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Nuit Blanche à Paris : le diocèse peut-il devenir complice d’une profanation ?

église Saint Eustache à Paris- Depositphotos
église Saint Eustache à Paris- Depositphotos
Avec un budget de 1,3 million d’euros d’argent public, la Nuit Blanche 2026 du 6 et 7 juin prochain est une nouvelle offensive contre le caractère sacré des églises qui interroge directement la responsabilité du diocèse de Paris

Barbara Butch n’est pas une personnalité culturelle comme les autres. Son nom reste associé à la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques de Paris 2024, dont une séquence profanatoire de la Cène avait provoqué l’indignation de millions de chrétiens à travers le monde. Deux ans plus tard, celle-ci se voit confier la direction artistique de la Nuit Blanche 2026 par la Ville de Paris.

Dotée d’un budget global de 1,3 million d’euros d’argent public, dont 42 000 euros pour la seule direction , cette édition de la Nuit Blanche ne se contentera pas d’investir les rues et les espaces culturels de la capitale. Plusieurs églises et chapelles parisiennes figurent parmi les lieux retenus pour accueillir des installations immersives, des performances sonores et des expérimentations artistiques toutes étrangères à leur vocation religieuse. C’est précisément ce choix qui suscite l’indignation.

Car au-delà de la personnalité de Barbara Butch, c’est la transformation de lieux consacrés à Dieu en espaces d’expérimentation culturelle qui interroge profondément. Plus encore, une question demeure : le diocèse de Paris, qui dispose de moyens pour s’y opposer, laissera-t-il faire ?

Parmi les expériences annoncées figure « Sous la peau du ciel », organisée dans l’église Saint-Laurent. Les visiteurs seront invités à enregistrer par téléphone leurs « souhaits », ensuite mêlés à des sons atmosphériques et à divers traitements numériques afin de produire une expérience immersive présentée comme une « membrane invisible tendue entre les cœurs humains et l’atmosphère », bref l’église deviendra un laboratoire de spiritualité New Age. À l’église Saint-Eustache, la situation n’est guère plus rassurante. Les visiteurs y découvriront une œuvre monumentale composée de touches de claviers d’ordinateurs usagés récupérées dans des décharges. Présentée comme une démarche artistique de réécriture des héritages culturels et de critique de la société de consommation, cette installation ferait entrer dans l’une des plus grandes et des plus anciennes églises de Paris des assemblages de déchets et d’objets voués à la destruction.

La liste des édifices concernés est particulièrement évocatrice : Saint-Germain-l’Auxerrois, Saint-Eustache, Notre-Dame-des-Blancs-Manteaux, Saint-Denys-du-Saint-Sacrement, Notre-Dame-de-l’Espérance, la chapelle Saint-Louis de la Salpêtrière, la chapelle de l’hôpital Tenon ou encore la Chapelle expiatoire. Tous ces lieux où est célébré le Saint Sacrifice de la messe, où le Christ est réellement présent dans le Saint-Sacrement et où les fidèles viennent prier seront transformés en salles d’exposition et détournés du culte divin : la profanation est bien là.

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Le Catéchisme de l’Église catholique rappelle que les églises visibles « signifient et manifestent l’Église vivant en ce lieu » (CEC 1180). Elles possèdent un caractère sacré qui exige respect et protection. Ce caractère sacré n’est pas une notion symbolique ou décorative. Il constitue la raison même de l’existence de ces édifices. Le droit canonique est lui aussi sans ambiguïté. Le canon 1210 prévoit que, dans un lieu sacré, ne doit être admis que ce qui sert ou favorise le culte, la piété et la religion. Cette disposition traduit la conviction constante de l’Église selon laquelle les lieux consacrés à Dieu ne peuvent être utilisés comme de simples espaces polyvalents.

Dès lors, une question essentielle se pose : pourquoi ces projets peuvent-ils être envisagés dans des églises catholiques ? Car le diocèse de Paris n’est pas un simple spectateur. Certes, la plupart des églises parisiennes appartiennent juridiquement à la Ville de Paris depuis la loi de 1905. Mais elles demeurent affectées au culte catholique. Cette affectation confère à l’autorité ecclésiastique et aux curés affectataires des droits réels sur leur usage. Autrement dit, le diocèse dispose de moyens pour s’opposer à des manifestations qu’il jugerait incompatibles avec la destination religieuse des lieux.

La question est donc désormais simple : que compte faire le diocèse de Paris ? S’il estime que ces installations respectent le caractère sacré des églises, il devra l’expliquer aux fidèles. S’il considère au contraire qu’elles portent atteinte à la vocation des lieux consacrés, il lui appartient d’agir. L’enjeu dépasse largement une simple querelle culturelle. Il touche à la défense du sacré lui-même. À quelques jours de l’événement, les catholiques sont donc en droit d’attendre une parole claire du diocèse de Paris.

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