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« Pour qui un évêque représente-t-il une menace ? » : l’indignation grandit après l’assassinat de Monseigneur Osório

Monseigneur Osório Citora Afonso, évêque de Quelimane - DR
Monseigneur Osório Citora Afonso, évêque de Quelimane - DR
Au Mozambique, fidèles, missionnaires, juristes et responsables catholiques réclament que toute la lumière soit faite sur ce crime qui frappe au cœur l’Église et une nation déjà meurtrie par la violence

L’assassinat de Monsigneur Osório Citora Afonso continue de susciter une immense vague d’émotion et d’indignation au Mozambique. Trois jours après le meurtre de l’évêque de Quelimane, perpétré le 6 juin, les appels à la vérité et à la justice se multiplient dans tout le pays. Sur les réseaux sociaux, de nombreux Mozambicains dénoncent un « crime barbare » et refusent que l’affaire sombre dans l’oubli. Un message largement relayé résume l’état d’esprit de la population : « C’est un péché mortel et une complicité criminelle que de savoir qui a commis ce crime barbare et de ne pas le dénoncer ! »

Pour beaucoup, ce drame dépasse le seul cadre de l’Église catholique. Il touche toute une nation confrontée depuis plusieurs années à une insécurité croissante, notamment dans la province de Cabo Delgado où le terrorisme islamiste continue de faire des ravages. Les témoignages qui affluent depuis l’annonce de sa mort dressent le portrait d’un pasteur profondément aimé. Le père James Bhola Lengarin, supérieur général des Missionnaires de la Consolata, a rendu un hommage particulièrement émouvant à celui qui appartenait à sa congrégation.

« Osório était l’un des nôtres. Un frère simple, souriant, capable de se mêler aux gens sans arrière-pensée, fort uniquement de la Parole de Dieu », a-t-il déclaré. « Un missionnaire qui n’a jamais cessé de croire en la bonté des gens, en la paix, en la réconciliation. »

Mais derrière l’hommage se profile aussi une exigence de justice. « Nous avons le devoir moral et spirituel de vouloir que la vérité sur ce qui s’est passé soit pleinement révélée. La mort d’un pasteur ne peut rester enveloppée dans le silence ou l’incertitude », a insisté le supérieur général.

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Cette exigence est aujourd’hui reprise bien au-delà des cercles ecclésiaux. L’Ordre des avocats du Mozambique a lui aussi exprimé sa « profonde consternation » et son indignation face à cet assassinat. Dans un communiqué particulièrement ferme, il souligne que lorsqu’« une voix de foi, d’espérance et d’engagement envers les plus vulnérables est réduite au silence par la violence », c’est « la conscience morale même de la société » qui est atteinte. La question qui revient désormais avec insistance dans le débat public est celle du mobile de ce crime. Une interrogation résonne avec force dans les médias et sur les réseaux sociaux : « Pour qui un évêque représente-t-il une menace ? »

Cette question en entraîne d’autres, tout aussi troublantes : « Qui dérangeait sa voix ? Que dénonçait-il ? Pourquoi, aujourd’hui au Mozambique, même la foi semble-t-elle marcher sous l’escorte de la peur ? » Ces interrogations traduisent le sentiment d’abandon d’une partie de la population. « Il y a du terrorisme à Cabo Delgado. Il y a des enlèvements dans les villes. Il y a des meurtres inexplicables. Il y a des disparitions », déplorent de nombreux observateurs. « On a peur de parler. On a peur de dénoncer. Et maintenant, on a aussi peur de prier. »

L’assassinat de Mgr Osório frappe d’autant plus les consciences qu’il visait un homme reconnu pour son engagement en faveur de la paix, du dialogue et de la réconciliation. Aux yeux de nombreux fidèles, tuer un évêque dans son propre diocèse revient à s’en prendre à toute une communauté croyante. Les funérailles solennelles auront lieu le 12 juin à Quelimane en présence du nonce apostolique au Mozambique, Luis Miguel Muñoz Cárdaba. Une seconde célébration est prévue le lendemain à Nampula, où l’évêque sera inhumé. Alors que l’enquête se poursuit, une même demande monte désormais de toutes parts : que les auteurs matériels et les éventuels commanditaires de ce crime soient identifiés et jugés. Car au-delà de la douleur, c’est tout un peuple qui réclame aujourd’hui ce que résument ces quatre mots devenus un cri national : « la vérité, la sécurité, la justice et des réponses ».

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