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Sainte Hildegarde de Bingen, abbesse bénédictine et docteur de l’Église

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Abbesse bénédictine, 35e docteur de l’Église (+ 1179)

Mystique, théologienne, musicienne, naturaliste et conseillère des puissants, sainte Hildegarde de Bingen demeure l’une des grandes figures spirituelles du Moyen Âge. Près de neuf siècles après sa mort, son œuvre continue de témoigner d’une intelligence entièrement ordonnée à Dieu.

Hildegarde naît en 1098 à Bermersheim, dans la région du Rhin, au sein d’une famille de la petite noblesse allemande. Très jeune, elle est confiée à Jutta de Sponheim, recluse auprès du monastère bénédictin de Disibodenberg. Elle y reçoit une formation religieuse et prononce ses vœux. À la mort de Jutta, en 1136, Hildegarde devient responsable de la communauté féminine. Depuis son enfance, elle connaît des expériences mystiques et des visions qu’elle gardera longtemps secrètes. Vers l’âge de 42 ans, elle affirme recevoir de Dieu l’ordre de mettre par écrit ce qu’elle voit et entend. Après avoir obtenu l’appui de saint Bernard de Clairvaux et l’encouragement du pape Eugène III, elle entreprend une œuvre considérable.

Son livre le plus célèbre, le Scivias – « Connais les voies » –, expose en vingt-six visions une vaste fresque de l’histoire du salut, de la Création à la Rédemption. Deux autres grandes œuvres visionnaires suivront : le Livre des mérites de la vie et le Livre des œuvres divines. Hildegarde n’entend pas développer une pensée indépendante de la foi de l’Église : elle veut transmettre ce qu’elle considère comme reçu de Dieu et conduire les âmes à la conversion.

Vers 1150, elle fonde le monastère de Rupertsberg, près de Bingen, puis celui d’Eibingen. Son rayonnement dépasse rapidement les murs du cloître. Des évêques, des abbés, des princes et même des empereurs lui écrivent. Elle-même n’hésite pas à admonester les puissants lorsqu’elle estime que la fidélité à l’Évangile est en jeu.

Cette femme du XIIe siècle entreprend également plusieurs voyages de prédication, fait exceptionnel pour une religieuse de son époque. Elle appelle le clergé à la conversion, dénonce le relâchement des mœurs et rappelle sans détour les exigences de la vie chrétienne.

Hildegarde s’intéresse aussi à la musique, à la nature et aux propriétés des plantes. Elle compose de nombreux chants liturgiques d’une remarquable originalité. Ses écrits consacrés au monde naturel et à la santé ont contribué à sa célébrité contemporaine. Mais réduire Hildegarde à une spécialiste des plantes médicinales ou à une précurseure du « bien-être » serait profondément trompeur. Chez elle, la Création ne se comprend jamais indépendamment du Créateur. L’homme, le monde et la nature trouvent leur unité dans l’ordre voulu par Dieu.

Sa spiritualité est profondément christocentrique. Hildegarde contemple l’homme blessé par le péché, mais appelé à retrouver en Jésus-Christ l’harmonie perdue. Elle insiste également sur la responsabilité personnelle, le combat contre les vices et la nécessité de choisir les vertus.

Sainte Hildegarde meurt le 17 septembre 1179 au monastère de Rupertsberg, à l’âge d’environ 81 ans. Sa reconnaissance officielle par l’Église connaîtra une histoire singulière. Vénérée comme sainte depuis des siècles, elle est inscrite au catalogue des saints de l’Église universelle par Benoît XVI le 10 mai 2012. Quelques mois plus tard, le 7 octobre 2012, le même pape la proclame docteur de l’Église.

Elle devient ainsi la quatrième femme à recevoir ce titre, après sainte Thérèse d’Avila, sainte Catherine de Sienne et sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus, et le 35e docteur de l’Église. Sainte Hildegarde de Bingen rappelle finalement une vérité simple : la connaissance du monde n’éloigne pas nécessairement de Dieu. Lorsqu’elle demeure éclairée par la foi, elle peut au contraire devenir contemplation de son œuvre et chemin vers le Créateur.

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