Voilà une décision qui devrait permettre à Metz de préparer un peu plus sereinement la venue de Léon XIV. Par une ordonnance rendue ce vendredi 11 septembre, la juge des référés du tribunal administratif de Strasbourg a rejeté la demande de suspension de la délibération municipale prévoyant une enveloppe de 250 000 euros à l’occasion de la visite du pape, le 28 septembre. L’affaire avait été portée devant la justice par deux associations laïques, l’Union des familles laïques (UFAL) de Moselle et Les Profanes. Dans leur viseur : la délibération adoptée le 10 juillet par le conseil municipal de Metz et, plus particulièrement, la location d’écrans géants permettant au public de suivre les événements de cette journée, dont la messe célébrée par Léon XIV dans la cathédrale Saint-Étienne.
Le raisonnement était connu : l’argent public ne saurait, selon les requérants, servir à financer des équipements destinés à retransmettre une cérémonie religieuse. La juge des référés vient de leur répondre. Et assez précisément. Le tribunal ne s’est pas contenté d’écarter la demande pour une obscure question de procédure. Son communiqué mentionne expressément « la portée internationale de la visite du pape » ainsi que les « retombées importantes pour la ville en termes de rayonnement culturel et de retombées économiques ».
Surtout, la juridiction rappelle une évidence que la polémique avait quelque peu escamotée : les écrans ne serviront pas uniquement à montrer la messe. Ils permettront au public de suivre « l’ensemble des interventions du pape et de son parcours dans la ville ». Et ce public est désormais estimé entre 50 000 et 100 000 personnes. Voilà qui change quelque peu la perspective.
Le 28 septembre, Léon XIV ne viendra pas célébrer discrètement un office dont la municipalité aurait décidé de payer la retransmission. Le chef de l’Église catholique et chef de l’État de la Cité du Vatican effectuera la dernière étape de son voyage apostolique en France dans une ville appelée à accueillir plusieurs dizaines de milliers de visiteurs, des journalistes et un dispositif de sécurité exceptionnel. Le programme prévoit notamment une rencontre interreligieuse au Centre des congrès Robert-Schuman, une séquence consacrée aux racines de l’Europe, à la paix et à l’unité, un parcours dans Metz et, naturellement, la célébration de la messe à la cathédrale.
Il fallait donc une conception particulièrement restrictive de l’événement pour n’y apercevoir que le financement public d’une cérémonie cultuelle.
La vigilance sur l’utilisation de l’argent public est parfaitement légitime. Elle est même nécessaire. Et une collectivité n’a évidemment pas vocation à financer sans justification les activités ordinaires d’un culte. Mais la laïcité ne consiste pas davantage à faire disparaître le fait religieux de l’espace public, encore moins à prétendre qu’un événement cesse de présenter un intérêt pour une ville dès lors qu’une messe figure à son programme. C’est précisément là que certaines conceptions militantes de la laïcité finissent par tourner à la caricature.
Fallait-il vraiment que les écrans deviennent noirs pendant la messe pour retrouver soudain leur caractère d’intérêt général ? Puis les rallumer au moment où Léon XIV quitterait la cathédrale ?
Le juge a retenu une appréciation autrement plus concrète : des dizaines de milliers de personnes seront présentes, les écrans diffuseront l’ensemble du parcours et des interventions du pape, et cette visite possède une portée internationale avec des conséquences culturelles et économiques importantes pour Metz. Ce n’est pas une profession de foi catholique. C’est un constat. La situation possède d’ailleurs une particularité que l’on oublie souvent : Metz se trouve en Moselle, où la loi de séparation des Églises et de l’État de 1905 ne s’applique pas selon le régime commun. L’Alsace-Moselle demeure régie par son droit local des cultes. Cela n’autorise évidemment pas n’importe quelle dépense publique, mais rend encore plus artificielle l’importation automatique de certains réflexes laïcistes propres au reste du territoire.
La décision rendue ce 11 septembre doit néanmoins être présentée avec exactitude. Il s’agit d’une ordonnance de référé-suspension, et non encore d’un jugement définitif sur le fond. Pour obtenir la suspension, les requérants devaient notamment établir l’urgence et présenter un moyen susceptible de créer, en l’état de l’instruction, un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La juge n’a pas fait droit à leur demande. Les associations disposent désormais de quinze jours pour former un appel devant le Conseil d’État. Elles pourront donc continuer le combat si elles le souhaitent. À dix-sept jours de l’arrivée de Léon XIV, la première manche judiciaire est néanmoins clairement perdue.
Et il est difficile de ne pas sourire devant la disproportion de cette bataille. La France s’apprête à recevoir le pape, Metz pourrait accueillir jusqu’à 100 000 personnes et bénéficier d’une exposition internationale exceptionnelle, mais la présence de quelques écrans géants aura suffi à provoquer un contentieux administratif parce qu’ils auront l’audace de retransmettre, entre autres choses, une messe. Le 28 septembre, sauf nouveau rebondissement judiciaire, les écrans seront donc là.
Ils montreront le parcours de Léon XIV, ses interventions et la célébration à la cathédrale Saint-Étienne. Et, au grand désespoir peut-être des plus sourcilleux gardiens d’une laïcité transformée en effacement du religieux, la Bonne Nouvelle pourra elle aussi être entendue et vue dans les rues de Metz.
Communiqué intégral du tribunal administratif de Strasbourg – 11 septembre 2026
« Visite du pape Léon XIV à Metz : le tribunal rejette le recours contre la délibération du conseil municipal de Metz permettant la location d’écrans géants pour la retransmission de l’événement
Par une délibération du 10 juillet 2026, le conseil municipal de Metz a provisionné une enveloppe de 250 000 euros dans le cadre de la visite du pape Léon XIV. Le maire a indiqué dans la presse qu’elle serait majoritairement utilisée pour le financement de la location d’écrans géants permettant au public de suivre la messe célébrée dans la cathédrale.
Le tribunal a été saisi d’un recours contre cette délibération, sur le fondement de la procédure de « référé-suspension », qui permet de demander au juge d’ordonner la suspension de l’exécution d’une décision lorsque l’urgence le justifie et qu’il existe un moyen propre à créer, en l’état de l’instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision.
Par une ordonnance du 11 septembre 2026, la juge des référés a rejeté la requête, compte-tenu d’une part de la portée internationale de la visite du pape et des retombées importantes pour la ville en termes de rayonnement culturel et de retombées économiques, d’autre part de ce que la location d’écrans géants visait à permettre la diffusion au public attendu, estimé entre 50 000 et 100 000 personnes, non uniquement de la messe, mais de l’ensemble des interventions du pape et de son parcours dans la ville.
Un appel peut être formé devant le Conseil d’Etat dans un délai de quinze jours. »
Communiqué et décision du tribunal administratif de Strasbourg


