Ce mot est rarement employé dans le débat public français. Pourtant, le Conseil de Paris a adopté, le 16 juillet dernier, un vœu présenté par Sophia Chikirou et le groupe Nouveau Paris populaire reconnaissant des actes de « christianophobie » en Palestine et au Liban qu’il attribue à Israël. À première vue, on pourrait se réjouir que les souffrances des chrétiens d’Orient soient enfin évoquées dans une assemblée politique française. Depuis des décennies, ces communautés paient un lourd tribut aux guerres, aux persécutions, à l’islamisme et à l’exode. Leur disparition progressive est un drame que Tribune Chrétienne ne cesse de dénoncer.
Mais à la lecture de ce texte, une question s’impose : pourquoi cette soudaine découverte de la « christianophobie » uniquement lorsqu’elle peut être imputée à Israël ?
Car le Conseil de Paris et les élus à l’origine de ce vœu n’ont jamais semblé manifester la même sensibilité lorsque la christianophobie frappe la France. Depuis plusieurs années pourtant, les chiffres du ministère de l’Intérieur montrent que les lieux de culte chrétiens demeurent les premiers visés par les atteintes au patrimoine religieux. Des centaines d’églises sont profanées, vandalisées ou incendiées chaque année. Des statues sont décapitées, des tabernacles forcés, des cimetières chrétiens dégradés.
À ces violences s’ajoutent des attaques plus insidieuses contre les racines chrétiennes de la France. Combien de polémiques autour des crèches de Noël installées dans les mairies ou les bâtiments publics ? Combien de recours intentés contre des croix, des statues ou des symboles religieux au nom d’une interprétation toujours plus radicale de la laïcité ? Là encore, on cherche en vain un vœu du Conseil de Paris dénonçant cette christianophobie bien réelle.
Le choix même du terme interroge. Traditionnellement, la christianophobie désigne des actes motivés par la haine du christianisme ou des chrétiens en raison de leur foi. Or, dans le cas des opérations militaires israéliennes à Gaza ou au Liban, la qualification fait précisément débat. Les autorités israéliennes affirment que les églises ou institutions chrétiennes touchées l’ont été dans le cadre d’opérations militaires visant le Hamas ou le Hezbollah, et non parce qu’elles étaient chrétiennes. Les auteurs du vœu, eux, retiennent une lecture différente. Présenter cette interprétation comme une évidence relève donc davantage d’une position politique que d’un constat unanimement établi.
Le contexte dans lequel ce vœu est présenté ne peut d’ailleurs être ignoré. Son principal auteur est Sophia Chikirou, figure de La France insoumise, mouvement dont les prises de position particulièrement virulentes contre Israël sont connues. Dès lors, difficile de ne pas s’interroger : cette initiative procède-t-elle d’une véritable défense des chrétiens d’Orient ou constitue-t-elle une nouvelle manière de mettre en accusation l’État hébreu en mobilisant un vocabulaire particulièrement lourd de sens ?
Les chrétiens d’Orient méritent infiniment mieux qu’une instrumentalisation politique. Ils souffrent des conséquences de la guerre, mais aussi de l’islamisme, de l’effondrement économique, des persécutions et d’un exode continu qui menace jusqu’à leur disparition dans les terres où le christianisme est né.
On peut – et l’on doit – condamner toute destruction d’église, toute atteinte aux civils et toute souffrance infligée aux communautés chrétiennes. Mais la défense des chrétiens ne saurait être à géométrie variable. Elle perd toute crédibilité lorsqu’elle s’éveille soudain face à Israël tout en demeurant étrangement silencieuse devant les profanations d’églises françaises, les persécutions des chrétiens au Nigeria, au Pakistan ou en Syrie, ou encore devant les multiples remises en cause de l’héritage chrétien de notre propre pays. Les chrétiens méritent une défense cohérente, non une indignation sélective.


