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Léon XIV : « Ce n’est certainement pas en diluant les contenus et en adoucissant les exigences que l’on peut rendre le christianisme attractif »

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Face à la crise de la foi en Occident, à la montée de l’indifférence religieuse et à l’effondrement de la transmission spirituelle, le souverain pontife a appelé à une évangélisation recentrée sur le Christ, la vérité et la sainteté ( intégralité du texte )

Devant les responsables du Dicastère pour l’Évangélisation, le pape Léon XIV a livré, ce 28 mai 2026, un discours dense et profondément structurant pour l’avenir de l’Église. Dans un contexte ecclésial marqué depuis plusieurs années par de profondes tensions autour de la transmission de la foi, de la place de la doctrine et de l’adaptation du christianisme aux sociétés contemporaines, le discours prononcé par le pape Léon XIV devant les membres du Dicastère pour l’Évangélisation apparaît comme un texte de référence. Le ton est à la fois pastoral, théologique et civilisationnel. Le pape ne se contente pas d’encourager l’activité missionnaire de l’Église. Il pose un diagnostic sévère sur l’état spirituel du monde occidental et rappelle avec force que l’Église n’a pas pour mission de s’aligner sur les attentes culturelles dominantes, mais de conduire les hommes vers le Christ.

Dès les premières lignes, Léon XIV insiste sur la soif d’espérance qui traverse le monde contemporain. Le Jubilé de 2025, qui a réuni plus de 33 millions de pèlerins à Rome, est présenté comme le signe visible d’une humanité qui continue à chercher Dieu malgré la sécularisation massive. Pour le pape, cette quête spirituelle demeure profondément enracinée dans le cœur humain. « Le monde a plus que jamais soif d’espérance », affirme-t-il. Mais cette espérance chrétienne ne peut être réduite à un optimisme psychologique ou à un discours humanitaire vague. Léon XIV insiste sur un point essentiel : l’espérance chrétienne repose sur la vérité du Christ et sur la possibilité réelle de construire une civilisation fondée sur Dieu.

Le passage le plus marquant du discours est sans doute celui où le pape évoque la crise religieuse de l’Occident. Son analyse dépasse largement la seule question de la pratique dominicale. Il décrit une véritable crise anthropologique. « Le danger sous-jacent, non toujours perçu dans toute sa gravité, est qu’il vienne à manquer le souffle de ce qu’il y a de plus proprement humain, c’est-à-dire la recherche du sens. » Cette phrase est capitale. Léon XIV rejoint ici les grandes analyses de Joseph Ratzinger sur la dictature du relativisme et l’effondrement du sens dans les sociétés technocratiques. Le pape décrit une civilisation saturée de technologies, de communication et de consommation, mais incapable de répondre aux grandes questions existentielles. « Les grandes questions existentielles restent sans réponse, tandis qu’une culture technologique prétend répondre à tous les besoins », déclare-t-il encore.

Le diagnostic est profondément sociologique. L’homme contemporain vit dans une société hypermédiatique où tout devient immédiat, fragmenté et interchangeable. Le pape observe que dans cet univers culturel, « chaque message risque d’être perçu comme une opinion parmi tant d’autres ». Cette remarque touche directement la crise de l’autorité, la difficulté de transmettre la vérité et même l’effondrement de la capacité d’attention des nouvelles générations. Léon XIV ne condamne pas les jeunes, au contraire. Il affirme même que beaucoup d’entre eux redécouvrent aujourd’hui l’Évangile avec sincérité. Mais il souligne que la société consumériste et numérique détruit progressivement les conditions nécessaires à une véritable recherche de la vérité.

Le pape parle ainsi d’une « pauvreté spirituelle » des jeunes générations. Une expression forte, qui ne désigne pas une hostilité au christianisme, mais un vide intérieur, un manque de repères et une difficulté à construire une adhésion stable à la foi. Dans ce contexte, Léon XIV refuse catégoriquement l’idée selon laquelle l’Église devrait rendre le christianisme plus acceptable en affaiblissant son contenu doctrinal ou moral « 

Ce n’est certainement pas en diluant les contenus et en adoucissant les exigences que l’on peut rendre le christianisme attractif« 

