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TRANS et LGBT : Comment le jésuite James Martin embarque le cardinal Battaglia dans ses errements idéologiques

Le jésuite James Martin et le  cardinal Battaglia - DR/ Trans Depositphotos
Le jésuite James Martin et le cardinal Battaglia - DR/ Trans Depositphotos
Le cardinal Domenico Battaglia préface un ouvrage consacré aux personnes trans et appelle l’Église à explorer de « nouveaux seuils »

On est décidément bien loin de saint Ignace de Loyola et de ses Exercices spirituels. Avec le père James Martin, une certaine tradition jésuite semble avoir trouvé un nouveau terrain de discernement : jusqu’où peut-on déplacer les frontières pastorales sans toucher à la doctrine ? Depuis des années, le jésuite américain a fait des questions LGBT l’un de ses principaux terrains d’intervention dans l’Église, avec une méthode désormais familière : moins contester frontalement l’enseignement catholique que rouvrir, au nom de l’écoute et de l’accompagnement, des questions que le Magistère a pourtant déjà largement tranchées.

C’est précisément sur Outreach, plateforme catholique LGBT rattachée à America Media, qu’a été publiée le 3 septembre, avec l’autorisation du cardinal Domenico Battaglia, sa préface à Persone transgender. Scienze, teologie, pastorali. L’ouvrage, dirigé par Damiano Migliorini et le jésuite Giuseppe Piva, entend aborder les personnes trans sous les angles scientifique, théologique et pastoral. Outreach confirme explicitement que le texte a été publié avec la permission de l’archevêque de Naples.

Il faut néanmoins distinguer les propos du cardinal Battaglia de l’utilisation qui peut en être faite. Le prélat italien parle d’abord en pasteur. « Personne n’est exclu du cœur de Dieu. Aucune vie n’est étrangère au mystère du salut », écrit-il. L’affirmation est profondément catholique : toute personne doit pouvoir être accueillie, écoutée et accompagnée sans être réduite à sa dysphorie, à sa sexualité ou à l’identité qu’elle revendique.

La difficulté commence lorsque cet accompagnement semble transformer en questions ouvertes ce sur quoi l’Église possède déjà une doctrine et donc une vérité

Le cardinal Battaglia écrit que « la dysphorie de genre, les identités transgenres et les expériences de vie qui ne correspondent pas aux modèles traditionnels posent des questions profondes. Y compris pour l’Église ». Son Éminence demande de « ne pas se hâter de définir », invite à demeurer « dans la tension de la recherche » et parle surtout de rester ancrés dans le Christ tout en traversant des « territoires inexplorés ».

Mais à quel moment le prélat italien réalise-t-il que, sur le fond anthropologique, ces territoires ne sont précisément plus inexplorés ?

Les situations individuelles sont évidemment complexes. Les connaissances médicales et psychologiques évoluent et l’accompagnement d’une personne souffrant de dysphorie exige prudence, respect et charité. Mais l’anthropologie chrétienne n’a pas vocation à être redéfinie au rythme des nouvelles catégories culturelles. Le Catéchisme rappelle l’unité du corps et de l’âme et la nécessité de reconnaître et d’accepter son identité sexuelle. Surtout, Dignitas infinita, publiée en avril 2024 par le Dicastère pour la Doctrine de la foi avec l’approbation du pape François, s’est précisément confrontée aux débats contemporains.

La déclaration affirme que sexe biologique et genre socioculturel « peuvent être distingués, mais non séparés ». Elle rejette les tentatives d’effacement de la différence sexuelle entre l’homme et la femme et rappelle que le corps participe lui-même à la dignité de la personne. Concernant le changement de sexe, le document considère que de telles interventions risquent, « en règle générale », de porter atteinte à la dignité reçue dès la conception, tout en distinguant les interventions médicales concernant des anomalies génitales.

Le cardinal Battaglia ne contredit explicitement aucun de ces enseignements. Il serait donc injuste de lui attribuer une rupture qu’il ne formule pas. Son Éminence demande même que le discernement demeure « enraciné dans la vérité », parle de rester « ancrés dans le Christ » et conclut en évoquant « la vérité qui nous rend libres ». Mais alors, à quel moment cette vérité éclaire-t-elle concrètement l’accompagnement proposé ?

Car accompagner n’est pas simplement marcher à côté de quelqu’un. Encore faut-il savoir vers quoi l’on marche. La doctrine catholique n’est pas l’obstacle embarrassant que la pastorale devrait apprendre à contourner : elle en constitue précisément la boussole.

Le contenu du livre préfacé par le cardinal Battaglia rend cette interrogation encore plus importante. L’ouvrage ne porte pas uniquement sur l’accueil humain de personnes confrontées à la dysphorie de genre. Ses 272 pages abordent notamment psychologie, anthropologie, morale chrétienne, théologies féministes et accompagnement spirituel, avec des prolongements pastoraux concernant le langage, la formation et la liturgie.

