Le Vatican s’apprête à publier un texte particulièrement attendu. Le lundi 25 mai, le pape Léon XIV présentera officiellement Magnifica Humanitas, sa première encyclique, entièrement consacrée à l’intelligence artificielle et à ses conséquences sur l’humanité. Annoncé ce lundi 18 mai par le Saint-Siège, le document porte un sous-titre explicite : « sur la sauvegarde de la personne humaine à l’ère de l’IA ». Une formulation qui donne déjà une indication claire de l’orientation du texte : placer la dignité humaine au centre du développement technologique.Si le contenu intégral de l’encyclique reste encore secret, plusieurs éléments permettent déjà d’anticiper les grands thèmes qui devraient structurer ce document inédit dans l’histoire de l’Église catholique.
Le cœur de Magnifica Humanitas devrait être la question de la dignité de la personne humaine face à des technologies capables de remplacer, surveiller ou influencer l’homme dans un nombre croissant de domaines. Depuis plusieurs années, le Vatican alerte sur le risque d’une société où l’être humain deviendrait progressivement secondaire face aux systèmes automatisés et aux décisions prises par des algorithmes. L’encyclique devrait ainsi rappeler que la technologie doit rester au service de l’homme et non l’inverse.
Selon plusieurs spécialistes du Vatican, le texte pourrait insister sur le fait qu’aucune intelligence artificielle, aussi avancée soit-elle, ne peut remplacer la conscience humaine, la liberté morale, la responsabilité individuelle ou la dimension spirituelle de la personne.
Le pape Léon XIV devrait également mettre en garde contre une vision purement technologique du progrès, où l’efficacité et la performance primeraient sur la valeur humaine. Comme Rerum Novarum en 1891, Magnifica Humanitas devrait largement aborder les conséquences économiques des grandes transformations technologiques. L’automatisation massive, la disparition potentielle de nombreux métiers et la concentration des richesses dans les mains des grandes entreprises technologiques devraient figurer parmi les principaux sujets traités. Le Vatican s’inquiète depuis plusieurs années des effets de l’intelligence artificielle sur le travail humain.
L’encyclique défendra ainsi :
- le droit à un travail digne ;
- la protection des travailleurs face à l’automatisation ;
- la nécessité d’un encadrement des grandes plateformes numériques ;
- une répartition plus équitable des bénéfices liés à l’IA ;
- et la préservation de l’humain dans les processus de décision économique.
Le parallèle avec la révolution industrielle semble assumé. Là où Léon XIII défendait les ouvriers face aux excès du capitalisme industriel, Léon XIV pourrait défendre les travailleurs face aux bouleversements du capitalisme technologique. L’un des chapitres les plus attendus concerne les enjeux éthiques liés aux usages de l’IA.
Le Vatican suit avec inquiétude le développement des systèmes capables de produire des contenus faux, d’influencer les comportements humains ou d’effectuer une surveillance massive des populations.
L’encyclique évoquera :
- les deepfakes et la manipulation de l’information ;
- les atteintes à la vie privée ;
- la collecte massive de données personnelles ;
- les biais algorithmiques ;
- la dépendance psychologique aux technologies ;
- ou encore les risques de déshumanisation des relations sociales.
Le texte pourrait aussi appeler à une régulation internationale de l’intelligence artificielle afin d’éviter que certaines technologies ne soient développées sans contrôle éthique ou démocratique. Autre sujet majeur qui pourrait être développé : l’utilisation de l’intelligence artificielle dans les conflits armés. Le pape Léon XIV s’est déjà exprimé à plusieurs reprises contre les armes autonomes et les systèmes militaires capables de prendre des décisions létales sans intervention humaine. Le Vatican considère ce sujet comme l’un des plus graves défis éthiques contemporains. L’encyclique pourrait ainsi condamner fermement le développement de technologies militaires autonomes et appeler la communauté internationale à fixer des limites claires concernant l’usage de l’IA dans la guerre.
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Au-delà des questions économiques et technologiques, Magnifica Humanitas devrait aussi proposer une réflexion plus philosophique et spirituelle sur ce qui définit l’être humain.
Dans un monde où les intelligences artificielles deviennent capables d’écrire, de créer des images, de parler ou même d’imiter les émotions humaines, le Vatican veut réaffirmer la singularité de la personne humaine. Le texte pourrait notamment aborder :
- la différence entre intelligence humaine et intelligence artificielle ;
- la notion d’âme et de conscience ;
- la créativité humaine ;
- la liberté morale ;
- et la responsabilité éthique.
Le Vatican semble vouloir répondre à une question devenue centrale : jusqu’où une société peut-elle déléguer ses décisions, ses relations et même sa pensée aux machines sans perdre une part de son humanité ?
La présentation officielle du document réunira plusieurs responsables importants du Vatican mais aussi des experts internationaux du numérique et de l’intelligence artificielle. Parmi eux figure Christopher Olah, cofondateur d’Anthropic et spécialiste mondialement reconnu de l’interprétabilité de l’IA, signe de la volonté du Saint-Siège de dialoguer directement avec les acteurs de la révolution technologique. Le cardinal Víctor Manuel Fernández, le cardinal Michael Czerny, la théologienne Anna Rowlands et la Dre Leocadie Lushombo participeront également à cette présentation. Le pape Léon XIV doit lui-même prononcer un discours.
Signée le 15 mai 2026, à l’occasion du 135e anniversaire de Rerum Novarum, Magnifica Humanitas apparaît déjà comme un texte fondateur du pontificat de Léon XIV.
À travers cette encyclique, le Vatican cherche clairement à prendre position sur l’un des plus grands bouleversements du siècle. Alors que gouvernements, entreprises technologiques et organisations internationales tentent encore de définir les règles du futur numérique, le Saint-Siège veut rappeler une idée centrale : le progrès technologique ne peut être considéré comme un véritable progrès s’il ne protège pas d’abord la personne humaine.


