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Un couvent transformé en hôtel de luxe ? la Corse s’indigne d’un projet qui heurte sa mémoire chrétienne

Couvent des Bénédictines d’Erbalonga, - DR
Couvent des Bénédictines d’Erbalonga, - DR
Au Cap Corse, l’ancien couvent des Bénédictines d’Erbalonga, lieu de prière et d’éducation durant plus d’un siècle, pourrait être reconverti en établissement hôtelier haut de gamme

Alors que certains en appellent directement au cardinal François Bustillo, évêque d’Ajaccio, c’est un projet qui suscite une vive émotion parmi de nombreux habitants, attachés au patrimoine religieux et à ce qu’il représente dans l’histoire chrétienne de l’île. Pendant plus d’un siècle, les religieuses bénédictines ont vécu dans ce vaste couvent dominant les rivages du Cap Corse. Dans ce lieu isolé, tourné vers la mer et la prière, des générations de jeunes filles ont également été formées au sein d’un pensionnat qui a profondément marqué l’histoire locale. Aujourd’hui, cet ensemble religieux exceptionnel se retrouve au cœur d’une controverse qui dépasse largement les questions immobilières.

L’ancien couvent des Bénédictines d’Erbalonga, situé sur la commune de Brando, pourrait en effet être transformé en hôtel de luxe à la suite de son acquisition par un investisseur privé. Face à cette perspective, de nombreuses voix s’élèvent pour dénoncer ce qu’elles considèrent comme une nouvelle étape dans l’effacement du patrimoine chrétien au profit d’une logique purement économique. Car ce dossier ne concerne pas seulement un bâtiment. Il touche à la mémoire religieuse de toute une région. Perché dans un site naturel d’une beauté remarquable, le couvent est devenu au fil du temps l’un des symboles du patrimoine spirituel du Cap Corse. Ses murs racontent l’histoire d’une présence monastique discrète mais féconde, au service de la prière, de l’éducation et de la transmission de la foi.

Pour les défenseurs du projet, la réalité est cependant plus complexe. Le bâtiment est inoccupé depuis de nombreuses années et son entretien représente des sommes considérables. Sans investissement important, le risque de dégradation progressive du site est bien réel. Les promoteurs de la reconversion estiment ainsi qu’un projet hôtelier pourrait permettre de sauver l’édifice et d’assurer sa restauration.Mais cet argument ne convainc pas tout le monde.

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De nombreux habitants refusent de voir un ancien lieu consacré devenir un établissement destiné à une clientèle fortunée. Pour eux, le problème n’est pas seulement architectural. Il est aussi symbolique. Comment ne pas s’interroger lorsqu’un lieu où des religieuses ont consacré leur vie à Dieu est appelé à devenir un espace de tourisme de luxe ? Comment ne pas voir dans cette évolution le reflet d’une société qui peine de plus en plus à reconnaître la valeur spirituelle de son propre héritage ?

La réaction du maire de Brando illustre cette inquiétude. L’élu a publiquement exprimé son opposition à une transformation hôtelière du site, estimant que ce patrimoine appartient non seulement à la commune mais également à l’ensemble des Corses. Son souhait serait de voir émerger une solution permettant de préserver la vocation culturelle et patrimoniale du lieu.Cette affaire pose en réalité une question beaucoup plus vaste : que faire des nombreux couvents, monastères et établissements religieux qui se vident progressivement faute de vocations ? Partout en Europe, les diocèses et les communautés religieuses sont confrontés à des choix difficiles. Certains bâtiments sont transformés en musées, d’autres en centres culturels, d’autres encore en hôtels ou en résidences privées.

Pour beaucoup de catholiques, cette évolution est le symptôme visible d’une crise plus profonde. Là où résonnaient autrefois les offices et les chants liturgiques, s’installent désormais des activités sans lien avec la vocation première des lieux. Certes, il est parfois nécessaire de trouver des solutions économiques réalistes. Mais faut-il pour autant accepter que des édifices marqués par des décennies de vie religieuse soient absorbés par l’industrie touristique ? Derrière les pierres d’Erbalonga, ce n’est pas seulement un bâtiment qui est en jeu. C’est une certaine conception de la mémoire chrétienne. Une mémoire qui a façonné la Corse pendant des siècles et qui risque aujourd’hui d’être réduite à un simple décor de carte postale.

Dans une île où les traditions religieuses demeurent profondément enracinées, nombreux sont ceux qui considèrent que l’ancien couvent des Bénédictines mérite mieux qu’une reconversion en hôtel de prestige. Ils y voient un patrimoine spirituel à transmettre, un témoignage de foi à préserver et un héritage dont la valeur ne saurait être mesurée à l’aune de sa rentabilité économique. Le débat est loin d’être clos. Mais une chose est certaine : pour beaucoup de Corses, l’avenir du couvent d’Erbalonga dépasse largement le cadre d’un projet immobilier. Il touche à l’âme même d’un territoire et à la place que celui-ci souhaite encore accorder à son héritage chrétien.

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