Depuis 2000 ans

Après l’attaque de Modène, les propos de l’archevêque Erio Castellucci interrogent l’Italie

Monseigneur Erio Castellucci - capture écran
Monseigneur Erio Castellucci - capture écran
Les déclarations de l’archevêque de la ville, qui met en avant "la solitude et les difficultés d’intégration du suspect", suscitent de vives réactions dans le pays

Quelques jours après la tentative de massacre qui a fait plusieurs blessés graves dans le centre de Modène, le débat ne porte plus seulement sur les circonstances de l’attaque, mais également sur les réactions qu’elle a suscitées, notamment celles de l’archevêque de la ville, Monseigneur Erio Castellucci, également vice-président de la Conférence épiscopale italienne. Dans plusieurs entretiens accordés à la presse italienne, le prélat a choisi de mettre l’accent sur l’isolement social du suspect, Salim El Koudri, ainsi que sur les difficultés d’intégration rencontrées par certains immigrés.

Selon lui, le problème réside notamment chez ceux qui « culpabilisent les immigrés ou font des déclarations qui réduisent les possibilités d’intégration ». Il a également affirmé que « des gestes de ce genre sont commis aussi bien par des Italiens que par des étrangers ». Des propos qui peinent à convaincre et même scandalisent une partie de l’opinion publique italienne.

Pour beaucoup, l’affaire soulève des interrogations qui dépassent largement la seule question de la solitude. Samedi 16 mai, Salim El Koudri, citoyen italien d’origine marocaine, a lancé son véhicule contre des passants en plein centre-ville de Modène, faisant plusieurs blessés graves. Si les enquêteurs n’ont pas retenu à ce stade la qualification d’attentat terroriste, plusieurs observateurs estiment qu’il est prématuré d’écarter certaines hypothèses alors que les investigations se poursuivent.

L’incompréhension est d’autant plus forte que le juge des enquêtes préliminaires a validé le maintien en détention du suspect en estimant que « l’acte qu’il a commis n’est pas la conséquence » de sa pathologie psychiatrique. Une appréciation qui contraste avec le récit largement relayé ces derniers jours d’un homme incapable de comprendre la portée de ses actes.

Lire aussi

En réalité, une grande partie des éléments décrivant l’état psychologique de Salim El Koudri proviennent de son avocat, Fausto Gianelli. Celui-ci affirme que son client était désorienté et que son état se serait dégradé après l’arrêt d’un traitement médical. Mais devant le juge, l’intéressé a choisi de garder le silence et n’a fourni aucune explication sur ses motivations.D’autres questions demeurent également sans réponse. Lors des perquisitions, les enquêteurs ont saisi cinq téléphones portables, quatre ordinateurs, deux disques durs, deux clés USB, une tablette, une console de jeux, ainsi qu’une centaine de pages manuscrites, des agendas et divers carnets de notes. La découverte d’un document contenant des mots de passe liés à des cryptomonnaies a également été signalée. Autant d’éléments qui alimentent les interrogations de nombreux commentateurs italiens.

Dans une autre déclaration, Mgr Castellucci a estimé que « le rôle des communautés chrétiennes » était « d’intercepter l’isolement, d’affiner les antennes capables de percevoir la solitude ». Une analyse qui, là encore, suscite le débat. Certains y voient un appel légitime à une plus grande attention pastorale envers les personnes isolées. D’autres considèrent qu’elle risque de réduire une affaire complexe à une explication essentiellement sociale avant même que les enquêteurs aient établi les faits. Sur les réseaux sociaux et dans plusieurs médias italiens, de nombreux commentateurs soulignent que les déclarations de l’archevêque interviennent alors que de nombreuses zones d’ombre subsistent encore. Ils s’interrogent notamment sur les motivations réelles du suspect, sur son parcours personnel et sur l’éventuelle influence d’idéologies radicales, autant de questions auxquelles seule l’enquête pourra répondre.

L’affaire intervient dans un contexte particulièrement sensible en Italie, où les questions liées à l’immigration, à l’intégration et à la sécurité demeurent au cœur du débat public. Chaque nouvel épisode de violence ravive les tensions entre ceux qui privilégient une lecture essentiellement sociale des événements et ceux qui estiment que les dimensions culturelles, idéologiques ou religieuses ne doivent pas être écartées trop rapidement. Pour l’heure, une seule certitude demeure : l’histoire de la tentative de massacre de Modène est encore loin d’avoir livré tous ses secrets. Et les propos de Mgr Castellucci, en cherchant à expliquer le geste de Salim El Koudri par la solitude et le manque d’intégration, ont ouvert un débat qui dépasse désormais largement le cadre de la seule enquête judiciaire.

Recevez chaque jour notre newsletter !