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Stigmatisation des « blancs catholiques » : la dérive inquiétante de Jean-Luc Mélenchon

Jean-Luc Mélenchon - Depositphotos
Jean-Luc Mélenchon - Depositphotos
Derrière la formule choc prononcée par leader politique, l’on sent clairement un positionnement identitaire, tant décrié lorsqu’il est attribué à ses adversaires

Jean-Luc Mélenchon, lui-même blanc et catholique devrait-il pour autant être ainsi désigné, discriminé ? C’est une question qui interpelle profondément sur la dimension raciste d’un certain discours politique et sur la vision de la nation qu’elle sous-entend. La phrase prononcée par le leader politique de la France insoumise à l’Institut La Boétie (9 avril 2026) , « Si vous comptez sur les ouvriers blancs catholiques pour faire le socialisme en France, ça n’aura pas lieu », ne relève pas d’un simple dérapage verbal. Elle s’inscrit dans une logique plus profonde, celle d’une stigmatisation assumée d’une partie du peuple français. Ici, les termes « blancs » et « catholiques » ne sont pas anodins. Ils sont associés à une catégorie sociale, les ouvriers, comme pour désigner un groupe homogène, disqualifié d’emblée.

Là, le « blanc catholique » est réduit à une étiquette, presque à un archétype, que l’on oppose implicitement à d’autres composantes (métissées et non catholiques) de la société jugées, elles, plus conformes à un projet politique donné, voire à un projet d’avenir. C’est donc bien une couleur de peau et une religion qui sont ici pointées du doigt.

En procédant ainsi, le leader insoumis ne critique plus une idée ni une orientation politique, il vise des personnes pour ce qu’elles sont, ou pour ce qu’elles représentent culturellement et spirituellement. Le glissement est grave. Il marque une rupture avec l’universalisme républicain, qui refuse précisément de catégoriser les citoyens selon leur origine ou leur religion. Ce type de discours introduit une hiérarchie implicite entre les Français. Certains seraient jugés fréquentables politiquement, porteurs d’avenir, tandis que d’autres seraient renvoyés à ce qui serait présenté comme les vestiges d’un passé, celui d’une France réputée révolue. Plus encore, il instille l’idée que la France blanche et catholique appartiendrait désormais au passé, et que l’avenir devrait se construire en regardant vers d’autres références, d’autres identités, d’autres appartenances, qu’il s’agisse de la couleur de peau ou de la religion.

Une telle vision est non seulement injuste, elle est profondément dangereuse, car elle nourrit le ressentiment et installe une forme de racisme assumée, presque une ségrégation , fondée sur la couleur de peau et la religion.

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La cible choisie n’est pas anodine. Les catholiques incarnent une mémoire, une culture, un enracinement, une dimension spirituelle fondatrice de la France. Même si la classe ouvrière s’est renouvelée à travers les différentes vagues d’immigration, peut-on décemment stigmatiser une couleur de peau et une religion en lien avec une catégorie socioprofessionnelle ?

À travers ce type de déclarations, certains préparent les esprits à l’idée d’une « nouvelle France », présentée comme inéluctable, qui se construirait sur les décombres d’une France historiquement chrétienne, héritière d’une tradition multiséculaire. Une France redéfinie, plus métissée, marquée aussi par une présence musulmane croissante, et dans laquelle l’héritage ancien serait appelé à s’effacer ou à se taire.

Ce discours participe d’un mouvement plus large de remise en cause des racines chrétiennes, du patrimoine, des fêtes, des références communes, comme si une forme de « cancel culture » religieuse devenait une évidence. Il ne s’agit plus de convaincre, mais d’exclure, plus de rassembler, mais de trier.

Enfin, une question s’impose. Qu’aurait-on dit si, à rebours, l’expression avait visé les « ouvriers noirs musulmans » ? Quelle aurait été la réaction médiatique, politique, associative ? Il est évident que n’importe quel responsable public aurait immédiatement été accusé de racisme, sommé de s’expliquer, voire contraint de se retirer. L’indignation aurait été générale, unanime, immédiate. Ce contraste révèle un déséquilibre profond dans notre espace public. Certaines catégories semblent pouvoir être stigmatisées sans provoquer la même réprobation. La France mérite mieux que ces provocations dangereuses. Elle mérite un débat à la hauteur de son histoire, respectueux de chacun, sans distinction d’origine, de foi ou de condition. Car aucune société ne se construit durablement en stigmatisant une partie de son propre peuple, surtout lorsque cette partie porte en elle un héritage enraciné depuis des siècles.

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