À l’approche des élections municipales à Paris, la rédaction de Tribune Chrétienne a souhaité interroger les principaux candidats à la mairie de la capitale afin de mieux connaître leurs positions sur plusieurs sujets touchant particulièrement les chrétiens et les familles : liberté éducative, place de l’enseignement catholique, coopération avec les œuvres caritatives de l’Église mais également sauvegarde du patrimoine religieux ou encore rapport personnel à la foi. Les quatre principaux candidats ont ainsi été contactés par notre rédaction. Madame Rachida Dati a été la première à répondre à nos questions et à détailler son programme sur ces différents points.
Le diocèse de Paris a rappelé son attachement au respect du caractère propre de l’enseignement catholique. Quelle est votre position sur la liberté éducative et sur la place des établissements privés sous contrat dans la capitale ?
A Paris, l’enseignement privé sous contrat scolarise désormais 26% des élèves dont 23% dans l’enseignement catholique sous contrat. Cela représente près de 80 000 élèves. Si les familles se tournent de plus en plus vers les écoles privées, en particulier celles de l’enseignement catholique, ce n’est pas un hasard : la gauche a dégradé le cadre de vie et a abandonné l’école publique depuis des années. L’école privée est perçue comme un refuge pour offrir un meilleur encadrement et de meilleures conditions d’étude. Mais la gauche refuse de prendre ses responsabilités et, au lieu de relever l’école publique, préfère tenir un discours hostile aux établissements privés sous contrat et notamment catholiques.
Ce n’est évidemment pas mon cas. Je refuse la stigmatisation faite par certains. Je l’ai rappelé aux représentants des parents d’élèves des établissements d’enseignement catholique que j’ai rencontrés il y a quelques semaines.
Leur diversité témoigne d’ailleurs de la richesse des écoles qu’ils représentent : dans le 19e et le 20e, elles ne ressemblent pas aux écoles de l’Ouest parisien !
Je suis attachée à la liberté de choix des familles. La liberté éducative est une richesse de notre système français, elle permet aux familles de choisir l’établissement correspondant à leurs convictions et aux besoins de leurs enfants. Maire de Paris, je cesserai d’opposer public et privé, qui sont complémentaires et non pas contradictoires. Je rétablirai également un dialogue serein et régulier avec l’enseignement catholique, j’assurerai la stabilité des financements prévus par la loi et accompagnerai les projets éducatifs et immobiliers qui répondent à un besoin réel des familles.
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Les décisions municipales influent concrètement sur le fonctionnement des écoles, notamment en matière de locaux, de subventions et d’activités périscolaires. Quels engagements prenez-vous concernant les établissements catholiques parisiens ?
Ces six dernières années, la Mairie de Paris a tenté par tous les moyens dont elle disposait de fragiliser les écoles privées sous contrat. En 2020, elle a fixé le forfait communal, c’est-à-dire le financement qu’elle doit aux écoles maternelles, volontairement bas. Aujourd’hui, les écoles ne perçoivent que la moitié de ce que la Ville leur doit par élève. De la même manière, elle a soigneusement évité de prendre en compte l’inflation tant dans le calcul du forfait des maternelles que des élémentaires. La conséquence, c’est qu’un élève du privé à Paris coûte cinq fois moins cher qu’un élève du public.
Ensuite, la Mairie de Paris a décidé en 2022 de revoir les critères pris en compte pour le calcul des dotations aux collèges privés. Cela a eu une conséquence : les dotations ont fondu immédiatement.
Quant au sort réservé à Stanislas, la Mairie de Paris s’est tout simplement mise hors-la-loi : d’abord en suspendant le versement des dotations obligatoires en 2024 puis en décidant de ne pas les verser en 2025. Elle doit près d’un million et demi d’euros ! La Chambre régionale des comptes a d’ailleurs été saisie par l’établissement et pourrait faire un recours en justice.
Je m’oppose à ces méthodes et défends un traitement équitable de tous les établissements sous contrat. Sur tous ces sujets, avec les élus de mon groupe, nous avons porté ces combats pour faire reconnaître les droits des établissements privés et des familles parisiennes qui y ont scolarisé leurs enfants.
Maire de Paris, je réviserai le forfait communal à destination des écoles maternelles privées sous contrat, afin qu’il soit conforme au coût réel et revaloriserai le forfait pour les écoles élémentaires pour rattraper l’inflation. Au collège, je reverrai les critères des modes de calcul des dotations. Enfin, je verserai immédiatement les sommes dues par la Mairie à Stanislas.
Par ailleurs, les établissements privés sont désavantagés dans la réservation de créneaux dans les gymnases ou les piscines. J’y remédierai grâce à une plateforme plus transparente de réservation des créneaux dans les équipements sportifs.
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Comment entendez-vous soutenir les familles parisiennes qui font le choix de l’enseignement privé, parfois au prix d’efforts financiers importants ?
De plus en plus de familles parisiennes choisissent l’enseignement privé non par confort mais par souci du bien-être et de la réussite de leurs enfants, dans une ville où le public est laissé à l’abandon. Je l’ai dit, la Ville doit respecter les obligations légales de financement, afin que les établissements ne soient pas pénalisés. En rétablissant les financements à leur juste niveau, alors les contributions familiales pourront baisser et les écoles privées seront bien plus accessibles à tous.
Je souhaite travailler avec les établissements pour favoriser une plus grande mixité sociale. Je sais que les établissements offrent de plus en plus la possibilité de moduler la contribution familiale en fonction du quotient familial. Je souhaite les accompagner dans cette démarche.
