Le 25 juillet prochain, sur la petite île écossaise de Papa Stronsay, les Fils du Très Saint Rédempteur annonceront une nouvelle étape de leur histoire en consacrant évêque leur supérieur, le père Michael Mary. Dans leur communiqué officiel, les religieux présentent cette décision comme un acte accompli « pour le bien de l’Église catholique et des fidèles catholiques en général, et de la Congrégation des Rédemptoristes transalpins en particulier ». Derrière cette formule apparaît la conviction que la crise actuelle de l’Église justifierait une consécration épiscopale en dehors des dispositions prévues par le droit canonique.
Les Fils du Très Saint Rédempteur (F.SS.R.), également appelés rédemptoristes transalpins, sont une communauté religieuse fondée en 1988 par le père australien Michael Mary Sim, dans le sillage des sacres épiscopaux de Monseigneur Marcel Lefebvre. D’abord proches de la Fraternité Saint-Pie X, ils avaient retrouvé la pleine communion avec Rome en 2008, sous le pontificat de Benoît XVI, avant de s’établir au monastère de Golgotha, sur l’île de Papa Stronsay. La lettre publiée par Monseigneur Pierre Roy, qui présidera la cérémonie, éclaire les motivations de cette décision. Il affirme que le père Michael Mary n’a pas recherché l’épiscopat mais l’aurait accepté « malgré une certaine réticence », afin d’assurer un accompagnement pastoral des communautés présentes en Écosse, en Nouvelle-Zélande, aux États-Unis ainsi que dans plusieurs pays d’Océanie. Selon lui, les distances géographiques et le développement de ces implantations rendaient nécessaire la présence d’un évêque propre à la communauté.
Le document revient également sur le parcours des rédemptoristes transalpins. Monseigneur Pierre Roy explique que leur réconciliation avec Rome en 2008 visait à sortir d’une situation qu’il jugeait incohérente, consistant à reconnaître le pape tout en lui désobéissant sur des questions de foi, de discipline et de gouvernement, position qu’il attribue à leur ancienne proximité avec la Fraternité Saint-Pie X. Mais c’est l’évolution doctrinale exposée dans cette lettre qui constitue le véritable tournant. Après plusieurs années de réflexion sur ce qu’ils qualifient de « crise conciliaire », les responsables de la communauté affirment être arrivés à la conclusion que le Siège apostolique est actuellement vacant. Ils estiment avoir rejeté les « erreurs modernes » et les autorités qui les diffuseraient.
Cette conviction explique la phrase la plus marquante du document : le futur évêque sera consacré « en l’absence d’un mandat apostolique, puisque le Siège de Rome est clairement occupé par les ennemis de Dieu ». Une telle affirmation manifeste une adhésion explicite aux thèses sédévacantistes et marque une rupture radicale avec la doctrine catholique, qui reconnaît dans le Successeur de Pierre le principe visible de l’unité de l’Église.
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La lettre admet d’ailleurs que le nouvel évêque ne recevra aucune juridiction canonique de Rome. Ses auteurs invoquent toutefois un « état de nécessité », estimant que le Christ suppléerait lui-même cette absence de mandat afin de permettre au futur prélat d’exercer son ministère auprès des fidèles attachés à la Tradition.
Cette annonce intervient quelques semaines seulement après les consécrations épiscopales de la Fraternité Saint-Pie X. Si les deux situations présentent des similitudes, elles s’en distinguent sur un point essentiel : là où la FSSPX continue d’affirmer reconnaître le pape Léon XIV comme chef de l’Église, les rédemptoristes transalpins franchissent un pas supplémentaire en contestant désormais l’existence même d’un pape légitime. Plus que la consécration annoncée, c’est cette rupture doctrinale qui fait de cette affaire un événement majeur dans le paysage du traditionalisme contemporain.
Traduction en TC
« MONSEIGNEUR PIERRE ROY
Mission Notre-Dame-de-la-Joie
1270 Gorge Rd., Stilesville, Nouveau-Brunswick E1G 3E5
18 juin 2026
Fête du Cœur eucharistique de Jésus
Chers confrères et chers fidèles,
Par cette lettre, je souhaite vous informer de la consécration épiscopale du père Michael Mary, de la communauté des Rédemptoristes transalpins, qui aura lieu le 25 juillet 2026 à Papa Stronsay, en Écosse.
