Réalisé et coécrit par Guillaume Canet, Karma place Marion Cotillard dans le rôle de Jeanne. Elle tente de refaire sa vie avec Daniel dans un village du nord de l’Espagne, où nul ne connaît véritablement son passé. Quand Mateo, présenté comme son filleul, disparaît, les soupçons se portent sur elle. Jeanne revient alors en France, auprès de « la Famille », la communauté religieuse où elle est née et qu’elle avait quittée plusieurs années auparavant. Daniel, convaincu de son innocence, part à sa recherche.
🔴Le film "Karma" : comment Guillaume Canet transforme une communauté religieuse chrétienne en lieu malfaisant et sans espérance
— Tribune Chrétienne (@tribuchretienne) September 8, 2026
➡️ Après "Tombé du ciel", qui faisait de la liturgie catholique et de l’Eucharistie des objets de dérision, "Karma" choisit un registre plus sombre.… pic.twitter.com/Xe4sq7jzZv
Le film révèle progressivement que Mateo n’est pas le filleul de Jeanne, mais son fils. La communauté, dirigée par Marc, interprété par Denis Ménochet, est un univers clos soumis à l’autorité d’un chef tyrannique. Jeanne y est soumise à une pénitence humiliantе, enfermée, tandis que Marc fait régner la violence sur les femmes et les enfants et interdit les liens affectifs entre les membres.
Le récit devient celui d’une mère et de son enfant tentant d’échapper à une communauté religieuse chrétienne dépeinte comme un lieu de malédiction
Dénoncer les sectes n’a rien de condamnable. Elles existent ; elles détruisent des libertés, exploitent les fragilités et travestissent la recherche spirituelle en instrument de domination. La foi catholique n’a aucune complaisance pour ces dérives. Elle affirme au contraire qu’aucun homme ne peut posséder la conscience d’un autre ni se substituer à Dieu dans le gouvernement des âmes.
Mais le problème de Karma est ailleurs. Le film ne se contente pas de raconter une secte sous des traits indifférenciés. Il l’installe dans les signes reconnaissables du catholicisme : une communauté chrétienne rigoriste, une chasuble, des pénitences, le retour de la « fille prodigue », l’expiation. Ce vocabulaire, les décors et ces gestes sont porteurs d’une histoire et d’une profondeur religieuse précises. Les détourner pour faire d’une communauté religieuse rigoriste le théâtre presque naturel de l’emprise n’est pas sans conséquence.
Une secte n’est pas une communauté chrétienne et l’amalgame est dangereux. Un gourou n’est pas un prêtre. Une règle de vie de communauté religieuse n’est pas une technique de contrôle. L’autorité spirituelle, lorsqu’elle est chrétienne, ne se justifie que comme un service. Elle n’asservit pas ; elle aide l’homme à trouver sa juste liberté devant Dieu.
Le Christ ne s’est jamais présenté comme le propriétaire de ses disciples : il leur a parlé en amis et a lavé leurs pieds.
Le christianisme connaît la faute, la conversion et le repentir. Mais il ne les transforme pas en une mécanique de honte administrée par un chef de groupe. Le pardon n’est pas une humiliation ; il est le don par lequel Dieu relève l’homme. La parabole du fils prodigue, à laquelle le film fait écho, ne raconte pas le retour d’un coupable dans un univers oppressif. Elle raconte l’accueil d’un père qui rend à son fils sa dignité, avant même qu’il ait fini de s’expliquer.
Le titre même, Karma, manifeste un éloignement plus profond encore. Le terme renvoie à une logique de rétribution impersonnelle : les actes produiraient nécessairement leurs effets, selon une dette que nul ne peut effacer. La foi chrétienne affirme la responsabilité, mais elle refuse la fatalité. Elle annonce la grâce, la miséricorde et la possibilité d’un commencement nouveau. L’homme n’est pas enfermé dans son passé ni abandonné à une loi sans visage : il peut être relevé, pardonné et sauvé.
Après Tombé du ciel, qui réduisait les rites catholiques à un ressort comique et l’Eucharistie à un gag, voici donc Karma, qui transforme la communauté catholique en espace de peur, de violence et de désespoir. Le premier film fait du catholicisme un folklore ridicule ; le second en fait une menace. Les registres diffèrent, mais le mouvement est comparable : la foi catholique est déviée de ce qu’elle est réellement. Il ne s’agit pas d’attribuer à Guillaume Canet un dessein caché, ni de demander que le cinéma cesse de parler des dérives religieuses. Mais il est permis de constater qu’un certain cinéma a rarement la même curiosité pour les réalités vivantes de l’Église : le service des pauvres, la vie de prière, les vocations, la fidélité silencieuse de millions de fidèles, l’éducation, la charité et le sens de la dignité humaine.
La culture façonne les regards. Quand le catholicisme est sans cesse présenté comme risible ou inquiétant, le soupçon finit par peser sur tout ce qui exprime une foi assumée. Voilà pourquoi Karma mérite d’être interrogé avant sa sortie en salles, le 21 octobre prochain. Dénoncer les sectes est nécessaire. Assimiler une communauté religieuse catholique à leur visage ordinaire est une facilité qui blesse la vérité et appauvrit le débat.