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Cette phrase résonne comme une réponse implicite à toutes les tentations contemporaines d’un christianisme réduit à un discours d’accompagnement psychologique ou à une simple éthique consensuelle. Le pape affirme exactement l’inverse : ce qui attire véritablement, ce n’est pas une foi affadie, mais la radicalité évangélique vécue avec cohérence. Léon XIV rappelle ainsi que le christianisme n’est pas d’abord une stratégie de communication ni une recherche de popularité. Il met même en garde contre une évangélisation fondée sur « l’efficacité des structures », « la pertinence sociale » ou « le consensus ». Le cœur de la mission demeure ailleurs : dans la sainteté : « La sainteté de la vie demeure toujours la forme la plus convaincante de la beauté de la foi chrétienne. »

Ici encore, le pape se situe clairement dans la continuité de Benoît XVI et de Jean-Paul II. La crédibilité de l’Église ne vient pas d’abord de ses structures, de sa puissance institutionnelle ou de sa présence médiatique, mais de la transparence des saints à la présence de Dieu. Le souverain pontife cite longuement Benoît XVI dans un passage particulièrement fort : « Nous avons besoin d’hommes qui, à travers une foi éclairée et vécue, rendent Dieu crédible dans ce monde. » Cette citation apparaît comme l’une des clés du pontificat naissant de Léon XIV. Dans une société où Dieu est devenu abstrait, invisible ou secondaire, le pape appelle à faire réapparaître Dieu à travers des vies transformées par l’Évangile.

L’ensemble du discours révèle également une volonté claire de recentrer l’Église sur le kérygme, c’est-à-dire l’annonce fondamentale du salut en Jésus-Christ. Léon XIV reprend explicitement l’expression du pape François sur une mission « christocentrique et kérygmatique ».Mais ce recentrage ne signifie nullement une dilution doctrinale. Bien au contraire. Le pape articule constamment annonce missionnaire, vérité doctrinale et exigence de conversion.

Son discours constitue ainsi une synthèse particulièrement forte entre la dimension missionnaire mise en avant par François et l’insistance doctrinale et anthropologique de Benoît XVI. Enfin, Léon XIV insiste longuement sur la transmission de la foi. Le pape reconnaît explicitement que, dans certaines régions du monde, cette transmission « s’est presque interrompue ». Le constat est d’une rare gravité. Derrière cette phrase apparaît l’effondrement du catholicisme sociologique occidental, où la foi ne se transmet plus naturellement de génération en génération.

Face à cela, le pape appelle les paroisses, les mouvements et les communautés à redevenir de véritables lieux de formation chrétienne, capables d’accompagner durablement les catéchumènes, les jeunes confirmés et les nouveaux baptisés.

Léon XIV dessine une véritable vision de l’Église pour les années à venir : une Église missionnaire, profondément spirituelle, enracinée dans la vérité doctrinale, consciente de la crise anthropologique du monde moderne et convaincue que seule la radicalité évangélique peut encore toucher les cœurs. À travers ce texte, le pape semble adresser un avertissement clair à l’Église occidentale : ce n’est pas en devenant une simple chambre d’écho du monde contemporain qu’elle retrouvera sa vitalité, mais en redevenant pleinement elle-même, dépositaire d’une vérité capable de répondre à la soif spirituelle et existentielle de l’homme moderne.

DISCOURS DU SAINT-PÈRE LÉON XIV
AUX PARTICIPANTS À LA SESSION PLÉNIÈRE DU
DICASTÈRE POUR L’ÉVANGÉLISATION –
SECTION DES QUESTIONS FONDAMENTALES DE L’ÉVANGÉLISATION DANS LE MONDE

Salle du Consistoire
Jeudi 28 mai 2026

( Traduis de l’italien par TC)

« Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit,
La paix soit avec vous !

Éminences, Excellences,
chers frères et sœurs,

C’est une joie pour moi de vous rencontrer à l’issue de la Session plénière du Dicastère pour l’Évangélisation, Section pour les Questions fondamentales de l’évangélisation dans le monde. Cette circonstance m’offre l’occasion de partager quelques réflexions concernant la vie de l’Église, surtout pour les années qui s’ouvrent devant nous.

