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Incendies ou l’instrumentalisation d’une « éco-anxiété » comme nouvelle religion

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Alors que le mégafeu de Gironde est désormais fixé, que le village du Porge reste dévasté et que la situation demeure très précaire dans le Var, les incendies qui ont ravagé plus de 117 000 hectares en France donnent déjà lieu à des interprétations qui dépassent la seule réalité des faits

Les incendies qui frappent la France sont des drames. Des familles perdent leur maison, des pompiers risquent leur vie, des milliers d’hectares de forêt disparaissent et une faune entière est décimée. Face à une telle épreuve, la première réponse devrait être la compassion, la prière, la solidarité concrète et la recherche lucide des responsabilités. Elle ne devrait pas être l’instrumentalisation.

Dans un entretien accordé à La Croix, le jésuite Xavier de Bénazé affirme que « ce n’est pas Dieu qui envoie un malheur », mais que « notre logique destructrice se poursuit ». Il invite à faire l’expérience de Dieu à travers « les souffrances de la Création » et préfère parler d’« éco-conscience » plutôt que d’« éco-anxiété ». Personne ne contestera qu’un chrétien soit appelé à respecter la Création. Celle-ci est un don de Dieu confié à l’homme, qui en est le gardien et non le propriétaire absolu.

Mais une question mérite d’être posée : certaines voix ne sont-elles pas en train de déplacer le centre de gravité du message chrétien ?

Car derrière des formules qui peuvent paraître consensuelles se dessine une lecture où les catastrophes naturelles deviennent les signes visibles d’une immense faute collective. Les incendies deviennent la confirmation d’un récit déjà écrit, celui d’une humanité appelée avant tout à une « conversion écologique ».

Pourtant, il y a toujours eu des incendies, des sécheresses, des inondations, des famines, des tremblements de terre et des catastrophes naturelles. Les Écritures elles-mêmes en témoignent. Cela ne signifie évidemment pas qu’il faille nier les défis environnementaux contemporains ni les conséquences de certaines activités humaines. Mais le mal accompagne la condition humaine depuis la chute, et le christianisme n’a jamais prétendu expliquer chaque catastrophe par une cause unique.

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Réduire presque systématiquement chaque drame à une « logique destructrice » relève davantage d’une grille de lecture idéologique que de la théologie. Avant même que les causes précises d’un incendie soient établies, acte criminel, imprudence, sécheresse, défaut d’entretien des massifs ou conditions météorologiques, le diagnostic paraît déjà posé : notre mode de vie serait globalement coupable et ces drames devraient servir d’électrochoc pour provoquer une nouvelle conversion…à l’écologie.

Le danger n’est pas de parler d’écologie, mais d’en faire progressivement un récit de salut. Comme toute religion, ce récit possède son péché originel ,l’empreinte écologique de l’homme , ses prophètes, ses appels à la conversion, ses sacrifices et même sa vertu cardinale : l’« éco-anxiété » ou l’éco-conscience », présentée comme le signe d’une conscience éclairée. Mais il lui manque l’essentiel : un Sauveur. Là où le christianisme annonce la rédemption par le Christ, cette vision promet une forme de salut terrestre conditionné à des comportements toujours jugés insuffisants. Elle entretient davantage la culpabilité qu’elle n’offre l’espérance.

Or la foi chrétienne n’a jamais nié le mystère du mal et surtout le Mal dont l’homme ne comprend pas la raison. Le livre de Job comme l’épisode de la tour de Siloé (Lc 13, 4-5) rappellent que toute tentative d’expliquer mécaniquement les catastrophes est vouée à l’échec. Le Christ n’est pas venu annoncer une doctrine environnementale. Il est venu sauver les hommes du péché et de la mort. Le respect de la Création découle naturellement de cette vision, mais il n’en constitue pas le cœur.

Il serait d’ailleurs honnête d’examiner toutes les responsabilités. Depuis plusieurs années, des élus, des forestiers et des spécialistes alertent sur les conséquences de certaines restrictions au débroussaillement ou de choix de gestion des espaces naturels qui ont parfois favorisé l’accumulation d’une végétation hautement inflammable et facilité la propagation des flammes.

Ceux qui font aujourd’hui de l’écologie la clé de lecture de tous les incendies devraient aussi accepter d’interroger certaines politiques menées au nom de cette même écologie lorsqu’elles ont pu, paradoxalement, accroître les risques.

Le christianisme n’a pas besoin d’inventer une « éco-conscience » pour regarder la souffrance en face. Depuis deux mille ans, il possède déjà une réponse : la Croix. Celle-ci ne nie ni le mal ni les larmes. Elle ne les instrumentalise pas pour servir un récit préétabli. Elle révèle un Dieu qui rejoint l’homme dans sa détresse et lui ouvre un chemin d’espérance. Protéger la Création est un devoir. En faire le nouveau cœur de la foi serait une profonde confusion. La mission première du christianisme demeure d’annoncer le Christ, mort et ressuscité, seul véritable Sauveur de l’homme.

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