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« Un instrument de harcèlement contre les minorités religieuses »: l’Église de Bombay dénonce la nouvelle loi anti-conversion

cathédrale catholique Sainte-Marie, le 23 février 2018, à Madurai, en Inde - Depositphotos
cathédrale catholique Sainte-Marie, le 23 février 2018, à Madurai, en Inde - Depositphotos
Après l'entrée en vigueur de la nouvelle loi anti-conversion dans l'État du Maharashtra, l'archidiocèse de Bombay a publié, le 31 juillet 2026, un communiqué d'une rare fermeté. Tout en condamnant les conversions obtenues par la force ou la fraude, Tout en condamnant les conversions obtenues par la force ou la fraude, l'Église dénonce un texte qui deviendra un instrument de harcèlement contre les minorités religieuses

L’inquiétude grandit parmi les catholiques de l’ouest de l’Inde. Après le vote de la « Maharashtra Freedom of Religion Act » par le Parlement de l’État en mars dernier, la présidente de la République, Droupadi Murmu, a donné son assentiment à la loi à la fin du mois de juillet, ouvrant la voie à son entrée en vigueur. Le Maharashtra, dont la capitale est Bombay (Mumbai), devient ainsi le treizième État indien à adopter une législation destinée à lutter contre les conversions religieuses obtenues par la force, la fraude ou la contrainte.

Mais pour l’archidiocèse de Bombay, cette loi dépasse largement cet objectif affiché. Dans un communiqué publié le 31 juillet 2026, il exprime sa « profonde préoccupation » et met en garde contre les conséquences qu’elle pourrait avoir sur la liberté religieuse des minorités chrétiennes.

L’Église tient d’abord à rappeler un principe clair : « L’Église catholique a toujours condamné sans équivoque les conversions obtenues par la force, la fraude, la coercition ou l’incitation. » Autrement dit, les évêques ne contestent pas la nécessité de sanctionner les véritables abus. Leur inquiétude porte sur la manière dont ces lois sont rédigées et appliquées. Selon l’archidiocèse, l’expérience des douze autres États ayant adopté des textes similaires montre qu’ils sont « plus souvent utilisés pour intimider les minorités religieuses que pour traiter de véritables cas de conversion forcée ». Les évêques estiment que cette nouvelle législation pourrait imposer « une charge disproportionnée aux communautés chrétiennes, aux couples interreligieux et à tous ceux qui exercent la liberté constitutionnelle de professer, pratiquer et propager leur foi ».

Le communiqué pointe plusieurs dispositions particulièrement préoccupantes. Les termes employés par la loi, tels que « incitation », « influence indue » ou « fausse déclaration », sont jugés beaucoup trop vagues. Selon l’Église, ils pourraient être interprétés de manière à viser des activités pourtant ordinaires : écoles catholiques, séminaires, hôpitaux, œuvres caritatives ou missions auprès des plus pauvres.Autre sujet d’inquiétude : la possibilité donnée à un membre de la famille d’une personne convertie de déposer une plainte pénale, même sans l’accord de l’intéressé. Pour les évêques, cette disposition remet en cause « le droit d’un adulte à prendre une décision de conscience indépendante » et pourrait être utilisée contre les personnes choisissant librement de devenir chrétiennes ou d’épouser un conjoint d’une autre religion.

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L’archidiocèse s’alarme également des pouvoirs conférés à la police, qui pourra ouvrir une enquête de sa propre initiative, sans qu’aucune victime ne se soit plainte. Cette disposition, avertit-il, ouvre la voie à « une surveillance excessive des réunions de prière, des écoles, des hôpitaux et des centres d’action sociale tenus par les institutions minoritaires ».Plus grave encore, les responsables catholiques craignent que les œuvres de charité elles-mêmes puissent être assimilées à des tentatives de conversion. « Il existe une véritable inquiétude que les actes ordinaires de charité et de service pastoral soient interprétés comme une forme d’incitation », écrit l’archidiocèse, contraignant ainsi les congrégations religieuses et les institutions chrétiennes « à défendre leur action devant la police et les tribunaux, plutôt qu’à se consacrer au service des populations pour lesquelles elles ont été fondées ».

Le communiqué va plus loin en avertissant que cette loi pourrait devenir « un instrument de harcèlement, de boycott social et d’actions de groupes d’autodéfense contre les minorités religieuses ». Les évêques redoutent qu’une personne accusée soit « présumée coupable dans l’opinion publique bien avant toute décision de justice ».

L’archidiocèse de Bombay appelle enfin le gouvernement du Maharashtra à préciser les définitions retenues par la loi et à instaurer des garanties procédurales suffisantes afin d’éviter tout détournement du texte contre les minorités religieuses. Il affirme rester disponible pour un dialogue avec les autorités, afin que la lutte contre les conversions frauduleuses ne se fasse pas « au détriment des droits fondamentaux garantis par la Constitution indienne ». Pour une communauté chrétienne qui représente moins de 1 % de la population du Maharashtra, cette nouvelle loi est perçue non comme une simple mesure juridique, mais comme un possible tournant dans les conditions d’exercice de la mission de l’Église, de l’évangélisation et des œuvres de charité en Inde.

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