La question n’est donc plus seulement : comment accueillir une personne trans ? Sur ce point, la réponse chrétienne est claire : avec charité, respect et sans humiliation. La question devient : faut-il, pour rendre cet accueil possible, remettre en discussion la manière dont l’Église comprend l’être humain ? C’est là que les « territoires inexplorés » du cardinal Battaglia posent question. Ils peuvent désigner de nouvelles manières d’accompagner des situations humaines complexes. Mais s’ils signifient que l’anthropologie elle-même doit redevenir une matière indéterminée, la difficulté est tout autre. L’Église ne découvre pas en 2026 que l’être humain possède un corps sexué ni que celui-ci appartient à son identité.

« Avant les idées, il y a les personnes », écrit avec raison le cardinal Battaglia. Mais après la rencontre vient nécessairement la question de la vérité. Accueillir sans humilier, accompagner sans abandonner, écouter sans condamner précipitamment : certainement. Transformer pour autant l’anthropologie chrétienne en « territoire inexploré » : c’est précisément là que le Magistère a déjà apporté des réponses.

Tribune Chrétienne publie en français ci-dessous l’intégralité de la préface du cardinal Domenico Battaglia afin que chacun puisse lire ses propos dans leur contexte.

Préface intégrale du cardinal Domenico Battaglia

« Il y a un temps pour toute chose sous le ciel, dit le sage. Et il y a un temps – aujourd’hui plus que jamais – pour s’arrêter et écouter. Pour garder le silence devant l’inconnu, pour consacrer du temps aux histoires, pour accueillir des questions qui semblent plus grandes que les réponses dont nous disposons. Tel est le temps dans lequel nous nous trouvons : un temps fragile et complexe, mais aussi fécond, parce qu’il nous oblige à ne rien tenir pour acquis. Un temps qui interpelle profondément l’Église, appelée à renouveler son regard sur l’être humain, à franchir de nouveaux seuils sans perdre son âme.

Nous vivons dans un monde qui change, parfois brutalement, et qui entraîne de profondes transformations dans l’expérience de l’identité, des relations, du corps et de la conscience. Face à ces changements, la communauté ecclésiale est appelée à avancer dans un esprit d’écoute et de discernement, en restant fidèle à l’Évangile tout en étant attentive aux souffrances, aux attentes et aux questions qui naissent des expériences concrètes de tant de personnes.

Ce volume rassemble des contributions diverses par leur origine, leur perspective et leur contenu. Ce sont des voix venues du monde des sciences, de la psychologie, de l’anthropologie, de la théologie et de la pastorale. Des voix qui ne parlent pas toutes le même langage, mais qui abordent ensemble un sujet complexe et délicat, offrant au lecteur une possibilité : celle de s’arrêter. Réfléchir, ne pas fuir, ne pas se hâter de définir, mais demeurer fidèlement dans la tension de la recherche. La question de la dysphorie de genre, des identités transgenres et des expériences de vie qui ne correspondent pas aux modèles traditionnels pose des questions profondes. Y compris pour l’Église.

Mais c’est précisément pour cette raison qu’elle exige une écoute encore plus respectueuse et attentive. Un chemin qui ne soit pas celui du jugement, mais de l’accompagnement. Personne n’est exclu du cœur de Dieu. Aucune vie n’est étrangère au mystère du salut. Et chaque personne, chaque histoire – même celles qui semblent éloignées ou difficiles à comprendre – porte en elle la possibilité d’une révélation. La révélation d’un Dieu qui s’approche, qui se laisse toucher, qui habite les blessures, qui ne craint pas la chair fragile des fils de l’homme. Car Il a assumé cette chair, Il l’a vécue et Il l’a transfigurée.

Au cœur de ce chemin de transfiguration humaine, l’Évangile continue d’être pour nous lumière et guide, nous invitant à parcourir un chemin de fidélité et de confiance. La fidélité est mouvement dans l’Esprit ; elle est recherche communautaire ; elle est la volonté de rester ancrés dans le Christ tandis que nous traversons des territoires inexplorés. Pour cette raison, il ne s’agit pas d’adopter des positions hâtives, mais de faire mûrir, par le dialogue, la prière et l’approfondissement spirituel et théologique, un discernement ecclésial large et partagé, respectueux des personnes et enraciné dans la vérité.

Ce livre peut constituer un instrument utile sur ce chemin. Parce qu’il offre des perspectives et nous encourage à formuler les bonnes questions. Et surtout, il nous rappelle qu’avant les idées, il y a les personnes. Des personnes à rencontrer, à écouter et à accompagner. Avec la sagesse de l’Église, avec la force de la charité, avec la beauté de la Parole, avec la tendresse du soin. J’espère que la lecture de ces pages suscitera non pas tant le consensus que l’attention. Non pas tant le jugement que le dialogue. Non pas tant les opinions que la compassion. Car ce n’est que sur ce terrain que peut grandir une véritable pastorale, capable de vérité et de tendresse, de cohérence et d’ouverture, de fidélité à l’Évangile et de proximité avec la condition humaine.

Je souhaite au lecteur de se laisser toucher. Qu’il entre dans les replis des histoires, des réflexions et des doutes. Et qu’il perçoive qu’au cœur de tout cela – au-delà des différences, au-delà des conflits, au-delà des luttes – demeure le désir d’une Église qui ne cesse jamais d’être mère. Une mère qui accompagne, qui écoute, qui protège. Une mère qui sait, avec humilité et courage, se mettre en chemin avec tous, en gardant et en partageant la vérité qui nous rend libres »

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