Patrick Buisson continue de livrer ses derniers secrets, plus de deux ans après sa disparition. L’ancien conseiller de Nicolas Sarkozy avait choisi, dans un testament rédigé en mars 2021, de faire de la Fraternité Saint-Vincent-Ferrier, communauté religieuse implantée à Chémeré-le-Roi (Mayenne), sa légataire universelle. Un choix inattendu qui a placé cette congrégation au cœur d’une succession mêlant patrimoine, archives présidentielles et mémoire politique.

Décédé le 26 décembre 2023 à l’âge de 74 ans, Patrick Buisson n’a pas seulement légué ses biens matériels. Son testament concernait également un important ensemble d’archives personnelles : manuscrits, carnets de notes, correspondances, dossiers de travail, ainsi que de nombreux enregistrements réalisés au cours de ses années passées au sommet de l’État. Parmi ces documents figurent notamment les célèbres enregistrements clandestins effectués à l’Élysée entre 2007 et 2012, lorsque Patrick Buisson était l’un des plus proches conseillers de Nicolas Sarkozy. Ces bandes, qui avaient donné lieu à une longue procédure judiciaire, constituent aujourd’hui un témoignage exceptionnel sur les coulisses du pouvoir durant le quinquennat.
L’affaire successorale s’est révélée particulièrement complexe. Plusieurs mois de discussions ont été nécessaires entre les différents intervenants afin de déterminer le devenir de ces documents sensibles. Un accord a finalement été trouvé : les archives liées à l’activité présidentielle rejoindront le fonds d’archives de la présidence de Nicolas Sarkozy conservé aux Archives nationales, où elles seront inventoriées, préservées et, à terme, mises à la disposition des chercheurs selon les règles applicables aux archives publiques.
Mais au-delà de la destination finale de ces documents, c’est le choix de leur premier légataire qui retient l’attention. Fondée en 1979 et installée à Chémeré-le-Roi, dans le diocèse de Laval, la Fraternité Saint-Vincent-Ferrier est une communauté de prêtres dominicains de droit pontifical, pleinement en communion avec le Saint-Siège, qui célèbre principalement selon le rite dominicain traditionnel.
Elle a choisi pour patron saint Vincent Ferrier (1350-1419), le célèbre prédicateur dominicain espagnol surnommé « l’Ange de l’Apocalypse » en raison de l’ardeur de ses appels à la conversion. Parcourant pendant près de vingt ans les routes d’Europe, il exhortait les fidèles à revenir à Dieu en reprenant les paroles de l’Apocalypse : « Craignez Dieu et rendez-lui gloire. » Fidèle à cet héritage spirituel, la communauté est aujourd’hui reconnue pour la qualité de sa formation doctrinale, son apostolat, ses publications théologiques et son attachement à la tradition de l’Ordre des Prêcheurs. Ce legs n’est donc pas le fruit du hasard.
Patrick Buisson entretenait depuis longtemps des liens étroits avec les milieux du catholicisme traditionnel. Historien, essayiste et fin connaisseur de l’histoire religieuse de la France, il voyait dans le christianisme l’une des matrices essentielles de la civilisation française.
Ses ouvrages comme ses interventions publiques témoignaient régulièrement de son attachement à l’héritage spirituel et culturel du catholicisme.Cette proximité avait d’ailleurs été reconnue par le Saint-Siège. En 2010, sous le pontificat de Benoît XVI, Patrick Buisson avait été nommé commandeur de l’ordre de Saint-Grégoire-le-Grand, l’une des plus prestigieuses distinctions pontificales attribuées à des laïcs ayant rendu des services remarquables à l’Église.
En choisissant de transmettre l’ensemble de son patrimoine à la Fraternité Saint-Vincent-Ferrier plutôt qu’à une fondation, une institution culturelle ou un cercle politique, Patrick Buisson a posé un geste qui dépasse largement la seule question successorale. Il révèle une fidélité profonde à une communauté religieuse qu’il connaissait et estimait depuis de nombreuses années. Si les archives présidentielles rejoindront désormais les Archives nationales afin de contribuer à l’écriture de l’histoire du quinquennat Sarkozy, le testament de Patrick Buisson rappelle aussi une autre dimension de son parcours : celle d’un intellectuel profondément marqué par la foi catholique, convaincu que la transmission spirituelle et culturelle constitue l’un des fondements de la permanence d’une civilisation.