Cette consécration se déroulera dans la discrétion de leur monastère. Leurs Excellences Monseigneur Rodrigo Ribeiro da Silva et Monseigneur Fernando Altamira ont accepté d’être co-consécrateurs lors de cette cérémonie. Quelques autres évêques, qui entretiennent avec nous des relations fraternelles, ont également exprimé leur soutien à cette décision, ce dont nous leur sommes reconnaissants.
J’ai demandé au père Michael Mary, sans aucune sollicitation de la part des Rédemptoristes et malgré quelques réticences initiales de sa part, d’accepter cette consécration pour le bien de l’Église et de leur communauté.
J’entretiens des contacts très réguliers avec la communauté des Rédemptoristes depuis juin 2025. Depuis lors, nous avons pu établir une véritable communion dans la foi ainsi qu’une sincère amitié. Toutefois, bien que je sache que les Rédemptoristes se seraient volontiers contentés de poursuivre notre collaboration sans demander d’aide supplémentaire, je crains de ne pas pouvoir remplir convenablement mon rôle et mon devoir envers eux en raison des immenses distances qui nous séparent.
Les Rédemptoristes possèdent des maisons en Écosse, en Nouvelle-Zélande et aux États-Unis. À partir de ces maisons, ils desservent notamment les Samoa, l’Australie et d’autres régions. Assurer mes responsabilités épiscopales auprès d’eux m’obligerait à parcourir pratiquement le monde entier. Depuis le début de mon ministère comme évêque catholique, j’ai déjà été appelé à me rendre sur quatre continents. Nos missions canadiennes souffrent d’un manque de prêtres, et mes absences répétées ne feraient qu’aggraver une situation déjà précaire.
Puisque mes confrères connaissent des difficultés semblables aux miennes, il m’a paru raisonnable et nécessaire de donner aux Rédemptoristes un évêque capable de prendre véritablement soin d’un troupeau qui connaît déjà la voix de son père.
On pourrait objecter que les Rédemptoristes étaient encore, il n’y a pas si longtemps, liés à l’Église du Novus Ordo, et cela est exact. Est-il prudent de consacrer évêque un homme qui a conduit sa communauté au cœur de cette « nouvelle Église » ?
En réalité, les choses peuvent être envisagées d’une manière tout à fait différente, et c’est ainsi que je les vois.
En procédant à leur « réconciliation » en 2008, les Rédemptoristes cherchaient avant tout à mettre fin à une situation incompatible avec la foi catholique : reconnaître une personne comme véritable Souverain Pontife tout en lui résistant dans les domaines de la foi, de la morale et de la discipline. Une telle attitude est clairement condamnée par le Magistère de l’Église.
Cette position leur avait été transmise au cours de plus de vingt années d’association avec la Fraternité Saint-Pie X. Ayant reconnu l’impossibilité d’une telle situation à la lumière de la foi catholique, ils acceptèrent alors la main tendue par Benoît XVI, qu’ils reconnaissaient à cette époque comme le véritable Souverain Pontife.
Après avoir eu l’occasion d’observer de près, jusqu’en 2024, ce qu’il appelle « l’odeur nauséabonde de l’hydre conciliaire », Dieu leur a fourni les circonstances leur permettant de rectifier leur position, à travers les persécutions qu’ils ont subies pour avoir refusé tout compromis avec les saintes traditions de l’Église.
Ils auraient pu revenir à leurs anciennes erreurs, mais ils ont préféré entreprendre une étude sérieuse de la situation de l’Église. Cette étude, que j’ai pu consulter, les a conduits à reconnaître la vacance actuelle du Siège apostolique et à adopter, selon eux, la seule attitude compatible avec la foi catholique face à l’apostasie conciliaire.
L’an dernier, j’ai reçu leur profession de foi, que j’ai souhaité réciter avec eux. Depuis lors, nous avons collaboré jusqu’à leur récente déclaration, dans laquelle ils mettent fin à toute ambiguïté en affirmant devant toute l’Église leur foi ainsi que leur rejet des erreurs modernes et de ceux qui les propagent.
Ils ont accompli cette conversion avec une grande humilité et une admirable fermeté, malgré de nombreuses attaques qu’il serait trop long de rapporter ici.
