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[Crise migratoire de Ceuta] Léon XIV : « S’il existe un droit à chercher refuge lorsque la vie est menacée, il existe aussi un droit à ne pas devoir migrer »

Le pape Léon XIV - DR
Le pape Léon XIV - DR
Cette phrase du pape Léon XIV, prononcée à l'occasion de la Journée mondiale du migrant et du réfugié 2026, éclaire d'un jour particulier la crise migratoire qui secoue aujourd'hui Ceuta et pointe la responsabilité du Maroc

Par Philippe Marie

Les images de milliers de migrants tentant de franchir les barrières de Ceuta ont une nouvelle fois placé l’Europe face à la question migratoire. Comme souvent, le débat se focalise sur le devoir d’accueil des pays européens ou sur les moyens de protéger les frontières. Mais cette approche ne traite que les conséquences d’une crise dont les causes sont avant tout à rechercher dans les pays d’origine. La première responsabilité est celle des États qui ne parviennent plus à offrir à leur population un avenir digne. Lorsqu’un si grand nombre de personnes estime n’avoir d’autre perspective que l’exil, c’est le signe d’un profond échec économique, social et politique.

Dans le cas de Ceuta, le Maroc ne peut se soustraire à cette réalité. Malgré un développement économique réel dans certains secteurs, une partie importante de la population demeure confrontée au chômage, à la précarité et au manque de perspectives, en particulier les jeunes.

Depuis plusieurs années, Rabat est également accusé d’utiliser les flux migratoires comme un instrument de pression diplomatique dans ses relations avec l’Espagne et, plus largement, avec l’Union européenne. Face à cette situation, la doctrine sociale de l’Église propose une lecture équilibrée, bien différente des slogans idéologiques. Dans son message pour la Journée mondiale du migrant et du réfugié 2026, le pape Léon XIV rappelle :

« S’il existe un droit à chercher refuge lorsque la vie est menacée, il existe aussi un droit à ne pas devoir migrer. »

Par cette formule, le Saint-Père rappelle que la véritable justice consiste d’abord à permettre aux peuples de vivre dignement sur leur propre terre. L’émigration forcée ne saurait être considérée comme une solution normale ni comme un modèle de développement.

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Cette conviction rejoint les avertissements répétés du cardinal Robert Sarah. Le prélat guinéen déclarait ainsi : « L’Afrique doit pouvoir garder ses enfants chez elle. » Il mettait également en garde contre une immigration de masse qui prive le continent africain de sa jeunesse et de ses forces vives. Dans un entretien accordé à Valeurs actuelles en 2019, il allait jusqu’à affirmer : « Tous les migrants qui arrivent en Europe sont sans travail, sans ressources, sans dignité. L’Église ne peut pas collaborer à cette nouvelle forme d’esclavage que devient cette migration de masse. »

Ces paroles rappellent que la charité ne peut être dissociée de la justice. Accueillir ceux qui sont véritablement en danger est un devoir moral. Mais il serait tout aussi contraire au bien commun de fermer les yeux sur les causes profondes des migrations ou de considérer l’exode de populations entières comme une fatalité.

La crise de Ceuta devrait ainsi conduire à une réflexion plus exigeante. Elle interpelle les autorités marocaines sur leur responsabilité à offrir à leur peuple des perspectives d’avenir et à ne pas instrumentaliser les mouvements migratoires à des fins politiques. Elle rappelle également aux dirigeants européens que la maîtrise des frontières est légitime, mais qu’elle ne saurait dispenser d’une action résolue pour favoriser le développement des pays d’origine. Comme le souligne le pape Léon XIV, la véritable réponse à la crise migratoire ne consiste pas à organiser toujours davantage de départs, mais à faire en sorte que les peuples n’aient plus besoin de quitter leur terre pour espérer vivre dans la dignité. C’est sans doute là le premier droit de toute personne et le premier devoir des gouvernants.

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