Depuis 2000 ans

De l’Évangile au manifeste politique, du fidèle au militant : le Festival des Poussières annonce-t-il encore le Christ ?

capture écran
capture écran
A la lecture de son programme, une interrogation s'impose : l'Évangile est-il désormais principalement relu à travers les catégories du militantisme politique contemporain ?

L’Église n’a jamais demandé aux chrétiens de se désintéresser du monde. Bien au contraire. Depuis plus d’un siècle, la doctrine sociale de l’Église appelle les fidèles à promouvoir la justice, défendre les plus pauvres et travailler au bien commun. Mais elle rappelle avec la même force que la première mission de l’Église demeure l’annonce de Jésus-Christ, la conversion des cœurs et le salut des âmes. C’est précisément cet équilibre qui semble profondément questionné à la lecture du programme 2026 du Festival des Poussières.

Dès l’ouverture, le ton est donné avec une conférence intitulée : « Jésus est-il venu changer les cœurs ou les structures ? » Les organisateurs s’interrogent sur ce que suppose aujourd’hui la « révolution de l’amour » annoncée par le Christ, en opposant conversion personnelle et engagement collectif.

Or, pour la foi catholique, cette opposition est largement artificielle. Le Christ commence toujours par appeler chaque personne à la conversion. C’est de cette rencontre personnelle avec Lui que naît ensuite la transformation des familles, des sociétés et des institutions. La doctrine sociale de l’Église n’est pas une idéologie ; elle est le fruit d’une anthropologie chrétienne fondée sur la dignité de la personne humaine. Pourtant, tout au long du programme, l’impression domine que l’Évangile est constamment relu à travers une grille de lecture essentiellement politique.

Les conférences abordent successivement un « antifascisme chrétien », une critique du capitalisme nourrie par saint Thomas d’Aquin, la théologie de la libération rapprochée des théories décoloniales, l’antiracisme dans les Églises, l’écologie militante, ou encore les luttes menées en faveur des migrants. Pris isolément, chacun de ces sujets peut évidemment faire l’objet d’une réflexion chrétienne. Mais leur accumulation révèle une orientation cohérente : le christianisme y apparaît avant tout comme un moteur de transformation sociale et politique.

Même les grandes figures de la tradition catholique sont relues sous cet angle.Saint Thomas d’Aquin est présenté comme ayant été « confisqué par la droite », tandis que sa pensée devrait désormais alimenter « une critique du capitalisme » et soutenir « les luttes ». Saint Augustin est, lui aussi, abordé principalement sous l’angle de la théologie politique.

Le volet anthropologique constitue sans doute le point le plus délicat. Le programme propose notamment un témoignage intitulé « Être une personne « trans » engagée dans son Église », une conférence consacrée aux « thérapies de conversion », un atelier visant à « révolutionner l’éthique sexuelle chrétienne » à partir d’une lecture queer de la chasteté, ainsi qu’un atelier intitulé « La théologie queer, une bonne nouvelle pour toustes ? ». À cela s’ajoute un podcast consacré au témoignage d’une « maman catho lesbienne et polyamoureuse », présenté comme une réflexion sur de nouvelles manières de « faire famille » en dehors du modèle traditionnel.

Lire aussi : https://tribunechretienne.com/abus-les-jesuites-face-a-leur-histoire-pourquoi-la-compagnie-de-jesus-refuse-t-elle-toujours-de-faire-toute-la-lumiere-sur-un-jesuite-accuse-de-38-agressions-sexuelles/

Ces propositions ne sont pas anodines. Elles touchent directement à l’anthropologie chrétienne, au mariage, à la chasteté et à la morale sexuelle tels qu’ils sont enseignés par le Magistère de l’Église.

Le dialogue interreligieux occupe également une place importante, avec une méditation islamo-chrétienne sur la justice et une conférence dénonçant le « soupçon permanent » pesant sur l’islam en France. Enfin, le choix des partenaires et intervenants confirme cette orientation. Le programme associe notamment des journalistes de La Croix et de La Vie, le Service jésuite des réfugiés (JRS), l’association Magdala qui milite pour une plus grande égalité entre les femmes et les hommes dans l’Église, Coexister, ainsi que plusieurs collectifs LGBT chrétiens.

Il ne s’agit évidemment pas de nier que les chrétiens aient une responsabilité dans la cité. Benoît XVI rappelait dans Deus caritas est que la recherche de la justice fait partie intégrante de la mission des fidèles laïcs. Mais il ajoutait aussitôt que l’Église « ne peut ni ne doit prendre en main la bataille politique pour édifier la société la plus juste possible ». Sa mission propre est d’annoncer le Christ et de former les consciences.

C’est précisément cette priorité qui semble s’effacer dans un programme où reviennent sans cesse les catégories d’antifascisme, d’anticapitalisme, de théorie queer, de décolonialisme, d’écologie radicale ou d’antiracisme militant. La question n’est pas de savoir si ces sujets peuvent être abordés par des chrétiens ; ils le peuvent. Elle est de savoir si ces catégories servent à éclairer l’Évangile… ou si c’est désormais l’Évangile qui est mobilisé pour légitimer un projet idéologique déjà constitué. Le christianisme n’est ni de droite ni de gauche. Il n’est pas davantage un programme politique. Sa révolution est d’abord celle de la Croix, de la grâce et de la conversion. C’est de cette rencontre avec le Christ que découle ensuite toute transformation authentique de la société. À la lecture du programme 2026 du Festival des Poussières, c’est précisément cette hiérarchie des priorités qui semble, à bien des égards, avoir été inversée.

Recevez chaque jour notre newsletter !