Certes, il ne s’agit pas ici d’un recrutement pour la rubrique « Religion ». Encore que… certains murmurent qu’à ce niveau aussi, des changements pourraient intervenir, dans un contexte de réajustements au sein même de la maison mère assomptionniste. Mais l’annonce concerne officiellement la politique. Et pourtant, elle révèle un malaise plus profond.
« Entreprise à mission, BAYARD est un groupe de média… » proclame l’offre. Mission. Le mot est fort. Mais de quelle mission parle-t-on ? Le Groupe Bayard, historiquement fondé par les Augustins de l’Assomption dans une perspective d’évangélisation par la presse, est présenté ici comme une structure tournée vers « l’éducation, la spiritualité, l’écologie, le développement de soi ». Spiritualité, oui. Religion, non. Église, absente. Doctrine sociale, silencieuse.
Le média La Croix est décrit comme un « média d’actualité, d’espérance et de dialogue ». Il « accompagne ses lecteurs dans leur compréhension du monde ». Le futur responsable devra « couvrir l’actualité politique française », « proposer des enquêtes », « valoriser son expertise auprès du public ». Et « la connaissance du public de La Croix est indispensable ».
Mais de quel public parle-t-on ? Celui d’un quotidien catholique attaché à la clarté doctrinale, ou celui d’un média généraliste à tonalité » humanisme très orienté » ? Car le malaise ne date pas d’hier. Au fil des tribunes, des dossiers et des prises de position, nombre de lecteurs ont dénoncé un glissement. La Croix n’est plus depuis longtemps « la voix de l’Église », mais la vitrine d’un certain catholicisme idéologique militant, compatible avec le modernisme de l’air du temps, rétif à toute contradiction et porteur de certains partis pris à l’opposé des valeurs chrétiennes.
Déjà, l’épisode du filmSacré Cœur avait marqué les esprits. En octobre 2025, le journal publiait une tribune alarmiste mettant en garde contre le film, soupçonné d’arrière-pensées idéologiques. Quelques semaines plus tard, face au succès populaire massif et aux témoignages de foi suscités, La Croix consacrait un portrait élogieux à son distributeur, sans véritable retour critique sur son jugement initial. Un retournement discret, perçu par beaucoup comme un aveu implicite. Plus largement, certains observateurs ont parlé d’une véritable « paralysie idéologique ». La galerie d’intervenants mis en avant ces dernières années alimente ce sentiment : théologiens dits « ouverts », prêtres engagés sur des terrains sociopolitiques très marqués, intellectuels défendant une foi désincarnée, détachée de toute mémoire historique. Le mot « identité » y est souvent suspect, presque disqualifiant.
Pourtant, peut-on parler d’inclusivité tout en récusant l’idée même d’enracinement ? Peut-on dénoncer l’instrumentalisation de la foi tout en politisant, à sa manière, le catholicisme ? La Croix reproche volontiers à certaines figures publiques de réduire la foi à une culture. Mais en niant tout lien entre christianisme et civilisation, elle promeut une foi hors-sol, abstraite, détachée de son histoire européenne et de ses racines.
Au fil des éditoriaux, la défense d’un catholicisme enraciné dans la doctrine devient « identitaire ». La référence à la tradition est soupçonnée d’arrière-pensées politiques. Les sensibilités plus conservatrices sont caricaturées, voire exclues du débat. Pendant ce temps, le journal revendique son « équilibre », tout en condamnant ce qui dépasse son propre cadre idéologique. Certains prêtres confient avec amertume que « tout ce qui ne rentre pas dans le filtre idéologique est aussitôt frappé d’anathème ». La formule est sévère. Mais elle traduit un ressenti : La Croix ne se contente plus de commenter l’Église, elle définirait ce qui est « catholiquement respectable ».
