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Vol d’hosties consacrées et cérémonies sataniques : pourquoi l’Eucharistie est-elle visée ?

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Ce jeudi 20 août à 18 h 30, Monseigneur Jean-Yves Nahmias, évêque de Meaux, doit célébrer une messe de réparation à l’église Saint-Quintien de Lieusaint, profanée cinq jours plus tôt. Le père Joaquim Quintallet, avance l’hypothèse d’une hostie destinée à une « messe noire »

À Lieusaint, le mode opératoire interroge. Samedi 15 août, jour de l’Assomption, un individu pénètre dans l’église Saint-Quintien, franchit la corde interdisant l’accès au chœur, force le tabernacle et emporte une lunule contenant une grande hostie consacrée. Selon les premiers éléments rendus publics, rien d’autre n’est dérobé. C’est précisément ce caractère ciblé qui conduit le père Joaquim Quintallet à envisager une motivation satanique. « C’est très certainement un vol pour la réalisation d’une messe noire », a-t-il déclaré à Actu.fr, qui rapporte ses propos le 17 août. Le prêtre rappelle que des hosties consacrées peuvent être recherchées dans le cadre de rites profanatoires. Il s’agit toutefois, à ce stade, d’une hypothèse : l’enquête policière devra déterminer les motivations de l’auteur et ce qu’est devenue l’hostie.

Pourquoi voler précisément une hostie consacrée ?

La réponse se trouve paradoxalement dans la doctrine catholique elle-même. Une hostie avant sa consécration demeure du pain destiné à la célébration eucharistique. Après la consécration, l’Église enseigne que s’opère la transsubstantiation : le Christ est réellement et substantiellement présent sous les apparences du pain. C’est la Présence Réelle.

Dans certaines cérémonies qualifiées de « messes noires », le but recherché est précisément l’inversion blasphématoire de la messe catholique. Il n’existe cependant pas de rituel satanique unique et universel : sous cette appellation sont regroupées des pratiques diverses, tandis que certains récits historiques relèvent également de la littérature ou de fantasmes antireligieux. La caractéristique commune des formes explicitement anticatholiques est la volonté de renverser les signes de la liturgie chrétienne et, parfois, d’outrager ce qu’elle considère comme sacré.

Dans cette logique, une hostie réellement consacrée possède une importance particulière : celui qui veut profaner l’Eucharistie ne recherche pas simplement un morceau de pain, mais précisément ce que les catholiques adorent comme le Corps du Christ. La profanation devient alors un geste dirigé symboliquement contre le cœur même de la foi catholique. Il n’est pas nécessaire d’en détailler les modalités : selon les groupes et les époques, elles diffèrent considérablement.

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De son côté, la Miviludes ( Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires) ne réduit pas les messes noires à un simple folklore : elle documente des pratiques satanistes pouvant s’accompagner de profanations et considère que ces cérémonies peuvent légitimement inquiéter l’État en raison de leurs implications juridiques et de leurs troubles potentiels à l’ordre public. Elle rapporte également qu’en Espagne, les autorités avaient constaté un « marché noir d’hosties consacrées », revendues entre 80 et 500 euros l’unité, celles-ci étant « très recherchées pour les rituels de messes noires ».

Cette réalité n’est pas seulement théorique. En 2014, aux États-Unis, les organisateurs d’une « messe noire » à Oklahoma City avaient affirmé posséder une hostie consacrée destinée à leur cérémonie. Monseigneur Paul Coakley, archevêque d’Oklahoma City, engagea une procédure judiciaire. L’hostie fut finalement rendue à un prêtre avant la cérémonie et ne fut pas profanée. Le diocèse de Tulsa confirma alors que le groupe avait restitué l’hostie qu’il comptait utiliser. La gravité accordée par l’Église à de tels actes apparaît jusque dans son droit. Le canon 1382 prévoit que celui qui jette les espèces consacrées ou les « emporte » ou les « recèle à une fin sacrilège » encourt une excommunication latae sententiae réservée au Siège apostolique.

Cette protection s’explique par ce que représente le tabernacle : le droit de l’Église exige que sa clef soit gardée « avec le plus grand soin » et qu’une lampe indique et honore la présence du Christ dans l’Eucharistie. À Lieusaint, aucune preuve ne permet encore d’affirmer que l’hostie volée le 15 août était effectivement destinée à une cérémonie satanique. Mais le fait qu’elle semble avoir constitué l’unique cible du voleur donne un poids particulier à l’hypothèse avancée par le père Quintallet. Ce jeudi soir, l’Église répondra à la profanation non par un autre geste spectaculaire, mais par ce que sa tradition prévoit en pareil cas : la prière, l’Eucharistie et la réparation.

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