C’est une annonce qui intervient dans un contexte de violences et de persécutions persistantes contre les communautés chrétiennes du Nigeria. L’administration de Donald Trump semble vouloir rompre avec des années de « prudence diplomatique » sur le drame vécu par les chrétiens du Nigeria. Mercredi 27 mai, lors d’une conférence organisée à la Maison-Blanche, le secrétaire américain à la Guerre Pete Hegseth a affirmé que le président américain avait donné un ordre clair au Pentagone : faire de la protection des chrétiens nigérians visés par les groupes affiliés à l’État islamique une priorité opérationnelle. Selon Pete Hegseth, Donald Trump aurait été profondément marqué par les informations faisant état des massacres de chrétiens au Nigeria. « Il y a environ un an, il a entendu l’appel des chrétiens nigérians qui étaient ciblés et tués par l’ISIS », a expliqué le responsable américain. Il a ensuite rapporté les paroles du président américain : « Je veux que le département de la Guerre fasse tout ce qu’il peut pour protéger ces chrétiens. »
Ces déclarations ont été faites alors que Washington venait d’annoncer une importante opération antiterroriste menée conjointement avec les forces nigérianes. Celle-ci aurait conduit à l’élimination d’Abu-Bilal al-Minuki, présenté par les autorités américaines comme le numéro deux mondial de l’ISIS. L’opération s’est déroulée dans la région du lac Tchad, au nord-est du Nigeria, devenue l’un des principaux bastions djihadistes du continent africain. Pete Hegseth a également affirmé que cette campagne militaire avait permis de neutraliser « des centaines » de combattants islamistes impliqués dans des attaques contre les populations chrétiennes.
Depuis plus d’une décennie, les chrétiens du Nigeria vivent sous une pression constante. Boko Haram, l’ISWAP, branche ouest-africaine de l’État islamique, ainsi que plusieurs groupes armés islamistes opérant dans le centre du pays, sont accusés d’avoir multiplié les massacres, les enlèvements et les destructions d’églises. Dans certaines régions du nord et de la Middle Belt nigériane, des villages chrétiens entiers ont été attaqués ces dernières années. Des prêtres ont été kidnappés ou assassinés, des séminaristes exécutés, tandis que des milliers de familles ont été contraintes de fuir leurs terres. Plusieurs organisations chrétiennes internationales dénoncent depuis longtemps une persécution largement minimisée par la communauté internationale.
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Beaucoup reprochent notamment aux chancelleries occidentales de réduire ces violences à de simples conflits ethniques ou territoriaux, alors que de nombreux témoignages évoquent explicitement des attaques visant des communautés chrétiennes en raison de leur foi.
Pour de nombreux observateurs et défenseurs de la liberté religieuse, les propos tenus mercredi par Pete Hegseth traduisent donc un changement de ton majeur de la part de Washington. Le député républicain Riley Moore a salué cette orientation en remerciant Donald Trump pour son engagement en faveur des « frères et sœurs chrétiens persécutés au Nigeria ». L’élu américain a évoqué des « massacres et des martyres indicibles » et affirmé que « ceux qui ciblent des chrétiens innocents seront traqués et traduits en justice ».Le gouvernement nigérian continue toutefois de contester l’idée d’une persécution exclusivement antichrétienne, affirmant que les violences frappent à la fois musulmans et chrétiens dans le cadre plus large de l’insurrection djihadiste.Mais pour de nombreux responsables religieux locaux, l’ampleur des attaques contre les églises, les prêtres et les villages chrétiens rend cette analyse de plus en plus difficile à soutenir. Dans ce contexte, l’annonce faite mercredi à Washington apparaît pour beaucoup comme une reconnaissance politique inédite du drame vécu par les chrétiens nigérians.


