Une nouvelle fois, la Chine communiste rappelle aux chrétiens qu’elle n’entend tolérer aucune communauté religieuse échappant à son contrôle. Le 14 juin dernier, les autorités ont mené une opération contre des membres de l’Early Rain Covenant Church, une importante communauté protestante de Chengdu, dans la province du Sichuan. Selon les informations communiquées par plusieurs organisations de défense de la liberté religieuse, trente-trois personnes ont été arrêtées lors de cette intervention. Les fidèles participaient à une réunion religieuse lorsque la police a fait irruption sur les lieux. Des adultes mais également plusieurs enfants présents lors du rassemblement auraient été conduits dans différents commissariats afin d’y être interrogés. Plusieurs personnes ont été relâchées après plusieurs heures de détention, tandis que d’autres demeuraient sous enquête administrative.
Pour les observateurs de la situation religieuse en Chine, cet épisode n’a malheureusement rien d’exceptionnel. L’Early Rain Covenant Church est depuis des années dans le viseur du régime communiste. Cette communauté est dirigée par le pasteur Wang Yi, devenu l’un des symboles de la résistance chrétienne face aux tentatives de contrôle exercées par le Parti communiste chinois. En décembre 2018, les autorités avaient déjà lancé une vaste opération contre cette Église. Plus d’une centaine de fidèles avaient alors été arrêtés. Le pasteur Wang Yi fut lui-même placé en détention avant d’être condamné, en décembre 2019, à neuf années de prison pour « incitation à la subversion du pouvoir de l’État ». Depuis lors, les arrestations, les interrogatoires, les fermetures de locaux et les mesures d’intimidation n’ont jamais réellement cessé.
Lire l’article
Cette affaire illustre la politique de « sinisation » des religions promue par le président Xi Jinping. Officiellement, il s’agit d’adapter les religions à la culture chinoise. Dans les faits, de nombreuses organisations de défense des droits de l’homme dénoncent une volonté de placer toutes les communautés religieuses sous le contrôle direct du Parti communiste. Les chrétiens sont particulièrement touchés. Des croix sont retirées des églises, des lieux de culte fermés, des prêtres ou pasteurs surveillés, tandis que les communautés indépendantes sont régulièrement ciblées par les autorités.
Cette nouvelle vague d’arrestations pose également une question délicate pour l’Église catholique. Depuis la signature en 2018 de l’accord provisoire entre le Saint-Siège et Pékin sur la nomination des évêques, renouvelé à plusieurs reprises, le Vatican espérait ouvrir un chemin de dialogue permettant d’améliorer progressivement la situation des catholiques chinois.Or les faits semblent raconter une autre histoire. Malgré cet accord, les arrestations de croyants, les pressions contre le clergé fidèle à Rome et les atteintes à la liberté religieuse continuent d’être régulièrement signalées. Si l’accord a permis certaines avancées institutionnelles, beaucoup s’interrogent aujourd’hui sur son efficacité réelle face à un régime qui poursuit sa politique de contrôle des consciences.
À Chengdu, trente-trois chrétiens viennent d’en faire l’amère expérience. Leur seul tort était de vouloir vivre leur foi. Une réalité qui rappelle que, dans la Chine de Xi Jinping, être chrétien demeure encore, trop souvent, un acte de courage.


