Des vestiges de la cité romaine à la reconstruction de la basilique au XIXᵉ siècle, la crypte Notre-Dame de Boulogne-sur-Mer concentre près de deux millénaires d’histoire. Sous ses voûtes peintes demeure également la mémoire d’un important pèlerinage marial de la chrétienté médiévale. Sous les rues de Boulogne-sur-Mer s’étend un immense dédale de salles et de galeries. Avec près de 1 400 m², la crypte aménagée sous la basilique Notre-Dame est généralement présentée comme la plus vaste de France et comme l’une des plus grandes d’Europe. Mais ses dimensions ne constituent pas son seul intérêt : depuis l’Antiquité jusqu’au XIXᵉ siècle, chaque époque y a laissé son empreinte.
Les vestiges les plus anciens remontent à la période romaine, lorsque Boulogne, alors appelée Gesoriacum puis Bononia, constituait un port stratégique de l’Empire face aux côtes de Bretagne. Des fondations et des maçonneries antiques sont encore visibles dans le parcours souterrain, rappelant que l’histoire du lieu commence bien avant la construction du sanctuaire chrétien.

Selon la tradition boulonnaise, le culte de Notre-Dame aurait débuté au VIIᵉ siècle, vers 633 ou 639, après l’arrivée miraculeuse d’une statue de la Vierge portée par une barque sans voile ni rame. Un premier sanctuaire aurait alors été élevé dans la ville haute. Au fil des siècles, Boulogne devint un lieu majeur de pèlerinage marial. Vers 1090, sainte Ide de Boulogne, mère de Godefroy de Bouillon, fit édifier une église en pierre accompagnée d’une crypte romane. Cette partie médiévale constitue aujourd’hui le cœur historique du réseau souterrain. Agrandie et transformée entre les XIIIᵉ et XVIᵉ siècles, l’église fut élevée au rang de cathédrale en 1556, après la destruction de Thérouanne et la réorganisation des diocèses de la région.
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Le sanctuaire accueillit également plusieurs événements royaux. Le 22 janvier 1308, Isabelle de France, fille du roi Philippe IV le Bel, y épousa le roi d’Angleterre Édouard II. À cette occasion, Philippe le Bel aurait offert à Notre-Dame de Boulogne le précieux reliquaire du Saint-Sang, chef-d’œuvre d’orfèvrerie émaillée encore conservé dans le trésor de la crypte.
La Révolution française mit brutalement fin à cette continuité. Le diocèse de Boulogne fut supprimé en 1790. La statue de Notre-Dame fut brûlée en 1793, même si deux fragments purent être sauvés. Vendue comme bien national, l’ancienne cathédrale fut finalement détruite en 1798.
En 1820, l’abbé Benoît-Agathon Haffreingue racheta les ruines. Il entreprit, à partir de 1827, la construction de l’actuelle basilique, achevée en 1866. Dès le début du chantier, les ouvriers redécouvrirent la crypte romane ensevelie. Celle-ci fut dégagée et couverte d’une nouvelle voûte en 1829, avant d’être restaurée et ouverte au public en 1839. Autour de ce noyau ancien fut progressivement aménagé le vaste réseau de galeries que l’on visite aujourd’hui.Les murs et les voûtes furent recouverts au XIXᵉ siècle de milliers de mètres carrés de peintures représentant des scènes bibliques, des saints et l’histoire de Notre-Dame de Boulogne. Après deux années de restauration et de réaménagement, la crypte a rouvert au public en 2015.
Sous les pavés de Boulogne-sur-Mer, les pierres romaines, la crypte du XIᵉ siècle, le reliquaire de 1308 et les galeries du XIXᵉ siècle forment ainsi une continuité presque unique. Ce lieu ne conserve pas seulement les traces d’un édifice disparu : il témoigne de la foi de générations de pèlerins qui, depuis plus de mille ans, sont venus se placer sous la protection de Notre-Dame de Boulogne.


