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« Cessez de diaboliser Trump »: Monseigneur Barron recadre la gauche catholique sur l’immigration

Monseigneur Robert Barron - capture Fox News
Monseigneur Robert Barron - capture Fox News
Monseigneur Robert Barron, évêque de Winona-Rochester et l’une des voix catholiques les plus influentes des États-Unis, appelle à sortir des caricatures idéologiques. Pour lui, le contrôle des frontières peut répondre à de véritables exigences morales, notamment pour protéger les enfants victimes des trafics

L’intervention de Monseigneur Robert Barron risque de faire du bruit bien au-delà des frontières américaines. Dans un entretien accordé à Fox News Digital, l’évêque de Winona-Rochester, dans le Minnesota, a dénoncé avec vigueur ce qu’il appelle la « diabolisation » de Donald Trump et de ses soutiens par une partie de la gauche catholique américaine. Figure majeure du catholicisme américain contemporain, fondateur du ministère médiatique Word on Fire, auteur de nombreux ouvrages et suivi par des millions de personnes à travers ses conférences, vidéos et réseaux sociaux, Monseigneur Barron est souvent considéré comme l’un des principaux représentants d’un catholicisme à la fois fidèle à la doctrine de l’Église et soucieux de dialoguer avec la culture contemporaine. Souvent classé parmi les voix conservatrices sur les questions doctrinales et morales, il est également connu pour son refus des polarisations excessives qui traversent aujourd’hui l’Église et la société américaines.

Alors que les questions migratoires continuent de diviser profondément le catholicisme américain, Monseigneur Barron refuse les caricatures. Selon lui, il est injuste de présenter tous les partisans d’un contrôle plus strict des frontières comme des personnes dépourvues de compassion : « Il existe de très bonnes raisons, des raisons morales, de s’inquiéter d’une frontière ouverte », affirme-t-il.

Cette déclaration est loin d’être anodine. Depuis plusieurs années, une partie du débat ecclésial tend à réduire la question migratoire à une opposition simpliste entre humanité et fermeture. Or, pour le prélat Barron, la réalité est beaucoup plus complexe. L’évêque explique avoir été particulièrement marqué par le témoignage de Tom Homan, responsable de la politique frontalière de l’administration Trump. Selon lui, celui-ci a évoqué avec émotion les conséquences dramatiques de l’immigration illégale sur les plus vulnérables.

Monseigneur Barron cite notamment « la traite des êtres humains », « la traite des enfants » ainsi que « la disparition d’enfants dont nous avons complètement perdu la trace dans ce processus ».

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Ces réalités sont souvent absentes des discours idéologiques. Pourtant, elles touchent directement à la doctrine sociale de l’Église, qui place la protection de la dignité humaine au cœur de ses préoccupations. L’enseignement catholique rappelle depuis longtemps qu’un État a certes le devoir d’accueillir avec justice et charité, mais qu’il possède également le droit, et même la responsabilité, de protéger ses frontières, de garantir l’ordre public et de veiller au bien commun. C’est précisément ce point que Mgr Barron juge trop souvent négligé dans certains milieux ecclésiaux occidentaux. Pour lui, défendre un contrôle des frontières n’équivaut pas à rejeter les migrants. Une telle position peut au contraire découler d’une préoccupation authentique pour les plus faibles, notamment lorsqu’il s’agit de lutter contre les réseaux criminels qui prospèrent sur l’immigration clandestine.

« Je ne pense pas qu’il soit juste de dire à un conservateur ou à un républicain qu’il est simplement difficile ou anti-humanitaire », déclare-t-il. L’évêque va plus loin encore lorsqu’il critique l’attitude de certains milieux catholiques progressistes. « La gauche catholique aime parler de dialogue et de construction de ponts, jusqu’au moment où il s’agit des conservateurs », affirme-t-il.

Une remarque qui rejoint un sentiment largement répandu parmi de nombreux catholiques américains. Beaucoup dénoncent depuis plusieurs années une forme de deux poids deux mesures : le dialogue est souvent invoqué lorsqu’il s’agit de sujets sociétaux ou culturels, mais devient beaucoup plus difficile lorsqu’il concerne les questions de souveraineté nationale, d’identité ou de sécurité. Pour Mgr Barron, l’Église ne doit pas devenir un acteur partisan ni se transformer en caisse de résonance d’un camp politique. « Ce que je ne veux pas de la part de l’Église, c’est une forme de diabolisation de l’administration Trump », explique-t-il.

Loin d’appeler à un alignement sur le pouvoir politique, l’évêque propose au contraire un retour à la mission propre de l’Église : éclairer les consciences sans sombrer dans les réflexes idéologiques ; « Construisons des ponts de conversation. C’est un rôle que l’Église peut jouer », insiste-t-il.

Cette position apparaît d’autant plus significative qu’elle émane de l’une des figures catholiques les plus écoutées du monde anglophone. Mgr Barron ne nie nullement les devoirs de charité envers les migrants. Mais il rappelle qu’une frontière totalement ouverte n’est pas nécessairement synonyme d’humanité. « Nous ne pouvons pas tomber dans la vision simpliste selon laquelle une frontière ouverte serait forcément humanitaire », affirme-t-il encore, soulignant qu’elle peut aussi engendrer « d’énormes problèmes moraux ». Au fond, le message de Mgr Barron dépasse largement le cas américain. Il rappelle qu’un débat moral sérieux exige de regarder la réalité dans toute sa complexité. La protection des migrants, la lutte contre les réseaux criminels, la défense des enfants exploités et le droit des nations à contrôler leurs frontières ne sont pas des principes contradictoires. Ils appartiennent tous au bien commun que la doctrine sociale de l’Église cherche précisément à promouvoir.

À une époque où les anathèmes remplacent trop souvent la discussion, l’appel de l’évêque américain résonne comme une invitation à retrouver la raison, la prudence et le dialogue véritable. Un rappel qui, bien au-delà des États-Unis, pourrait trouver un écho dans de nombreux pays occidentaux confrontés aux mêmes tensions entre accueil, sécurité et responsabilité politique.

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