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Le pape Léon XIV écarte le « cardinal électricien « de l’ère François, un geste qui confirme un style différent ?

Le pape Léon XIV et cardinal polonais Konrad Krajewski - Depositphotos
Le pape Léon XIV et cardinal polonais Konrad Krajewski - Depositphotos
Le cardinal Krajewski était considéré comme l’un des défenseurs les plus fidèles de l’héritage du pontificat de François

Alors que le pontificat de Léon XIV approche de son premier anniversaire, certaines décisions prises au Vatican permettent désormais de mieux mesurer les différences de style et de gouvernement avec celui de François. Le départ du cardinal Konrad Krajewski de la Curie romaine en est un exemple révélateur.

C’est le journaliste Nico Spuntoni, dans les colonnes du quotidien italien Il Giornale, qui explique très bien cette décision et sa portée. Le pape Léon XIV a en effet décidé d’écarter de la Curie l’un des visages les plus emblématiques du pontificat précédent. Le cardinal polonais Konrad Krajewski ne sera plus aumônier pontifical, une fonction qu’il occupait depuis de nombreuses années et dans laquelle il avait acquis une grande visibilité sous le pontificat de Jorge Mario Bergoglio.

Le nom du cardinal Krajewski reste associé en Italie à un épisode très controversé. En 2019, il avait personnellement rétabli l’électricité dans un immeuble occupé de Rome, transformé en centre social appelé Spin Time et proche de milieux de la gauche militante. L’immeuble avait été privé de courant en raison de factures impayées. L’intervention du cardinal avait alors suscité de vives critiques dans le pays. Pour se défendre, il avait déclaré qu’il paierait lui-même les factures après le rétablissement du courant. Depuis cet épisode, une partie de la presse italienne lui avait attribué le surnom de « cardinal électricien », un sobriquet resté attaché à son image publique.

Aujourd’hui, le prélat quitte Rome et retourne en Pologne. Mais il ne rejoint pas les sièges les plus prestigieux comme Varsovie ou Cracovie. Il devient archevêque métropolitain de Łódź, sa ville natale.

Cette évolution n’est pas sans signification. Le cardinal Krajewski était considéré comme l’un des défenseurs les plus fidèles de l’héritage du pontificat de François. Lors des congrégations générales précédant le conclave, il s’était notamment montré parmi les prélats plaidant avec le plus d’insistance pour une continuité complète avec la ligne du pontificat précédent.

Pour lui succéder, Léon XIV a choisi un religieux augustinien, l’archevêque espagnol Luis Marín de San Martín. Jusqu’à présent, celui-ci occupait la fonction de sous-secrétaire du Synode des évêques, un mandat qui arrivait à son terme. Au début du pontificat, certains noms circulaient pour des postes importants au Vatican, mais le pape a finalement décidé de lui confier la responsabilité du dicastère chargé du service de la charité, l’organisme qui exerce la charité au nom du Souvrearin pontife.Pour de nombreux observateurs italiens du Saint-Siège, cette décision illustre la ligne du nouveau pontificat. Léon XIV maintient l’importance de l’action caritative du Vatican, mais semble vouloir l’inscrire davantage dans un cadre institutionnel, moins marqué par des initiatives personnelles spectaculaires qui avaient parfois caractérisé la période précédente.

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Le pape américain paraît également attentif à ne pas reproduire une critique souvent formulée à propos de l’époque du pape précédent, celle d’avoir concentré trop d’influence autour de certains cercles proches de son environnement ecclésial. Bien qu’il soit lui-même augustinien, Léon XIV semble vouloir éviter toute impression de favoritisme.

Dans la vision de Léon XIV , l’organisme chargé de la charité pontificale demeure un instrument important du Saint-Siège, puisqu’il agit directement au nom du pape auprès des plus pauvres. Le pape reste cependant profondément attaché à son identité augustinienne. Le 20 juin prochain, il se rendra à Pavie pour visiter la basilique Saint-Pierre-au-Ciel-d’Or, où reposent les reliques de saint Augustin. Ce lieu est familier au pape. En 2007, alors qu’il était supérieur des Augustins, il y avait accompagné Benoît XVI lors d’une visite dans cette même basilique.À l’occasion de la venue du Souverain pontife, l’évêque de Pavie, monseigneur Corrado Sanguineti, a annoncé que toutes les cloches du diocèse sonneront à la fête.

Reste que cette décision s’inscrit dans un contexte ecclésial plus large. Depuis plusieurs années, de puissants courants intellectuels et théologiques poussent l’Église à devenir toujours davantage un espace de consensus permanent, de dialogue généralisé et d’ouverture à toutes les idéologies contemporaines. Pour certains de ces penseurs, l’Église devrait devenir avant tout un « lieu de rencontre », « d’échange » où l’on relativise progressivement les vérités doctrinales au nom du « dialogue », où les positions morales traditionnelles sont reconsidérées à la lumière des évolutions culturelles, et où le dialogue ne consiste plus seulement en un échange visant à chercher la vérité, mais tend parfois à devenir une méthode pour adapter ou redéfinir l’enseignement lui-même.

Dans cette perspective, certains craignent que le souci permanent de dialogue avec le monde contemporain ne conduise à une dilution progressive de la doctrine et de l’identité même de l’Église.

Face à ces pressions, chaque décision pontificale est observée comme un signe possible d’orientation. Les choix opérés par Léon XIV peuvent apparaître pour certains comme une tentative de rééquilibrage, mais les tensions qui traversent aujourd’hui le monde catholique demeurent bien réelles. L’avenir dira si le pontificat de Léon XIV parviendra à résister à ces influences.

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