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Abus sexuels hors de l’Église : entre secrets, silences et non-dénonciations, le scandale qui secoue le périscolaire parisien

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À l’école maternelle publique Saint-Dominique, les interrogations portent aussi sur le traitement des alertes et les responsabilités institutionnelles et politiques

À force d’entendre certains discours sur les scandales sexuels dans l’Église catholique, on pourrait finir par croire que la pédocriminalité serait une maladie particulière du clergé et que les silences institutionnels qui ont parfois entouré ces crimes seraient une spécialité ecclésiastique. Les fautes commises dans l’Église sont pourtant suffisamment graves pour ne pas avoir besoin d’être exagérées : elles doivent être reconnues, dénoncées et combattues. Mais elles ne sauraient servir à entretenir l’idée que les autres institutions seraient, par nature, préservées des mêmes mécanismes. L’affaire du périscolaire parisien vient précisément rappeler cette réalité.

Dans son édition du 1er septembre 2026, Le Canard enchaîné, sous la plume de Tristan Berteloot, revient sur le scandale de l’école Saint-Dominique et pose une question redoutable : comment des animateurs soupçonnés de faits pédocriminels ont-ils pu continuer d’exercer après de premiers signalements ?

Il faut d’abord lever une ambiguïté. Malgré son nom, Saint-Dominique n’est pas une école catholique. Il s’agit d’une école maternelle publique du VIIe arrondissement de Paris. Les faits dénoncés concernent le périscolaire municipal et non une congrégation religieuse, un diocèse ou l’enseignement catholique. Deux anciens animateurs ont été mis en examen en mai pour viols et agressions sexuelles. Ils demeurent présumés innocents tant qu’une juridiction ne les a pas condamnés. Mais au-delà de la responsabilité pénale des personnes mises en cause, une autre interrogation s’impose désormais : que savaient les adultes et les institutions chargés de protéger les enfants ?

Le journal s’appuie notamment sur un rapport confidentiel de l’inspection de l’Éducation nationale. Selon l’hebdomadaire, les équipes enseignantes et l’administration auraient accordé une confiance excessive aux animateurs concernés, tandis que des familles affirment avoir signalé pendant des mois des dysfonctionnements. Le parallèle avec les questions adressées depuis des années à l’Église est difficile à éviter. Lorsqu’un prêtre est accusé, on cherche – à juste titre – à savoir si sa hiérarchie avait été prévenue, si des alertes avaient été négligées, si l’institution avait préféré sa tranquillité à la protection des victimes. Pourquoi ces questions deviendraient-elles moins légitimes lorsqu’il s’agit d’une institution publique ?

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Le dossier atteint désormais le terrain politique. Des familles ont déposé plainte pour non-assistance à personne en danger contre Anne Hidalgo, ancienne maire socialiste de Paris, et Patrick Bloche, son ancien premier adjoint. Elles entendent faire déterminer ce que les responsables municipaux savaient et si les mesures nécessaires ont été prises. Ces plaintes ne préjugent naturellement pas de leur responsabilité, qui reste à établir. Mais l’affaire ne vise pas uniquement l’ancienne majorité socialiste de l’Hôtel de Ville. L‘hebdomadaire rapporte également qu’une association anticorruption a saisi le parquet en avril pour non-dénonciation de crimes sexuels, en visant directement Emmanuelle Dauvergne, adjointe de Rachida Dati à la mairie du VIIe arrondissement.

Les responsabilités éventuelles sont donc recherchées de plusieurs côtés. C’est à la justice, et non aux affrontements politiques, de déterminer qui savait quoi, à quelle date et quelles décisions ont été prises.

Cette affaire devrait surtout conduire à sortir d’un réflexe trop commode : celui qui consiste à associer spontanément pédocriminalité et soutane. Les prêtres coupables de crimes sexuels doivent répondre de leurs actes et les responsables ecclésiastiques ayant couvert ou négligé des faits graves doivent eux aussi rendre des comptes. Mais un prédateur sexuel n’est pas produit par son col romain, pas davantage qu’un instituteur, un éducateur ou un animateur serait protégé de toute perversion par son appartenance au service public. Quant au silence institutionnel, il n’a pas davantage de religion.

Les mêmes mécanismes peuvent se retrouver partout : confiance excessive envers un adulte, difficulté à croire un enfant, signalements mal transmis, peur du scandale, réflexe de protection d’une institution ou dilution des responsabilités administratives. C’est pourquoi cette affaire parisienne mérite d’être regardée avec la même exigence que les scandales ayant frappé l’Église. Non pour relativiser ces derniers, encore moins pour les excuser, mais précisément parce que la protection des mineurs ne supporte aucune indignation sélective.

La pédocriminalité n’est ni catholique, ni publique, ni privée, ni de droite, ni de gauche. Elle prospère chaque fois qu’un adulte peut s’attaquer à un enfant et que ceux qui auraient dû entendre, voir ou agir ne le font pas. C’est ce mécanisme qu’il faut combattre partout, avec la même détermination.

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