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Pornographie et avortement sous contrainte : deux signaux forts venus d’Europe et des Nations unies

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Deux dossiers distincts, mais qui replacent au cœur du débat la protection des personnes les plus vulnérables

Les grandes évolutions juridiques et culturelles ne prennent pas toujours la forme de réformes spectaculaires. Elles se manifestent parfois à travers des décisions ou des rapports qui, sans modifier immédiatement les législations, révèlent un changement d’approche au sein des institutions. C’est ce que semblent illustrer deux développements récents mis en lumière par l’European Centre for Law and Justice (ECLJ), l’un à Luxembourg, l’autre à Genève. Le premier concerne la protection des mineurs face à la pornographie en ligne. Le 16 juin dernier, la Cour de justice de l’Union européenne a confirmé que la France pouvait imposer aux sites pornographiques accessibles depuis son territoire des dispositifs de vérification de l’âge, même lorsque ces plateformes sont établies dans un autre État membre.

Cette décision constitue un revers pour les acteurs du secteur qui invoquaient jusqu’à présent la liberté de circulation des services pour contester les exigences françaises. Elle conforte également les efforts engagés depuis plusieurs mois pour limiter l’accès des mineurs à des contenus pornographiques devenus accessibles en quelques secondes depuis un téléphone portable. Selon des chiffres récemment cités par l’Arcom, les mesures déjà mises en œuvre auraient permis une baisse moyenne de 24 % de l’audience des mineurs sur les sites concernés. Si les détails de cette évaluation restent à préciser, ce premier indicateur est présenté comme encourageant par les autorités françaises.

Le second signal est venu des Nations unies. Dans un rapport consacré à la violence à l’égard des femmes, le Rapporteur spécial de l’ONU aborde explicitement la question de l’avortement sous contrainte. Le document attire l’attention sur une réalité rarement évoquée dans les débats internationaux : celle de femmes qui ne sont pas physiquement forcées d’avorter mais qui se trouvent poussées vers cette décision sous l’effet de difficultés économiques, de pressions familiales, de l’influence de leur conjoint ou encore de l’absence de solutions concrètes pour poursuivre leur grossesse. Le rapport recommande notamment que les femmes enceintes reçoivent une information complète sur les aides disponibles et les dispositifs d’accompagnement existants. Il invite également les États à réprimer les situations d’avortement forcé ou contraint.

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Le texte ne fournit pas d’estimation mondiale du phénomène. Son importance réside ailleurs. Pour la première fois à ce niveau, un document officiel des Nations unies reconnaît explicitement que certaines femmes peuvent être conduites à avorter dans un contexte où leur liberté de décision est profondément altérée par les circonstances qui les entourent. Cette évolution est loin d’être anodine. Pendant plusieurs décennies, les débats internationaux ont principalement porté sur la question de l’accès à l’avortement. Plus rares ont été les réflexions consacrées aux pressions économiques, sociales ou relationnelles susceptibles d’influencer cette décision.

À travers ces deux dossiers, qu’il s’agisse de la protection des enfants face à l’industrie pornographique ou de la prise en compte des pressions subies par certaines femmes enceintes, les institutions européennes et internationales semblent rappeler une même exigence : la protection des plus vulnérables demeure l’une des conditions essentielles d’une société véritablement humaine.

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