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[États-Unis] « Même un meurtrier ne perd pas sa dignité personnelle »: les évêques de Floride appellent à suspendre deux exécutions de condamnés à mort

Monseigneur Gregory Parkes - James Aren Duckett et  Dominick Anthony Occhicone - DR
Monseigneur Gregory Parkes - James Aren Duckett et Dominick Anthony Occhicone - DR
Alors que deux exécutions sont programmées ce mardi 28 juillet en Floride, les évêques catholiques de l'État ont adressé un appel solennel au gouverneur Ron DeSantis. Au moment où nous écrivons ces lignes, aucune des deux exécutions n'a encore eu lieu et les derniers recours judiciaires sont toujours en cours d'examen

À quelques heures de deux exécutions prévues ce mardi 28 juillet en Floride, la Conférence catholique des évêques de Floride (Florida Conference of Catholic Bishops) a demandé au gouverneur Ron DeSantis de suspendre les condamnations à mort de James Aren Duckett et de Dominick Anthony Occhicone Jr., afin qu’elles soient commuées en peines de réclusion criminelle à perpétuité sans possibilité de libération conditionnelle. Au moment où nous publions cet article, les deux exécutions n’ont pas encore eu lieu. Plusieurs recours demeurent pendants devant les juridictions américaines, sans qu’aucun sursis n’ait, à ce stade, été accordé.

Les deux hommes ont été condamnés pour des crimes particulièrement graves. James Aren Duckett, 68 ans, a été reconnu coupable du viol et du meurtre de Teresa McAbee, une fillette de onze ans, en 1987. Dominick Anthony Occhicone Jr., âgé de 80 ans, a quant à lui été condamné pour le double meurtre d’un couple commis en 1986.Dans leur lettre adressée au gouverneur, les évêques prennent soin de rappeler qu’ils ne cherchent en aucun cas à minimiser l’horreur des crimes commis.

« Les crimes dont ces hommes ont été reconnus coupables sont gravement mauvais », écrivent-ils. Mais ils ajoutent aussitôt qu’il est possible de rendre justice sans recourir à la peine capitale : « Nous pouvons défendre la justice tout en faisant preuve de miséricorde. » L’épiscopat de Floride demande donc que les deux condamnations soient transformées en peines de prison à vie, estimant qu’une telle décision protège pleinement la société tout en respectant la dignité inhérente à toute personne humaine.

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Les évêques rappellent également l’enseignement constant de l’Église sur le caractère sacré de la vie. Citant notamment Evangelium vitae de saint Jean-Paul II, ils soulignent que « Dieu est l’auteur de la vie et que le fait de l’ôter doit lui être réservé, sauf lorsqu’il est autrement impossible de protéger le bien commun ».

Ils insistent aussi sur le fait qu’une condamnation à la réclusion à perpétuité « ne diminue en rien la gravité des crimes commis », mais permet de concilier justice, protection de la société et respect de la vie humaine. Les prélats expriment enfin leur préoccupation face à la programmation de deux exécutions le même jour, une situation particulièrement rare en Floride. Ils estiment qu’une telle succession d’exécutions apparaît « particulièrement impitoyable » et ne favorise pas l’édification d’une véritable culture de la vie. Depuis plusieurs années, l’Église catholique s’oppose à la peine de mort lorsque la société dispose de moyens efficaces pour neutraliser durablement les criminels les plus dangereux. Cette position, réaffirmée par le Catéchisme de l’Église catholique, ne remet pas en cause la nécessité de la justice, mais affirme que la dignité de la personne humaine demeure, même après les crimes les plus odieux.

Les prochaines heures diront si les recours encore en cours permettront de suspendre les exécutions ou si celles-ci seront effectivement mises à exécution. Quoi qu’il advienne, l’intervention des évêques de Floride rappelle avec force que, pour l’Église, la justice ne saurait être dissociée de la miséricorde et que la défense de la vie humaine s’étend à toute personne, y compris aux condamnés les plus lourdement sanctionnés.

Lettre adressée au Gouverneur Ron DeSantis

« 21 juillet 2026

À l’attention de l’honorable Ron DeSantis
Gouverneur de l’État de Floride

Monsieur le Gouverneur,

Au nom des évêques catholiques de Floride, je vous demande respectueusement de suspendre les exécutions de James Duckett et de Dominick Anthony Occhicone Jr., prévues le 28 juillet 2026, et de commuer leurs condamnations en peines de réclusion criminelle à perpétuité sans possibilité de libération conditionnelle.

Les crimes pour lesquels ces hommes ont été condamnés sont gravement mauvais. La mort de Teresa McAbee ainsi que celles de Martha et Raymond Artzner constituent des drames profonds dont leurs proches porteront la douleur jusqu’à la fin de leur vie.

Dans son encyclique Evangelium vitae, saint Jean-Paul II, qui avait lui-même connu les ténèbres et la dépravation auxquelles l’être humain peut sombrer sous les régimes nazi et soviétique, nous invite à répondre au mal selon la voie indiquée par Dieu.

Au début de cette encyclique, le pape médite sur le récit biblique de Caïn et Abel. Lorsque Caïn tua son frère Abel, il commit un péché terrible : l’assassinat d’un innocent. Dieu ne laissa pas ce crime impuni et infligea à Caïn un châtiment sévère. Pourtant, Il ne demanda pas que Caïn soit mis à mort. C’est pourquoi saint Jean-Paul II écrivait : « Même un meurtrier ne perd pas sa dignité personnelle. »

Condamner ces hommes à une réclusion à perpétuité ne revient pas à minimiser l’atrocité de leurs crimes. C’est reconnaître avec respect que Dieu est l’auteur de la vie et que le droit de l’ôter doit lui être réservé, sauf lorsqu’il est autrement impossible de protéger le bien commun.

En outre, demander à des agents de l’État d’exécuter deux hommes le même jour nous paraît particulièrement impitoyable.

Nous faisons appel à votre conscience, convaincus qu’il est possible de rendre justice tout en faisant preuve de miséricorde.

Nous confions le jugement ultime de chaque personne à Dieu. Nous prions pour le repos des âmes de Teresa McAbee, de Martha Artzner et de Raymond Artzner, ainsi que pour le réconfort de leurs familles.

Nous prions également pour vous, Monsieur le Gouverneur, afin que vous puissiez accueillir favorablement cette demande.

Permettez-moi de conclure par ces paroles du prophète Ézéchiel :

« Prendrais-je donc plaisir à la mort du méchant ? – oracle du Seigneur Dieu. Ne prends-je pas plutôt plaisir à le voir renoncer à sa conduite et vivre ? » (Ézéchiel 18, 23)

Veuillez agréer, Monsieur le Gouverneur, l’expression de ma haute considération.

Michael B. Sheedy*
Directeur exécutif »

*La lettre est signée par Michael B. Sheedy, directeur exécutif de la Conférence catholique des évêques de Floride, au nom de l’ensemble de l’épiscopat de l’État.

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