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À quelques jours de son voyage en Espagne, le pape Léon XIV reconnaît 80 nouveaux martyrs de la guerre civile

Ce sont désormais 130 victimes de la guerre civile espagnole qui ont été officiellement reconnues par l’Église sous le pontificat de Léon XIV en l’espace de quelques semaines

Ce 22 mai 2026 le pape Léon XIV a autorisé la promulgation de plusieurs décrets du dicastère pour les Causes des saints. Parmi eux figure la reconnaissance du martyre de Francisco González de Córdova et de 79 compagnons, prêtres, religieux, séminaristes et fidèles laïcs assassinés entre 1936 et 1937 dans le diocèse de Santander, en Espagne, « en haine de la foi ». Cette décision intervient dans un contexte particulier. Dans quelques jours seulement, du 6 au 12 juin, le Souverain Pontife doit effectuer un voyage en Espagne, un déplacement très attendu qui le conduira notamment sur plusieurs lieux marqués par l’histoire religieuse du pays. Sans constituer un message politique explicite, la reconnaissance de ces nouveaux martyrs contribue néanmoins à remettre en lumière l’une des pages les plus tragiques de l’histoire contemporaine de l’Église espagnole.

Il s’agit d’ailleurs du deuxième décret de ce type en moins d’un mois. Le 27 avril dernier, le pape Léon XIV avait déjà reconnu le martyre de 50 victimes de la même persécution : le frère Stanislao Ortega García, membre des Frères de l’Instruction chrétienne de Saint-Gabriel, ses 48 compagnons religieux, ainsi que le prêtre diocésain Emanuele Berenguer Clusella.

Avec la reconnaissance des 80 nouveaux martyrs de Santander, ce sont désormais 130 victimes de la guerre civile espagnole qui ont été officiellement reconnues par l’Église sous le pontificat de Léon XIV en l’espace de quelques semaines

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Les 80 martyrs dont le décret a été promulgué ce 22 mai appartenaient à des états de vie très différents. Parmi eux se trouvaient des prêtres diocésains, des religieux, des séminaristes mais aussi des laïcs. Tous ont cependant partagé le même destin : être arrêtés puis exécutés en raison de leur appartenance à l’Église catholique ou de leur engagement chrétien. Le diocèse de Santander fut l’un des nombreux territoires touchés par la violence antireligieuse qui accompagna la guerre civile espagnole entre 1936 et 1939. Dans plusieurs régions contrôlées par le camp républicain, des groupes révolutionnaires et des milices s’en prirent systématiquement aux représentants de l’Église. Des évêques, des prêtres, des religieux, des religieuses et de simples fidèles furent arrêtés, emprisonnés ou exécutés. Des milliers d’édifices religieux furent incendiés, pillés ou profanés.

Les historiens estiment qu’entre 6 000 et 7 000 membres du clergé catholique furent assassinés durant cette période. À cela s’ajoutent de nombreux laïcs dont le seul tort était souvent d’être connus pour leur pratique religieuse ou leur proximité avec l’Église.

Pour l’Église, la reconnaissance du martyre ne constitue pas une prise de position sur les aspects politiques de la guerre civile. Elle vise à établir que les personnes concernées ont été tuées en raison de leur foi chrétienne et qu’elles ont accepté la mort sans renier le Christ. C’est pourquoi aucun miracle n’est requis pour leur béatification. Au-delà de la seule mémoire historique, ces reconnaissances successives traduisent également la volonté du Saint-Siège de préserver le souvenir de ceux qui ont payé de leur vie leur fidélité à la foi. Alors que l’Espagne continue de débattre de certains épisodes de son passé, l’Église entend rappeler le témoignage de ces hommes et de ces femmes qui ont refusé d’abjurer leur foi malgré les menaces et les violences.

Outre ces martyrs espagnols, les décrets promulgués ce 22 mai concernent également plusieurs autres figures appelées à avancer sur le chemin des autels. Le pape a reconnu un miracle attribué à l’intercession du patriarche maronite libanais Elias Hoyek, ouvrant la voie à sa béatification. Il a également reconnu les vertus héroïques du missionnaire salésien Costantino Vendrame, du capucin Nazareno da Pula, de l’abbesse espagnole María Ana Alberdi Echezarreta et du jeune carme camerounais Jean-Thierry Ebogo, mort à seulement 23 ans après avoir offert ses souffrances dans une profonde fidélité au Christ. Mais c’est bien la reconnaissance de ces 80 nouveaux martyrs espagnols qui retient particulièrement l’attention. À quelques jours du voyage de Léon XIV en Espagne, elle rappelle que l’histoire religieuse du pays est aussi marquée par le témoignage de milliers de croyants qui, au cœur de la tourmente, choisirent de rester fidèles à leur foi jusqu’au sacrifice suprême.

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