Par Philippe Marie
Pendant les premiers mois du pontificat de Léon XIV, beaucoup ont voulu laisser au nouveau pape le temps d’imprimer sa marque. Mais après plus d’une année de gouvernement, les attentes deviennent plus pressantes. Sans jamais remettre en cause leur fidélité au Successeur de Pierre, plusieurs voix influentes de l’Église expriment désormais le souhait de voir le Saint-Père poser des actes forts sur les grands dossiers hérités du pontificat précédent.
C’est notamment le sentiment qui se dégage des récentes interventions des cardinaux Raymond Leo Burke et Robert Sarah. L’éditorialiste italien Stefano Fontana dans La Bussola y voit une invitation implicite adressée au pape à savoir dire plusieurs « cela suffit ! » face à des processus qu’il estime désormais hors de contrôle. Cette formule est la sienne, mais elle résume le climat qui ressort des déclarations des deux prélats. Dans un entretien accordé au College of Cardinals Report, le cardinal Burke a appelé à suspendre le processus actuel de la synodalité afin qu’il fasse enfin l’objet d’un examen théologique approfondi. Selon lui, il en va « de la vie même de l’Église et du salut des âmes ». Il rappelle que la synodalité, telle qu’elle est aujourd’hui développée, ne repose pas sur une définition doctrinale clairement établie et qu’elle demeure, selon ses propres promoteurs, une démarche expérimentale.
Quelques semaines plus tard, dans un entretien accordé à la journaliste Diane Montagna, le cardinal Robert Sarah a lui aussi invité Léon XIV à intervenir personnellement sur plusieurs dossiers sensibles. Il demande notamment un examen approfondi du rapport du Groupe 9 du Synode avant toute diffusion dans les diocèses, une clarification de la doctrine de l’Église concernant l’homosexualité, ainsi qu’une réévaluation des conséquences de Fiducia supplicans. Il exprime également le souhait de voir Traditionis custodes au minimum neutralisé dans ses effets, voire abrogé. Le cardinal est également revenu sur l’épisode de la Pachamama lors du Synode sur l’Amazonie, appelant à préserver l’Église de toute forme de syncrétisme.
De son côté, le cardinal Gerhard Ludwig Müller a lui aussi récemment appelé à un changement de méthode. Dans un entretien accordé au Catholic Herald, l’ancien préfet du Dicastère pour la doctrine de la foi plaide pour le retour de véritables débats en séance plénière lors des consistoires, regrettant que les dernières réunions aient davantage ressemblé à « un brainstorming qu’à une conversation réfléchie ». Pour lui, les grandes questions doctrinales et ecclésiales doivent être abordées avec davantage de profondeur par l’ensemble du Collège cardinalice.
Ces prises de position ne constituent pas une rupture avec leur ligne habituelle. Elles prolongent un engagement ancien en faveur de la continuité doctrinale et de la tradition liturgique. En octobre 2025, dans un entretien exclusif accordé à Tribune Chrétienne, le cardinal Robert Sarah exhortait déjà l’Église à remettre Dieu au centre, à retrouver le sens du sacré et à ne pas céder aux logiques purement sociologiques ou idéologiques.
Ces appels prennent d’autant plus de relief qu’ils interviennent quelques jours seulement après la crise provoquée par les sacres épiscopaux réalisés par la Fraternité Saint-Pie X. À cette occasion, tant le cardinal Burke que le cardinal Sarah avaient clairement réaffirmé leur fidélité au Saint-Siège tout en condamnant des consécrations épiscopales effectuées sans mandat pontifical.
Leur parole ne s’inscrit donc pas dans une logique d’opposition au pape, mais dans celle d’une fidélité exigeante qui attend de l’autorité pontificale qu’elle exerce pleinement sa mission de confirmation dans la foi.
Cette attente rejoint d’ailleurs d’autres appels exprimés ces dernières semaines. Dans un entretien accordé à Tribune Chrétienne, Philippe Darantière, président de Notre-Dame de Chrétienté, regrettait que cinq ans après Traditionis custodes, « rien n’a changé » pour de nombreux fidèles attachés à la liturgie traditionnelle. Évoquant des « manifestations de discrimination », affirmant « Venez et Voyez « , il invitait les évêques de France à mieux connaître ces communautés et à dépasser les préjugés qui continuent de peser sur elles.
Dans ce contexte, certains observateurs ont vu dans la récente nomination de Mgr Salvatore Joseph Cordileone comme préfet du Tribunal suprême de la Signature apostolique un premier signal envoyé par Léon XIV. Archevêque de San Francisco, connu pour sa fidélité au Magistère, son attachement à la liturgie et la clarté de ses positions doctrinales, il est perçu par beaucoup comme une personnalité capable de contribuer à un rééquilibrage de la gouvernance de l’Église.
Pour autant, cette nomination ne répond pas à elle seule aux nombreuses attentes exprimées par une partie des fidèles. Les questions de la synodalité,de liturgie, de Fiducia supplicans, de Traditionis custodes ou encore de la clarification doctrinale sur plusieurs sujets demeurent ouvertes. Après plus d’un an de pontificat, nombreux sont ceux qui estiment que le temps des premiers gestes symboliques touche à sa fin. Sans remettre en cause leur communion avec le Successeur de Pierre, plusieurs cardinaux, responsables ecclésiaux et fidèles expriment désormais l’espérance que le pontificat de Léon XIV entre dans une nouvelle phase, celle de décisions capables d’apporter les clarifications attendues et de restaurer une véritable paix ecclésiale.


