» L’amour exige au moins trois choses : le détachement, la perte et l’accueil. » En quelques mots, Léon XIV résume l’une des dimensions les plus exigeantes de l’Évangile. Le christianisme ne se réduit pas à quelques pratiques religieuses ni à une morale de bonnes intentions. Il est un chemin de conversion qui engage toute l’existence dans une relation vivante avec le Christ. Commentant l’Évangile selon saint Matthieu, le pape s’est arrêté sur cette parole souvent déroutante de Jésus : « Celui qui aime son père ou sa mère plus que moi n’est pas digne de moi. » Loin d’inviter au mépris des liens familiaux, le Christ rappelle que tout amour humain ne trouve sa véritable mesure qu’en Dieu. C’est précisément parce que Dieu est aimé en premier que les autres amours peuvent devenir libres, désintéressés et féconds.
Cette réflexion vient heurter de front l’une des grandes fragilités de nos sociétés contemporaines. L’Occident célèbre volontiers l’autonomie individuelle, mais il supporte de moins en moins la moindre renonciation. La séparation, le sacrifice, le vieillissement ou même la dépendance deviennent des réalités qu’il faudrait effacer. Dans cette logique, perdre apparaît toujours comme un échec. Or l’Évangile affirme exactement l’inverse. « L’amour ne porte du fruit que dans le don de soi : lorsque nous acceptons de perdre un peu de notre moi pour faire de la place à l’autre », a déclaré Léon XIV. Cette phrase résume toute la logique chrétienne. La Croix n’est pas l’échec du Christ ; elle est la manifestation suprême d’un amour qui accepte de tout donner. Le mystère pascal révèle que la fécondité naît toujours du sacrifice librement consenti.
Le pape poursuit d’ailleurs cette méditation en rappelant une autre parole décisive : « Celui qui garde sa vie uniquement pour lui-même, en réalité la perd. » Cette affirmation prend une résonance particulière dans une époque où le culte du moi, entretenu par les réseaux sociaux et la recherche permanente de l’épanouissement personnel, conduit paradoxalement à une solitude croissante. Plus l’homme cherche à se posséder lui-même, moins il devient capable de se donner.
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Enfin, Léon XIV rappelle que cet amour n’est jamais une idée abstraite. « L’amour du Seigneur passe toujours par l’accueil de nos frères. » L’accueil auquel invite le Christ ne relève pas d’un slogan ou d’une idéologie. Il est d’abord une attitude spirituelle qui consiste à reconnaître, dans le visage de l’autre, la présence de Celui qui s’est identifié aux plus petits.
En quelques minutes, le pape Léon XIV a ainsi rappelé une vérité que notre époque peine souvent à entendre : il n’existe pas d’amour authentique sans renoncement. Là où notre civilisation cherche son bonheur dans l’accumulation, le Christ continue d’enseigner que la joie naît du don. C’est cette logique, profondément paradoxale mais éminemment chrétienne, qui demeure aujourd’hui l’un des témoignages les plus puissants que l’Église puisse offrir au monde.
Les paroles du pape lors de la récitation de l’Angelus, le 28 juin 2026
Traduction Tribune Chrétienne
« Frères et sœurs, bon dimanche !
Dans l’Évangile d’aujourd’hui également (Mt 10, 37-42), nous entendons plusieurs exhortations de Jésus à vivre sa suite et à être témoins de son Royaume. Il ne s’agit pas de quelques actes extérieurs, mais d’engager toute notre personne dans une relation d’amour avec Lui. Et pour porter du fruit, l’amour exige au moins trois choses : le détachement, la perte et l’accueil.
