La troisième lecture de la proposition de loi sur l’aide à mourir a remis au premier plan une question fondamentale : celle du consentement du patient au moment où la substance létale est administrée. Le gouvernement affirme que la volonté libre et éclairée de la personne demeure au cœur du dispositif. Pourtant, plusieurs députés opposés au texte estiment que les débats ont montré qu’aucune confirmation systématique du consentement ne serait exigée juste avant l’acte lorsque le patient, après avoir formulé sa demande et obtenu les autorisations nécessaires, n’est plus en mesure de s’exprimer. Cette interprétation nourrit aujourd’hui une vive controverse à l’Assemblée.
Pour les opposants, une telle évolution constituerait une rupture majeure. Car un acte destiné à provoquer délibérément la mort d’un patient devrait, selon eux, être précédé d’un consentement explicite et actuel. Sans cette garantie, ils redoutent que la frontière entre le respect de la volonté du malade et l’exécution d’une décision prise plusieurs semaines auparavant ne devienne dangereusement floue. Mais ce n’est pas la seule inquiétude exprimée au Palais-Bourbon.
Au cours des débats, plusieurs parlementaires ont également attiré l’attention sur la situation des déserts médicaux. Ils craignent que les profondes inégalités d’accès aux soins ne conduisent certains malades à considérer le suicide assisté comme une solution faute d’alternative réelle.
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Lorsqu’il faut attendre des mois pour consulter un spécialiste, que les services de proximité ferment et que les équipes soignantes sont en sous-effectif, le risque existe que certains patients renoncent progressivement aux soins plutôt que de bénéficier d’un véritable accompagnement. Cette critique rejoint celle formulée depuis plusieurs mois par de nombreuses associations de soins palliatifs. Avant de créer un nouveau droit à provoquer la mort, ne faudrait-il pas garantir à chaque Français un accès effectif aux soins palliatifs, quel que soit son lieu de résidence ? Pour l’Église catholique, cette question est essentielle. Depuis des décennies, elle rappelle que la réponse à la souffrance ne peut être la suppression de celui qui souffre, mais le développement d’une véritable culture du soin, de la présence et de la solidarité. Le Catéchisme de l’Église catholique enseigne que toute personne conserve une dignité inaliénable jusqu’à sa mort naturelle et que les soins palliatifs constituent une expression privilégiée de la charité chrétienne.
L’expérience des pays ayant déjà légalisé l’euthanasie ou le suicide assisté invite également à la prudence. Les critères d’accès, souvent présentés comme strictement encadrés au moment du vote, ont eu tendance à s’élargir au fil des années. Cette inquiétude résonne d’autant plus fortement que les Pays-Bas viennent d’annoncer le premier recours à l’euthanasie d’un enfant de moins de 12 ans depuis l’extension de leur législation en 2024. Les autorités néerlandaises ont confirmé qu’un enfant atteint d’une maladie incurable et en phase terminale avait été euthanasié conformément au nouveau cadre légal.
À quelques jours de la fin des débats parlementaires, une interrogation demeure donc entière : la France est-elle en train de renforcer l’accompagnement des personnes les plus fragiles, ou risque-t-elle d’offrir la mort là où elle n’est pas encore capable de garantir partout des soins, des médecins et une présence humaine ?


