « messages présumés ».
Il n’existe donc pas nécessairement de contradiction entre une majorité défavorable en 2016 et le nihil obstat de 2024 : les deux démarches ne répondent plus exactement à la même question. Mais les documents révélés , s’ils sont confirmés, permettent de dissiper une confusion largement répandue. Le nihil obstat accordé sous le pontificat de François ne signifie pas que Rome a finalement authentifié Medjugorje. Il signifie que l’Église reconnaît suffisamment de fruits spirituels positifs pour permettre et accompagner cette dévotion.
Entre reconnaître les fruits d’un lieu de pèlerinage et affirmer que la Vierge Marie y apparaît réellement, la distance doctrinale demeure considérable. Et sur ce dernier point, malgré plus de quarante années de pèlerinages et de débats, Rome n’a toujours pas prononcé le mot que certains attendent : celui de la reconnaissance surnaturelle.