Avant tout, je désire toutefois exprimer mes plus vifs remerciements pour le grand travail accompli par le Dicastère durant le Jubilé de l’an dernier. Nous avons vécu un temps de grâce qui a vu arriver à Rome des millions de pèlerins. Quel était finalement leur nombre ? On dit 30 millions… [on lui communique le chiffre] Plus de 33 millions ! Un tel événement a demandé un immense effort d’organisation, qui s’est manifesté par un accueil heureux sur les différents fronts et, surtout, par une attention à la dimension spirituelle en raison de l’abondance des dons que le Seigneur a déversés sur les croyants.

Le but de la Porte Sainte des quatre Basiliques papales n’a pas empêché que l’Année Sainte soit vécue intensément dans les Églises locales. Dans le monde entier, l’espérance est devenue protagoniste dans la vie chrétienne. L’insistance mise sur la « plus petite des sœurs », qui, presque sans se faire remarquer, entraîne les deux plus grandes, la foi et la charité, doit encore être annoncée et vécue avec intensité et conviction. Le monde a plus que jamais soif d’espérance. Il désire vivre dans la paix et dans la certitude que l’engagement pour construire une cité digne des enfants de Dieu n’est pas seulement possible mais réel, parce qu’il est imprégné d’une espérance qui offre des objectifs vrais, non illusoires. N’interrompons donc pas cette annonce, soutenue par la promesse du Seigneur Jésus de demeurer toujours avec nous ; elle devient visible dans le témoignage que nous sommes appelés à offrir afin d’être des disciples fidèles à sa parole (cf. Mt 28,18-20).

L’évangélisation demande de continuer à être la motivation fondamentale de toute action de l’Église universelle et des communautés locales ; c’est seulement ainsi que la foi elle-même est redécouverte sans cesse dans sa beauté et exprime au mieux sa crédibilité. L’annonce de l’Évangile, qui insuffle l’espérance, n’est pas une proposition utopique : c’est un témoignage qui attire parce qu’il manifeste l’appel à l’amour et à la vérité.

Nous ne pouvons pas sous-estimer le fait que, surtout dans les pays occidentaux, la crise de la foi, avec d’autres facteurs socioculturels, a donné lieu à une indifférence religieuse diffuse. Pour beaucoup, la foi apparaît désormais comme non pertinente pour leur vie. Le danger sous-jacent, qui n’est pas toujours perçu dans toute sa gravité, est qu’il manque alors le souffle de ce qu’il y a de plus proprement humain, c’est-à-dire la recherche du sens. Les grandes questions existentielles restent sans réponse, tandis qu’une culture technologique se répand, prétendant répondre à tous les besoins.

Même dans ce contexte, la rencontre avec le Christ est capable de redonner plénitude de sens et de valeur à la vie des personnes, et l’Église redécouvre l’actualité permanente du mandat qu’elle a reçu du Seigneur ressuscité. Personne ne peut se substituer à elle dans cette mission, aussi urgente que nécessaire pour assurer des fondations fiables à l’avenir de l’humanité, afin qu’il soit un avenir de paix, de justice, de liberté et de fraternité.

Comme cela est ressorti lors du Consistoire de janvier dernier, l’Exhortation apostolique Evangelii gaudium du pape François continue à « représenter un point de référence décisif : elle n’introduit pas simplement de nouveaux contenus, mais recentre tout sur le kérygme comme cœur de l’identité chrétienne et ecclésiale » (Lettre aux cardinaux, 12 avril 2026). Je vous invite donc, vous aussi, à reprendre Evangelii gaudium dans votre travail à tous les niveaux, afin de promouvoir une mission « christocentrique et kérygmatique, qui naît d’une rencontre avec le Christ capable de transformer la vie » (ibid.).

Une grande attention mérite la forte demande de spiritualité qui, surtout chez les jeunes, se fait jour et qui s’est exprimée de manière évidente à l’occasion du Jubilé des jeunes. La nouvelle génération n’a pas de préjugés contre l’Évangile ; au contraire, beaucoup, lorsqu’ils le redécouvrent, désirent mieux le connaître, parce qu’ils perçoivent qu’il cache le secret du vrai bonheur. Je suis certain que votre Dicastère est particulièrement attentif à cette demande que nos contemporains expriment avec une insistance toujours plus grande, et qui exige une réponse crédible et cohérente. L’évangélisation ne repose ni sur l’efficacité des structures, ni sur la pertinence sociale, ni même sur le consensus que l’on peut recevoir à certains moments. Ce qui demeure essentiel, c’est plutôt d’avoir confiance dans la conduite de l’Esprit Saint, de suivre les chemins qu’il indique pour conduire beaucoup au Christ, à sa parole qui sauve, à son amour qui renouvelle la vie.