Soutenir les familles, c’est aussi améliorer l’environnement éducatif global : sécurité autour des écoles, transports et cadre de vie. Par exemple, lorsque je dis que je souhaite renforcer la sécurité et la vidéoprotection aux abords des établissements scolaires, cela concernera aussi le bien le public que le privé, car la sécurité de nos enfants ne se négocie pas et ne doit subir aucune discrimination. Plus généralement, Paris fonctionne mieux pour les familles, cela bénéficie à tous les élèves, qu’ils soient dans le public ou dans le privé.
En matière de solidarité, comment la Ville peut-elle mieux coopérer avec les réseaux paroissiaux et les œuvres catholiques engagées auprès des plus fragiles ?
Les paroisses et associations catholiques jouent un rôle important dans l’aide aux plus fragiles : accueil des personnes isolées, aide alimentaire, aide aux familles en difficulté. Ces initiatives reposent très largement sur l’engagement bénévole. Je pense notamment au formidable travail du Secours Catholique, l’Ordre de Malte, Saint Vincent de Paul, les Apprentis d’Auteuil ou encore la Fondation Notre Dame.
Je poursuivrai le travail en partenariat avec ces acteurs de terrain, dans un esprit de confiance et de complémentarité. J’entretiendrai un dialogue constant avec les paroisses et apporterai un soutien logistique afin de prendre en charge de la meilleure manière les personnes les plus fragiles.
Dans le contexte des événements survenus ce week-end à Paris, marqués par des incidents visant les églises Saint-Vincent-de-Paul et Saint-Roch , quelle priorité budgétaire accordez-vous à la sauvegarde du patrimoine religieux de la capitale ( dont la mairie est propriétaire ) ?
La gauche a négligé l’entretien du patrimoine religieux parisien. La rénovation de certains édifices qui le nécessitaient n’étaient même pas inscrits dans le Plan Églises de la Ville : Sainte-Pierre-du-Gros-Caillou ; Sainte-Clotilde ; Saint-Germain-L’auxerrois. Parmi les 75 édifices religieux répertoriés en danger à Paris, 28 seulement ont connu des travaux depuis 2019.
Durant les mandats d’Anne Hidalgo et Emmanuel Grégoire, la Ville n’a consacré que 150 millions d’euros aux églises alors que les besoins sont estimés à 500 millions d’euros par l’Observatoire du patrimoine religieux.
Il s’agit pourtant du patrimoine de tous les Parisiens, fréquenté tant par les paroissiens de ces églises que par de nombreux touristes qui viennent admirer l’architecture ou les trésors artistiques qu’elles abritent Plus grave : pour pouvoir financer la rénovation ou tout simplement l’entretien des églises auxquelles ils sont attachés, les Parisiens ont dû déposer eux-mêmes des projets au budget participatif qui, je le rappelle, n’a pas vocation à pallier les manquements de la Ville. Je mettrai en place un plan d’urgence pour sauver les églises, avec un effort particulier sur leurs façades.
Quelques mots sur Notre-Dame de Paris ?
La renaissance de la Cathédrale Notre‑Dame de Paris après l’incendie de 2019 restera l’un des grands chantiers patrimoniaux de notre époque. Cet événement a profondément marqué les Parisiens et, plus largement, le monde entier. L’émotion suscitée par l’incendie a rappelé combien ce monument est un symbole universel de l’Histoire et de la culture française. Je voudrais saluer à la fois le sacrifice des pompiers qui ont combattu les flammes et l’effort des artisans qui ont œuvré dans l’humilité de leur atelier comme sur l’immense édifice. Les Français ont, je le crois, compris qu’ils pouvaient se réunir lorsque l’épreuve les menace ou les dépasse. Notre-Dame a aussi réussi à unir ceux qui croient et ceux qui ne croient pas parce que le message d’espérance est indissociable de l’Histoire française.
Je regrette cependant que la Ville de Paris, qui avait annoncé 50 millions d’euros pour la restauration de Notre-Dame, n’ait jamais versé cette somme au chantier.
Nous aimerions évoquer votre parcours personnel et la place que tient votre foi dans votre vie publique et privée. Nous savons que vous vous rendez régulièrement à la messe dans votre arrondissement (Saint Pierre du Gros Caillou) mais pas que, et que vous vous présentez bras croisés devant le prêtre lors de la communion ? pouvez-vous nous donner tout le sens que cela a pour vous ?
J’ai grandi dans un environnement marqué par la religion. Bien que je ne sois pas de confession catholique, j’ai été scolarisée dans un institut de jeunes filles catholiques à Chalon-sur-Saône, dirigé par des religieuses.
Nous assistions à la messe tous les matins et devions proposer une intention de prière.
Cette éducation m’a transmis des valeurs importantes comme le respect des autres, la bienveillance et le partage. Pour moi, la foi relève avant tout de la sphère personnelle. Je n’ai jamais considéré la foi comme un élément identitaire, c’est un élément de vie. Chez nous, on croyait en Dieu comme une évidence. Cette foi nourrit une vie intérieure, une réflexion, une manière de se situer face aux autres et au monde.
J’ai un rapport très intime à la question religieuse, dont je ne parle pas souvent.
C’est pour moi un moment de recueillement, de silence et d’introspection salutaire, dans un rythme de vie souvent très intense.
Propos recueillis par Philippe Marie


