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Un ayatollah iranien interpelle le pape Léon XIV : « Nous demandons à Votre Sainteté de rappeler les enseignements du Christ afin que cesse l’effusion de sang »

Léon XIV - ayatollah Seyed Mostafa Mohaghegh Damad Ahmadabadi - DR
Léon XIV - ayatollah Seyed Mostafa Mohaghegh Damad Ahmadabadi - DR
Dans une lettre officielle, un ayatollah iranien demande au chef de l’Église catholique d’intervenir auprès du président américain pour mettre fin aux frappes et empêcher une nouvelle effusion de sang

Alors que le conflit déclenché le 28 février 2026 entre les États-Unis, Israël et l’Iran continue de s’étendre au Moyen-Orient, un dignitaire religieux iranien s’est tourné vers Rome pour demander l’intervention du pape Léon XIV. L’ayatollah Seyed Mostafa Mohaghegh Damad Ahmadabadi, figure influente parmi les autorités religieuses chiites d’Iran, a adressé une lettre publique au pontife afin qu’il use de son autorité morale pour appeler à la retenue et au respect du droit international.

Dans ce message, le religieux invoque d’abord les principes communs aux religions monothéistes, qu’il considère comme un fondement spirituel de la paix. Il écrit :
« La paix, la justice et les nobles vertus de la morale humaine sont la volonté de Dieu dans toutes les religions divines, dans les Écritures sacrées et dans l’appel monothéiste à la paix. » La lettre évoque ensuite les conséquences humaines du conflit et les destructions causées par les frappes militaires. L’ayatollah dénonce en particulier les attaques qui auraient touché des infrastructures civiles. Il affirme :
« Des centres médicaux, scientifiques et de recherche ont été détruits en violation des normes internationales et du principe de l’immunité de ces lieux. » L’appel adressé au pape Léon XIV est direct. Le dignitaire religieux demande au pontife de rappeler au président américain les exigences morales du message chrétien.

Il écrit également :

« Nous demandons donc respectueusement à Votre Sainteté, en lui rappelant les enseignements de Jésus-Christ (que la paix soit sur lui), de le guider afin qu’il s’abstienne de commettre de tels actes et que plus aucun sang humain ne soit versé. »

L’ayatollah Seyed Mostafa Mohaghegh Damad Ahmadabadi occupe une place particulière dans l’univers religieux iranien. Formé aux études traditionnelles de l’islam chiite, il s’est également distingué par ses travaux intellectuels et par certaines prises de position jugées plus ouvertes que celles d’autres autorités religieuses du pays. Au fil des années, il a parfois critiqué certaines orientations politiques de l’Iran et a appelé à une réflexion plus large sur les tensions religieuses et idéologiques au sein de la société.

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Parmi ses prises de position les plus remarquées figurent ses interventions sur la question du voile obligatoire. En se référant à l’histoire de l’islam, il a soutenu que la contrainte religieuse ne trouvait pas de fondement clair dans les sources. Il a ainsi affirmé :

« Il n’existe aucune preuve dans l’histoire de l’islam, y compris à l’époque du prophète Mahomet, qu’il ait eu recours à la force ou à la contrainte pour imposer le port obligatoire du hijab ou des codes vestimentaires. »

La démarche de l’ayatollah s’inscrit également dans une histoire plus large de dialogue entre le Vatican et certaines autorités religieuses chiites. Depuis plusieurs années, des rencontres et des échanges académiques ont lieu entre Téhéran et Rome. Un moment particulièrement marquant a été la rencontre de 2021 entre le pape François et le grand ayatollah Ali al-Sistani dans la ville sainte de Najaf, en Irak. Cette rencontre historique avait mis en avant l’importance de l’amitié, du respect mutuel et du dialogue entre les religions.

Selon plusieurs spécialistes du dialogue islamo-chrétien, cet événement a contribué à renforcer la perception du pape comme une figure morale capable d’influencer les débats internationaux. Pour certains observateurs, c’est cette autorité morale qui pousse aujourd’hui un ayatollah iranien à s’adresser directement au chef de l’Église catholique. Reste toutefois la question de l’efficacité d’un tel appel. Si le Vatican intervient régulièrement sur la scène internationale pour appeler à la paix, son influence concrète dépend largement des décisions politiques des grandes puissances.

Dans un contexte de guerre ouverte au Moyen-Orient, l’appel de l’ayatollah Seyed Mostafa Mohaghegh Damad Ahmadabadi témoigne néanmoins d’une réalité singulière : face au risque d’escalade, certains responsables religieux continuent de se tourner vers la diplomatie morale et le dialogue interreligieux pour tenter de freiner la violence.

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