Tout d’abord, le détachement. Jésus dit : « Celui qui aime son père ou sa mère plus que moi n’est pas digne de moi ; celui qui aime son fils ou sa fille plus que moi n’est pas digne de moi » (v. 37). Au moment où il commence à envoyer ses apôtres en mission, le Seigneur les veut libres de tout attachement. Mais cela vaut pour chacun de nous : même les affections les plus importantes trouvent leur plénitude grâce à l’amour que le Christ nous donne.Pensons, par exemple, à la vie conjugale : on ne peut la vivre pleinement qu’en « quittant » la maison de ses parents (cf. Mt 19, 6) pour s’engager dans la relation matrimoniale. Pensons aussi à l’éducation des enfants : on les aide à s’épanouir et à être heureux en leur apprenant à « marcher par eux-mêmes » et à faire leurs propres choix.
Saint Augustin disait : « Il est douloureux de se séparer de ce que l’on aime. Mais l’agriculteur aussi perd temporairement ce qu’il sème » (Sermon 330, 2). Ce n’est qu’en « perdant » cette semence, jetée en terre, qu’il pourra la voir fleurir.
En ce sens, l’amour est aussi une perte. Il nous est difficile de le comprendre, surtout dans un monde où perdre semble être une faiblesse et où l’on est obsédé par l’avoir et la possession. Pourtant, l’amour ne porte du fruit que dans le don de soi : lorsque nous acceptons de perdre un peu de notre moi pour faire de la place à l’autre, de perdre un peu de notre temps pour écouter un ami, de perdre un peu de notre confort pour partager la souffrance d’autrui.
Celui qui garde sa vie uniquement pour lui-même, dit l’Évangile, en réalité la perd (cf. v. 39), parce qu’elle ne s’ouvre pas à la joie de l’amour et devient stérile. C’est pourquoi Jésus nous invite à embrasser la Croix : Lui-même s’est offert, il s’est perdu pour ainsi dire, et c’est précisément ainsi que nous avons pu recevoir sa vie en abondance. De la même manière, si nous vivons selon la logique du don, nous serons capables de faire naître une vie nouvelle dans nos relations.
Enfin, l’accueil. L’amour s’exprime dans des choix et des actes concrets, dans un engagement fait de petits gestes quotidiens, comme celui d’offrir un verre d’eau à celui qui a soif (cf. v. 42). En envoyant ses disciples devant lui, Jésus leur demande de partir sans provisions, c’est-à-dire dans le besoin, afin de susciter l’accueil chez ceux qu’ils rencontreront. Ainsi, accueillir celui qui vient au nom de Jésus, c’est accueillir Jésus lui-même, ainsi que le Père céleste qui l’a envoyé. L’amour du Seigneur passe toujours par l’accueil de nos frères. Très chers frères et sœurs, prions la Vierge Marie, qui a aimé son Fils tout en sachant aussi le laisser partir. Qu’elle nous aide à être des témoins humbles et joyeux de l’amour du Christ.
Après l’Angelus
Chers frères et sœurs,
Je désire exprimer ma proximité avec les frères et sœurs du Venezuela touchés par les récents tremblements de terre, qui ont fait de nombreuses victimes et blessés, ainsi que d’importants dégâts matériels. Tandis que je prie le Seigneur pour le repos éternel des personnes décédées, je renouvelle ma proximité spirituelle envers leurs familles, les blessés et tous ceux qui ont été frappés par cette tragédie. J’exprime également ma gratitude et mes encouragements à tous ceux qui travaillent généreusement aux opérations de recherche et de secours.
Et maintenant, je vous souhaite à tous la bienvenue, Romains et pèlerins. Je vous remercie d’être venus malgré cette chaleur !
Je salue les fidèles du diocèse de Kumba, au Cameroun, ainsi que ceux de nombreux autres pays.
Je salue les jeunes religieux camilliens, les groupes paroissiaux de Priolo Gargallo, Avola, Regalbuto et Bari, les scouts de Rovereto ainsi que les jeunes de Mestrino, dans le diocèse de Padoue, qui ont reçu la première communion et la confirmation.
Je souhaite à tous un excellent dimanche !
Au revoir et à demain pour la solennité des saints Pierre et Paul. »
Source Vatican