J’ai trouvé chez les Rédemptoristes transalpins un authentique amour de l’Église, et cette seule disposition suffit à laisser penser que cette communauté accomplira beaucoup de bien sous la conduite d’un évêque catholique.
Où que se trouve l’Église, ils veulent s’y trouver eux aussi, et ils ont montré qu’ils étaient prêts à souffrir pour suivre le chemin de la vérité.
Si Dieu le veut, je consacrerai le père Michael Mary le 25 juillet prochain.
Le père Michael Mary ne sera pas un simple dispensateur des sacrements, comme certains cherchent aujourd’hui à réduire l’épiscopat catholique. Il sera consacré en l’absence d’un mandat apostolique, puisque le Siège de Rome est, selon moi, manifestement occupé par les ennemis de Dieu.
Son rôle sera pourtant d’enseigner, de gouverner et de sanctifier, avec courage et humilité, le troupeau qui se rassemblera autour de lui.
Je ne peux pas lui conférer la juridiction, et je le reconnais pleinement. Mais le Christ, tête invisible de l’Église et source de toute juridiction, le peut, et Il le fera certainement dans les limites imposées par les nécessités actuelles de l’Église, en l’absence d’un véritable Souverain Pontife, afin qu’il puisse paître le troupeau dispersé qui le reconnaîtra comme évêque catholique.
Nous considérons que le consentement du Siège apostolique est moralement assuré par l’état de nécessité, comme l’enseignent d’éminents théologiens pour les situations extrêmes dans lesquelles l’Église peut se trouver.
Le père Michael Mary résidera principalement en Nouvelle-Zélande, où il n’existe aucun évêque traditionnel. Il ne s’agira donc pas d’un luxe que l’Océanie et ses cinquante millions d’habitants puissent compter sur la présence d’un évêque catholique.
La situation de l’Église est dramatique, vous le reconnaîtrez facilement. Pourtant, même parmi les catholiques, on hésite à prendre les mesures nécessaires pour y remédier.
Selon les paroles de saint Pie X : « La principale force des méchants réside dans la lâcheté et la faiblesse des bons. »
Les « évêques » modernistes, innombrables mercenaires, sont dispersés à travers le monde. Certains pensent qu’il suffit de leur résister en établissant une armée de prêtres célébrant la messe traditionnelle en latin.
Mais est-ce réellement suffisant ?
L’histoire de l’Église montre que les évêques hérétiques sont combattus en établissant des évêques catholiques, tout comme les faux papes sont combattus par un véritable pape.
Puisse Dieu nous accorder la grâce de voir un jour un véritable Souverain Pontife monter sur le trône de Pierre. Telle est notre prière et notre désir.
Nous nous sentons totalement impuissants à hâter ce jour béni.
En attendant, nous entendons faire, avec la grâce de Dieu, tout ce qui est possible pour combattre efficacement ceux qui perdent les âmes par le poison de leurs fausses doctrines.
Je demande à chacun d’entre vous de prier avec ferveur pour le futur évêque.
Le père Michael Mary est relativement avancé en âge, riche de nombreuses années d’expérience, et il a sans aucun doute appris des erreurs de toute une vie. Mais il n’a pas perdu le feu de l’amour divin et peut encore servir l’Église, si Dieu lui accorde la vie, en conduisant le troupeau dispersé vers les pâturages de la foi, à l’exemple du Bon Pasteur.
La charge épiscopale est redoutable. Le jugement sera sévère pour chacun d’entre nous.
Nous sommes des hommes revêtus des mêmes faiblesses que chacun d’entre vous. En nous comme en vous, le péché abonde.
Et pourtant, le Seigneur a choisi de nous revêtir de son autorité pour le salut des âmes qu’il veut sauver :
« Voici, je mets mes paroles dans ta bouche. Vois, je t’établis aujourd’hui sur les nations et sur les royaumes, pour arracher et renverser, pour détruire et démolir, pour bâtir et planter. » (Jérémie 1, 9-10)
Être évêque catholique durant cette période d’apostasie et de vacance prolongée du Siège apostolique constitue une perspective redoutable.
Les prières des fidèles nous sont indispensables, à la mesure du poids du fardeau qui repose sur nos épaules.
Que Dieu vous bénisse abondamment et que Marie, la Toute-Pure, vous garde sous son manteau protecteur.
Monseigneur Pierre Roy«


