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Saint Pierre Claver, l’apôtre des esclaves à Carthagène

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Pendant plus de quarante ans, il consacra sa vie aux Africains réduits en esclavage qui arrivaient par milliers dans ce grand port colonial, affirmant par ses actes que nul homme ne peut être traité comme une marchandise

Pierre Claver naquit en 1580 à Verdú, en Catalogne, dans une famille de paysans espagnols. Doué pour les études, il fut formé chez les jésuites avant d’entrer, à vingt ans, au noviciat de la Compagnie de Jésus à Tarragone. Son chemin semblait alors tracé : celui d’un religieux studieux, appelé à servir l’Église dans son pays.

Mais Dieu lui ouvrit un autre horizon. Envoyé à Majorque pour poursuivre sa formation, il y rencontra saint Alphonse Rodriguez, frère jésuite et humble portier du collège de Palma. Ce dernier, qui avait longtemps vécu dans le monde avant d’entrer dans la Compagnie, parlait volontiers des missions lointaines et du Nouveau Monde. Ces conversations éveillèrent chez le jeune Pierre un désir profond : partir servir le Christ là où les hommes étaient les plus abandonnés. En 1610, il embarqua pour l’Amérique et rejoignit Carthagène des Indes, sur la côte caraïbe de la Colombie. La ville était alors l’un des grands ports de débarquement de la traite atlantique. Des navires y arrivaient chargés de captifs africains, entassés durant des semaines dans des conditions effroyables. Beaucoup mouraient pendant la traversée ; les survivants débarquaient malades, affamés, traumatisés, séparés de leurs proches et bientôt vendus.

C’est au milieu de cette misère que Pierre Claver reçut l’ordination sacerdotale, en 1616. Il avait été profondément marqué par l’exemple du père Alonso de Sandoval, jésuite qui s’était déjà voué au service spirituel et matériel des personnes réduites en esclavage. Pierre Claver choisit à son tour de les rejoindre, non pas de loin, mais dès leur arrivée sur les quais.

À chaque débarquement, il se rendait dans les entrepôts et les lieux où les captifs étaient regroupés. Il apportait de la nourriture, des remèdes, des vêtements, des fruits, de l’eau et tout ce qui pouvait soulager leur détresse immédiate. Il s’adressait à eux par l’intermédiaire d’interprètes, car il savait que l’annonce de l’Évangile ne peut être séparée de l’attention concrète portée à celui qui souffre.

Il ne se contentait pas de gestes ponctuels. Pendant près de quarante ans, il visita les malades, les prisonniers, les condamnés à mort et tous ceux que la société coloniale reléguait aux marges. Il combattit les préjugés de son temps par une charité patiente et sans calcul. Selon la tradition, il avait fait le vœu de devenir « l’esclave des esclaves pour toujours ».

Cette formule ne signifiait pas qu’il acceptait l’esclavage. Elle exprimait au contraire son identification radicale avec ceux que l’on traitait comme des objets. Alors que la traite réduisait des êtres humains à une valeur marchande, Pierre Claver leur rappelait, par son regard et sa présence, qu’ils étaient des enfants de Dieu, appelés à la liberté véritable. On estime qu’il baptisa près de 300 000 personnes au cours de son ministère. Ce chiffre considérable ne doit pas faire oublier la profondeur de son engagement. Il prenait soin de préparer autant que possible les catéchumènes, de leur expliquer la foi et de rester proche d’eux après leur baptême. Pour lui, évangéliser ne consistait jamais à imposer une cérémonie, mais à conduire les personnes blessées vers le Christ qui les aime.

Les dernières années de sa vie furent éprouvantes. Malade, épuisé par des décennies de service, il connut aussi l’abandon et l’incompréhension. Il mourut à Carthagène le 8 septembre 1654. Sa sainteté fut rapidement reconnue par le peuple, avant sa canonisation par Léon XIII en 1888.

Saint Pierre Claver demeure aujourd’hui le patron des missions auprès des peuples africains et de tous ceux qui subissent encore l’esclavage, la traite ou l’exploitation. Son exemple rappelle que la foi chrétienne ne peut rester indifférente lorsque la dignité de l’homme est bafouée. Là où le monde ne voyait que des captifs, lui voyait des frères.

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