Les ordinations sacerdotales prévues par la Fraternité Saint-Pie X au début du mois de juillet suscitent une vive inquiétude dans de nombreux milieux ecclésiaux. Alors que le pape Léon XIV a récemment lancé ce qui ressemble à un ultime appel à la communion, plusieurs sources romaines évoquent désormais la préparation d’un document destiné à clarifier officiellement les conséquences canoniques d’une nouvelle rupture avec le Saint-Siège.
Lors de sa récente déclaration à Castel Gandolfo, le Saint-Père avait déjà donné le ton : « J’envisage de faire un nouvel appel en disant : ne faites pas cela, essayons de vivre la communion de l’Église. Mais c’est leur choix. Il faut réaliser ce que cela signifie pour eux et pour l’Église. Certes, la division parmi les chrétiens est un point douloureux. Cependant, ils refusent d’accepter certains éléments fondamentaux de l’Église, à commencer par plusieurs points du Concile Vatican II. S’ils prennent cette décision, je le regrette, mais nous devons avancer. » À ce jour, de nombreuses interrogations demeurent. Beaucoup s’étonnent notamment que les responsables de la Fraternité ne soient pas reçus par le pape alors même que la gravité de la situation pourrait justifier une ultime tentative de dialogue. Les autorités romaines affirment pourtant qu’il faut accueillir tout le monde » todo,todo,todo » disait François… D’autres considèrent, au contraire, que cinquante années de discussions, de concessions et de rapprochements ont déjà largement démontré les limites du processus.
Selon plusieurs observateurs du dossier, le document actuellement préparé au Vatican pourrait aller beaucoup plus loin que ce que certains imaginent. Il ne s’agirait pas seulement de constater une rupture touchant les évêques ou les supérieurs de la Fraternité Saint-Pie X. Les répercussions pourraient concerner l’ensemble de la structure, ses quelque 700 prêtres, ses séminaires, ses œuvres et les fidèles qui fréquentent régulièrement ses chapelles à travers le monde.
Les fidèles fréquentant régulièrement ses chapelles pourraient eux aussi être concernés par cette nouvelle qualification canonique. Pour beaucoup, qui se considèrent depuis toujours comme pleinement membres de l’Église catholique, le choc serait immense.
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Dans le prolongement de cette possible décision, plusieurs instituts attachés à la liturgie traditionnelle suivent les événements avec une attention particulière et une certaine inquiétude. C’est notamment le cas des communautés Saint-Thomas Becket, qui n’ont toujours pas l’autorisation de célébrer la messe tridentine pour les prêtres ordonnés depuis le motu proprio du pape François, et de la Société des Missionnaires de la Miséricorde Divine, qui se voit refuser les ordinations selon le rituel traditionnel ainsi que la célébration de la messe traditionnelle, alors même que ces communautés vivent dans une pleine fidélité au Concile Vatican II. De leur coté, les bénédictins de Nursie, en Italie, pourtant de droit diocésain, ont obtenu l’autorisation d’ordonner selon le rite traditionnel. C’est donc, pour beaucoup, le « règne de l’arbitraire » nous confie ce vaticaniste romain, « une situation qui ne peut encourager la Fraternité Saint-Pie X à faire confiance à Rome » , poursuit-il. En France, le nonce apostolique Celestino Migliore, annoncé sur le départ, d’ici la fin d’année, a montré une grande fermeté à l’égard de la Fraternité Saint-Pierre, signe là aussi, d’une certaine évolution.
A ce stade, beaucoup s’interrogent sur la possibilité ou non, de voir émerger un chemin de fidélité à Rome permettant la conservation intégrale du rite ancien, tandis que le Vatican semble, de son coté, déterminé à empêcher toute nouvelle extension des structures liées au monde traditionaliste. La fermeté affichée ces derniers mois par le cardinal Arthur Roche, le cardinal Víctor Manuel Fernández et désormais par le pape Léon XIV nourrit donc de nombreuses inquiétudes dans ces milieux.
Beaucoup se demandent quelle place sera encore laissée à ceux qui souhaitent conserver l’héritage liturgique ancien tout en demeurant pleinement unis au Saint-Siège.
D’autres soulignent ce qu’ils perçoivent comme une incohérence et une injustice. Alors que Rome met volontiers en avant le dialogue et l’inclusivité dans d’autres dossiers sensibles, notamment dans ses relations avec certaines communautés protestantes ou anglicanes, comme en témoigne la reconnaissance et la rencontre au Saint-Siège par le pape Léon XIV de Sarah Mullally, femme évêque de l’Église anglicane, ou encore face à certaines revendications venues d’Allemagne, plusieurs voix s’interrogent sur la rigueur et la dureté manifestée à l’égard des milieux traditionalistes. Une question revient désormais avec insistance : l’inclusivité est-elle véritablement universelle ou s’exerce-t-elle de manière sélective ? Une chose paraît certaine : les semaines qui suivront les ordinations de juillet pourraient marquer un tournant historique dans les relations entre Rome et le monde traditionnaliste.
À Rome, les échanges avec les journalistes italiens sont toujours précieux. Leur élégance vestimentaire caractéristique les distingue souvent de leurs confrères étrangers, mais c’est surtout leur proximité avec le moindre prélat, du plus discret fonctionnaire de la Curie au plus haut responsable romain, qui en fait une source d’informations presque inépuisable sur les mouvements qui traversent le Vatican. Si les informations qui circulent sous les colonnades du Bernin venaient à se confirmer, l’Église catholique entrerait alors dans une nouvelle phase d’un conflit qui dure depuis près d’un demi-siècle et dont les répercussions pourraient dépasser très largement le seul cadre de la Fraternité fondée par Monseigneur Marcel Lefebvre.


