À quelques jours de la venue de Léon XIV en France, une série de revendications cherche à imposer ses thèmes dans le programme du voyage : place des femmes à l’autel, mise en cause de l’Église par certains collectifs de victimes, injonctions militantes de toute nature. Des milliers de fidèles se préparent à accueillir le successeur de Pierre, à prier avec lui, à entendre son enseignement, à témoigner simplement de leur attachement à l’Église. Or, à mesure que se rapproche le 25 septembre, certains semblent décidés à transformer ce moment en un vaste rendez-vous idéologique, presque en un « meeting papal » où chacun viendrait déposer ses slogans, ses mots d’ordre et ses revendications.
La dernière polémique porte sur la place des femmes au service de l’autel. Dans un article publié ce 9 septembre, La Croix rapporte les précisions apportées par la Conférence des évêques de France : à Paris et à Lourdes, seuls des séminaristes assureront le service de l’autel à l’offertoire, notamment en raison des contraintes de préparation. À Metz, en revanche, un groupe de servants et de servantes habitués de la cathédrale pourra servir l’autel. Les autres fonctions liturgiques – lectures, prière universelle, procession des offrandes, distribution de la communion – seront assumées par des hommes et des femmes. Ces éléments devraient suffire à apaiser une controverse artificiellement entretenue.
L’Église ne nie nullement la place des femmes : elles prient, enseignent, servent, évangélisent, accompagnent les plus fragiles, portent des œuvres caritatives, annoncent la Parole et participent pleinement à la vie de leurs paroisses. Il est d’ailleurs permis aux filles et aux femmes d’être admises au service de l’autel, selon le jugement de l’évêque diocésain. Les pratiques varient donc d’un diocèse à l’autre, dans le cadre de la liberté laissée par l’Église.
Mais certains collectifs veulent faire de cette question un symbole absolu, comme si toute la foi catholique se résumait à la revendication d’une stricte symétrie des rôles. Ils parlent d’« invisibilisation », de « faute spécifiquement française », voire d’un moment « extrêmement violent » lorsque des femmes ne servent pas à l’autel.
Ce vocabulaire, emprunté aux combats militants contemporains, finit par imposer une lecture de confrontation là où l’Église appelle d’abord à la communion.
Et que dire, enfin, de ces voix laïcardes qui dénoncent déjà la place jugée trop importante accordée à cette visite ? Elles prolongent la négation obstinée des racines chrétiennes de la France et prétendent imposer, au nom d’une laïcité implacable, un égalitarisme abstrait entre toutes les religions, comme si notre histoire, notre patrimoine et la foi qui les a façonnés ne pouvaient plus être assumés publiquement.
Il ne s’agit pas de mépriser les interrogations sincères ni de refuser toute discussion. Mais il faut se demander si le moment choisi n’en dit pas long. Pourquoi faire de la venue du pape l’occasion d’une pression publique sur les évêques ? Pourquoi réduire la présence des femmes dans l’Église à une question de visibilité liturgique ? Et pourquoi vouloir faire de chaque célébration pontificale le terrain d’une démonstration idéologique ?
Le même mécanisme apparaît dans d’autres initiatives liées à ce voyage. Certaines associations de victimes formulent des demandes qui peuvent être légitimes et qui appellent, lorsqu’elles sont fondées, écoute, vérité et justice. Mais d’autres prises de parole semblent moins chercher la rencontre ou la réparation que l’interpellation permanente de l’Église, comme si la venue du Saint-Père devait nécessairement devenir le procès public d’une institution entière.
Cette accumulation de revendications donne le sentiment que certains catholiques sont devenus plus militants que priants.
Ils ne voient plus dans la venue du pape un moment de grâce, mais une fenêtre médiatique à exploiter pour faire avancer leur propre agenda. À force de tout politiser, on risque d’oublier l’essentiel : un pape ne vient pas en France pour arbitrer des querelles de communication, mais pour confirmer ses frères dans la foi. Le contraste est d’autant plus frappant que les grandes questions sur lesquelles l’Église est aujourd’hui appelée à témoigner avec force sont souvent beaucoup moins abordées par ces mêmes militants. L’avortement, désormais inscrit dans la Constitution française, et l’euthanasie, dont la légalisation continue de menacer les plus fragiles, devraient pourtant mobiliser profondément les consciences chrétiennes. Sur ces sujets, qui touchent directement à la dignité de la vie humaine, les appels publics sont bien plus rares et bien moins bruyants.
La France n’a pas besoin d’un « meeting papal ». Elle a besoin d’accueillir Léon XIV dans la prière, la ferveur et le recueillement. Les débats légitimes auront toujours leur place dans l’Église. Mais ils ne doivent pas confisquer une visite qui appartient à tous les catholiques.