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Dans ce contexte, la mention « Notre indépendance s’achète », slogan d’une campagne publicitaire passée, résonne différemment. Indépendance financière… mais pour combien de temps ? Les déficits se creusent chaque année, les généreux Assomptionnistes renflouent, jusqu’à quand ? Ces bruits qui émanent de la rédaction de la rue Gabriel Péri à Malakoff , sont-ils les prémices d’une certaine lassitude ou d’importants bouleversements à venir ? Arrivé en novembre 2024 comme président du directoire du groupe Bayard, François Morinière devrait interroger l’idée qu’il se fait d’un média dit catholique. Certes, les tout-puissants journalistes encartés ne laisseront pas tomber si facilement un bastion du « politiquement correct », et toute la rédaction marche à pas forcés dans un vrai-faux consensus acquis lors de réunions de rédaction où flotte un esprit qui ne semble plus souffler dans le bon sens depuis longtemps.
À force de dénoncer l’instrumentalisation de la foi, le journal est lui-même accusé d’instrumentalisation, orientant systématiquement le débat dans une direction compatible avec une sensibilité progressiste, voire transgressive.
Il ne s’agit pas de refuser le pluralisme ni de nier les difficultés de l’Église. Mais un journal catholique peut-il durablement s’éloigner de son ancrage doctrinal sans brouiller son identité ? Entreprise « à mission », donc. Mais mission apostolique ou mission militante clairement affichée? Le quotidien « dit catholique » recrute un Chef de rubrique Politique. Pourtant, derrière cette fiche de poste, c’est une question bien plus large qui se pose : quelle est aujourd’hui la mission réelle de La Croix, et au service de quelle vision du catholicisme ? Peut-être faudra-t-il un jour envisager un changement de nom afin de gommer toute sensibilité chrétienne résiduelle et d’éviter ainsi toute ambiguïté.
offre chef de rubrique politique
« Entreprise à mission, BAYARD est un groupe de média qui donne l’accès à une information de qualité, qui crée des liens avec des personnes de tous horizons et de tout âge dans tous ses contenus : journaux, magazines, applis, livres, sites…
Nous rejoindre, c’est venir faire partie de cette communauté à taille humaine.
C’est envisager son futur dans une entreprise tournée vers l’avenir par ses thèmes porteurs l’éducation, la spiritualité, l’écologie, le développement de soi à toutes les étapes de la vie.
C’est intégrer une entreprise apprenante, qui a le souci de faire évoluer ses salariés et d’accompagner le développement de leurs compétences.
MISSION
Média d’actualité, d’espérance et de dialogue, La Croix accompagne ses lecteurs dans leur compréhension du monde via un quotidien, un hebdomadaire et des offres numériques.
5eme quotidien national, média indépendant, La Croix compte aujourd’hui une audience de 3,7 M de lecteurs. (SOURCES : ACPM ONE NEXT GLOBAL 2024 S1)Le service France couvre l’actualité sociétale, politique et sportive ; il est constitué d’une quinzaine de personnes.
Dédié à la thématique de la politique nationale, vos missions seront les suivantes :
Couvrir l’actualité politique française : institutions, partis, élections, réformes, évolution de idées, construction de programmes, etc. et assurer une veille constante sur les évolutions politiques et législativProposer et réaliser des enquêtes, reportages, dossiers, interviews et portraits pour les différents supports de La Croix et dans les différentes temporalités requises (éditions numériques quotidiennes, édition print du lendemain ou des jours suivants, hebdo, etc.) ;Travailler en équipe, au sein du pôle politique de La Croix, mais aussi avec les autres journalistes du pôle société, et des autres services du journalValoriser votre expertise auprès du public, notamment via des interventions médias ou une présence réfléchie sur les réseaux sociaux, en lien avec l’équipe social media.Contribuer ponctuellement à la couverture d’autres actualités nationales, selon les besoins du service.
Ce poste comprend des permanences dominicales ainsi qu’une permanence le samedi (une fois par an).
PROFIL
Journaliste de formation, vous avez 8 à 10 ans d’expérience, idéalement au sein du service politique d’un grand média,Doté d’un très bon réseau et passionné par les enjeux institutionnels, les dynamiques électorales et les débats de société, vous êtes capable de traiter l’information en apportant sens et nuance. Vous savez hiérarchiser l’information, mettre en perspective des évènements, et faire preuve de créativité dans la recherche et le traitement des sujets.Votre connaissance et votre pratique des réseaux sociaux vous permettent de contribuer au rayonnement des contenus de La Croix, en vous appuyant sur les rédacteurs social media de l’équiLa connaissance du public de La Croix est indispensable.
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Source groupe Bayard


