Depuis 2000 ans

[Fin de Vie] « La grandeur d’une société ne réside jamais dans le fait de donner la mort aux plus fragiles » : les évêques de France dénoncent une « rupture grave »

capture écran
capture écran
« Les enjeux politiques, idéologiques et sans doute même économiques, déguisés par des mots trompeurs, ont eu raison de cette ambition » En coulisses, de nombreux prêtres espèrent désormais qu'il y aura un « avant » et un « après » dans les relations entre l'Église et un pouvoir législatif qui a choisi de voter une loi de mort

La proposition de loi sur la fin de vie a été adoptée par 291 voix contre 241. Au total, 532 députés ont pris part au vote. Si le texte recueille 54,7 % des suffrages exprimés, il convient de rappeler que l’Assemblée nationale compte 577 députés. En réalité, la légalisation de l’euthanasie et du suicide assisté n’a donc été approuvée que par 291 députés, soit 50,4 % de l’ensemble des membres de la représentation nationale,mais le combat pour la vie ne s’arrête pas.

Une heure après l’adoption par les députés de la loi sur l’« aide à mourir », la Conférence des évêques de France a publié une déclaration solennelle dénonçant une décision qui engage bien davantage qu’une simple évolution du droit. « Ce 15 juillet 2026 marque une rupture grave dans l’histoire de notre pays », avertissent le cardinal Jean-Marc Aveline, président de la Conférence des évêques de France, Monseigneur Vincent Jordy et Monseigneur Benoît Bertrand, tous deux vice-présidents. En légalisant l’euthanasie et le suicide assisté, les parlementaires ont, inscrit dans la loi « la possibilité de provoquer la mort ».

Les mots sont lourds, mais ils désignent précisément la réalité que l’expression rassurante d’« aide à mourir » cherche trop souvent à dissimuler. Il ne s’agit plus seulement de soulager la douleur, d’accompagner la détresse ou de refuser l’acharnement thérapeutique. Il s’agit désormais d’administrer ou de fournir un produit destiné à provoquer la mort.

Les évêques rappellent avoir pris part durant quatre années au débat sur la fin de vie, en dialogue avec les pouvoirs publics, les soignants et la société civile. L’Église pouvait légitimement faire valoir son expérience multiséculaire auprès des malades, des mourants et de leurs familles. Mais le débat « serein, éclairé et respectueux » promis par le président de la République n’a, selon eux, pas eu lieu.

Lire aussi : https://tribunechretienne.com/adoption-de-la-loi-sur-laide-a-mourir-un-droit-nouveau-pour-le-plus-grand-deshonneur-de-la-france/

Leur jugement est particulièrement sévère : « les enjeux politiques, idéologiques et sans doute même économiques, déguisés par des mots trompeurs, ont eu raison de cette ambition ». Cette phrase est sans doute l’une des plus importantes du communiqué. Elle suggère que derrière les grands principes invoqués – autonomie, liberté, dignité – se cachent aussi des considérations moins avouables, notamment financières, dans un système de santé déjà fragilisé. Car les conséquences de la loi toucheront d’abord les plus vulnérables. Les évêques redoutent une modification profonde du regard porté sur la vieillesse, la maladie, le handicap et la dépendance. Une personne âgée ou précaire pourrait finir par se demander si elle ne représente pas un poids pour ses proches ou pour la collectivité. La liberté proclamée risque alors de devenir une pression silencieuse.

La confiance entre les soignants et les patients sera elle aussi inévitablement atteinte. Celui qui entrait à l’hôpital avec la certitude que tout serait fait pour le soigner et l’accompagner saura désormais que la mort peut également lui être proposée comme une issue.

La Conférence des évêques de France met également en garde contre l’élargissement progressif des critères d’accès à l’euthanasie, déjà observé dans plusieurs pays étrangers. Ce qui est présenté aujourd’hui comme une exception strictement encadrée pourrait rapidement devenir une pratique banalisée, tandis que l’accès aux soins palliatifs demeure encore profondément inégal.

Face à ce basculement, les évêques n’appellent toutefois ni au découragement ni au retrait. Ils invitent les familles, les soignants, les bénévoles, les proches aidants, les associations et les aumôniers à témoigner qu’une autre voie demeure possible : celle de la présence, de la fraternité et de l’accompagnement jusqu’au terme naturel de la vie.

Ils encouragent en particulier les établissements catholiques de santé à refuser toute participation à des actes moralement illicites et annoncent qu’ils suivront attentivement les saisines du Conseil constitutionnel.

Le communiqué s’achève sur une affirmation qui devrait désormais guider l’action des catholiques : « La grandeur d’une société ne réside jamais dans le fait de donner la mort aux plus fragiles, ou leur permettre de se la donner, mais au contraire de les accompagner, par une fraternité réelle, jusqu’au bout. » Face à une loi qui érige la mort en solution, l’Église rappelle que le Christ est venu pour que le monde ait la vie.

En revanche, les évêques n’évoquent pas la responsabilité personnelle des députés ayant voté cette loi. Leur déclaration ne revient pas davantage sur la question de leur accès à la communion, pourtant soulevée publiquement par Monseigneur Marc Aillet. L’évêque de Bayonne avait rappelé que des parlementaires catholiques soutenant un texte autorisant l’euthanasie se plaçaient objectivement en contradiction avec un point essentiel de l’enseignement de l’Église et qu’ils ne devraient pas s’approcher de l’Eucharistie tant qu’ils ne se seraient pas engagés dans une véritable démarche de conversion et de repentance.

Si le vote du 15 juillet marque une rupture dans l’histoire politique de la France, il pourrait aussi ouvrir une nouvelle étape dans le témoignage public de l’Église en faveur du caractére sacré de toute vie humaine, de sa conception jusqu’à son terme naturel.

Recevez chaque jour notre newsletter !