L’évangélisation doit aujourd’hui se mesurer aussi, de manière particulière, aux changements des conditions et des dynamiques dans la transmission de la foi de génération en génération. Dans certaines régions du monde, cette transmission s’est presque interrompue, ce qui exige la capacité d’assumer de nouveaux défis. Les causes de cette situation sont connues et multiples ; ce qui en résulte cependant, chez les jeunes générations, est une « pauvreté » spirituelle, un manque de motivations et d’instruments permettant de mûrir en pleine liberté cette adhésion de foi qui donne sens à la vie. Grâce à Dieu, les expériences sont nombreuses et variées, dans le monde entier, où les communautés chrétiennes, les associations, les mouvements et les groupes ecclésiaux rencontrent les jeunes, les écoutent et dialoguent avec eux. Le climat culturel diffus dans les sociétés hypermédiatiques et consuméristes réduit la capacité d’apprendre avec patience et d’accomplir avec effort un chemin personnel de recherche de la vérité, avec persévérance et esprit critique. Chaque message risque d’être perçu comme une opinion parmi tant d’autres.

La transmission de la foi, dans ce contexte, passe nécessairement par la rencontre avec des personnes et des communautés qui expriment la joie de la foi chrétienne et la cohérence d’un style de vie évangélique. Ce n’est certainement pas en diluant les contenus et en adoucissant les exigences que l’on peut rendre le christianisme attractif, mais en témoignant avec humilité et courage de « la voie, la vérité et la vie » qui a converti et sanctifié tant de personnes. Comme l’affirmait Benoît XVI : « Ce dont nous avons besoin en ce moment de l’histoire, ce sont des hommes qui, à travers une foi éclairée et vécue, rendent Dieu crédible dans ce monde. […] Nous avons besoin d’hommes qui gardent le regard tourné vers Dieu, apprenant de là la véritable humanité. Nous avons besoin d’hommes dont l’intelligence soit éclairée par la lumière de Dieu et à qui Dieu ouvre le cœur, afin que leur intelligence puisse parler à l’intelligence des autres et que leur cœur puisse ouvrir le cœur des autres. C’est seulement à travers des hommes touchés par Dieu que Dieu peut revenir vers les hommes » (L’Europe de Benoît dans la crise des cultures, Sienne 2005, p. 63-64). La sainteté de la vie demeure donc toujours la forme la plus convaincante de la beauté de la foi chrétienne, qui traverse les époques et s’adresse à toutes les cultures.

Je voudrais également vous dire un mot au sujet de la catéchèse, qui qualifie de manière déterminante la vie de l’Église dans son engagement de formation et de transmission de la foi. Une attention particulière doit être accordée aux catéchumènes qui, en nombre toujours plus significatif, demandent le Baptême. Le joyeux service de la communauté pour accueillir et accompagner les catéchumènes ne peut s’achever avec la célébration du Sacrement. Une responsabilité tout aussi grande exige la tâche suivante, celle d’offrir un environnement dans lequel trouvent une réponse les attentes qui les ont conduits à adhérer au Christ et à son Église. Le devoir de maintenir vivante la décision de foi accomplie par le Baptême comporte, en particulier pour les communautés paroissiales, l’exigence de tendre toujours vers la haute mesure de la vie chrétienne (cf. saint Jean-Paul II, Novo millennio ineunte, 31), afin d’assurer aux nouveaux baptisés un espace de croissance cohérent, fruit de relations interpersonnelles vécues dans l’amour et le service réciproque.

Une semblable attention doit être réservée aux garçons et aux filles qui reçoivent le sacrement de la Confirmation. J’encourage les multiples initiatives qui les accompagnent dans la poursuite de leur chemin de foi pour leur croissance humaine et chrétienne. Ces propositions deviennent véritablement efficaces grâce à l’attention portée personnellement à chacun d’eux, reflet de l’amour unique et personnel du Seigneur.

Très chers, je vous remercie pour votre service à mon ministère et à toute l’Église et, en vous confiant à la Vierge Marie, parfaite disciple et missionnaire de l’Évangile, je vous accompagne de ma bénédiction. Merci ! »

Source Vatican

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