Le projet était connu. Son ampleur l’était beaucoup moins. Le Saint-Siège prépare à Santa Maria di Galeria une installation agrivoltaïque susceptible de couvrir à terme l’ensemble des besoins électriques de l’État de la Cité du Vatican. Ce 22 août, Reuters précise que l’investissement devrait atteindre environ 100 millions d’euros, soit 117 millions de dollars, pour une puissance comprise entre 80 et 90 mégawatts. Avec de telles capacités, l’installation compterait parmi les plus importantes centrales agrivoltaïques d’Italie. Sa construction devrait nécessiter entre 18 et 24 mois et les appels d’offres doivent être lancés dans les prochaines semaines.
Le choix du terrain n’est pas anodin. Santa Maria di Galeria est une propriété du Saint-Siège d’environ 450 hectares située à une trentaine de kilomètres au nord-ouest de Rome. Depuis les années 1950, elle accueille notamment les puissantes installations de transmission de Radio Vatican. Environ 200 hectares, soit près de la moitié du domaine, pourraient accueillir des panneaux photovoltaïques mobiles installés plusieurs mètres au-dessus du sol. L’objectif de l’agrivoltaïsme est précisément de conjuguer production électrique et maintien de l’activité agricole : les cultures peuvent se poursuivre sous les panneaux, dont l’ombre réduit également l’évaporation et protège certaines plantations des phénomènes météorologiques extrêmes.
L’électricité produite alimentera les installations de Radio Vatican mais doit surtout permettre l’autonomie énergétique complète de l’État de la Cité du Vatican. L’énergie pourrait également bénéficier à des institutions liées au Saint-Siège, notamment l’hôpital pédiatrique Bambino Gesù à Rome. Les éventuels excédents seraient mis à disposition du réseau italien.
Le chantier est l’aboutissement d’un processus engagé sous François. Le 21 juin 2024, le pape avait publié le motu proprio Fratello Sole, confiant au Gouvernorat et à l’Administration du patrimoine du Siège apostolique (APSA) la mission de construire à Santa Maria di Galeria une installation capable d’assurer les besoins de Radio Vatican et l’approvisionnement énergétique complet de la Cité du Vatican. Un accord avec l’Italie a ensuite été signé le 31 juillet 2025. Entré en vigueur le 27 mai 2026, il a permis de donner au projet son cadre juridique.
Léon XIV a depuis clairement repris le dossier à son compte. Par un chirographe daté du 1er juin dernier, il a créé la Fondation Fratello Sole, chargée de construire et de gérer l’installation, y compris sur le plan financier. Son siège juridique est au Vatican, tandis que son activité opérationnelle se déroule à Santa Maria di Galeria.
Le 10 juin, une nouvelle étape a été franchie avec la signature d’un protocole entre le Gouvernorat, l’APSA, la Fondation Fratello Sole et ACEA, important groupe italien spécialisé notamment dans l’énergie et l’eau. L’accord doit permettre de structurer progressivement la réalisation du complexe en tenant compte de ses dimensions énergétiques, agricoles et environnementales. Le Vatican n’en est pas à sa première expérience solaire. En 2008, sous Benoît XVI, 2 400 panneaux photovoltaïques avaient été installés sur le toit de la salle Paul VI grâce à des équipements offerts par des entreprises allemandes. Mais Santa Maria di Galeria change radicalement d’échelle.
Le projet marque aussi une continuité entre trois pontificats : les premiers équipements sous Benoît XVI, la volonté de François d’inscrire la transition énergétique dans le prolongement de Laudato si’, puis la décision de Léon XIV d’en organiser concrètement la réalisation. Si le calendrier est respecté, le plus petit État du monde pourrait disposer, d’ici deux ans, d’une production renouvelable suffisante pour assurer sa propre autonomie énergétique.


