ראש השנה, Rosh HaShanah ouvre l’un des temps les plus solennels du calendrier juif. Célébrée les deux premiers jours du mois de Tichri, elle inaugure les dix jours qui conduisent à Yom Kippour, le Jour du Grand Pardon. Mais son intérêt pour un chrétien dépasse largement la connaissance du judaïsme : ses racines se trouvent dans des livres que l’Église reçoit elle-même comme Parole de Dieu. Le Lévitique prescrit au premier jour du septième mois « un jour de repos, jour de mémorial, avec sonnerie de trompettes, assemblée sainte » (Lv 23, 24). Les Nombres évoquent également un « jour d’acclamation » (Nb 29, 1). La désignation de cette fête comme Roch Hachana et son développement comme Nouvel An appartiennent à l’évolution ultérieure de la tradition juive. Cette distinction est importante : le catholique rencontre d’abord cette fête par l’Écriture.
Le symbole le plus célèbre de Roch Hachana est le shofar, généralement une corne de bélier. Or sa signification traverse toute la Bible. Au Sinaï, lorsque Dieu manifeste sa présence et donne la Loi à Moïse, « le son de la trompe devenait de plus en plus fort » (Ex 19, 19). Le prophète Joël ordonne : « Sonnez du cor dans Sion » à l’approche du Jour du Seigneur (Jl 2, 1). La trompe annonce ainsi la manifestation de Dieu, appelle son peuple et réveille les consciences. Le Nouveau Testament reprend précisément cette image. Saint Paul écrit à propos de la résurrection : « La trompette sonnera, et les morts ressusciteront incorruptibles » (1 Co 15, 52). Il annonce également que le Seigneur descendra du ciel « au son de la trompette divine » (1 Th 4, 16).
Pour un catholique, le shofar de la tradition d’Israël ouvre donc une perspective qui parcourt toute l’histoire du salut : du Sinaï à l’attente du retour du Christ et de la résurrection des morts. Il ne s’agit pas de donner au rite juif une signification chrétienne qu’il n’aurait pas, mais de constater la continuité d’un langage biblique que le Nouveau Testament reprend explicitement.
Roch Hachana est également associé à la techouva, littéralement le « retour » vers Dieu. L’homme est invité à examiner sa conduite, reconnaître ses fautes, réparer le mal commis et revenir vers son Créateur. Là encore, le chrétien retrouve un appel qui traverse l’Écriture. Les prophètes demandent continuellement à Israël de revenir vers Dieu. Jean-Baptiste reprend cet appel et le Christ inaugure sa prédication par ces mots : « Convertissez-vous et croyez à l’Évangile » (Mc 1, 15). Le Catéchisme enseigne que « l’appel du Christ à la conversion continue à retentir dans la vie des chrétiens » (CEC, 1428). Cette conversion n’est pas seulement morale. Elle est un retournement du cœur vers Dieu, rendu possible pour le chrétien par la grâce reçue dans le Christ.
La tradition juive associe aussi Roch Hachana au jugement divin. L’homme se tient devant Dieu et considère sa vie sous son regard.
Cette dimension peut sembler sévère à une époque qui parle volontiers de la miséricorde mais beaucoup moins du jugement. Pourtant, elle appartient intégralement à la foi catholique. Chaque dimanche, le Credo proclame que le Christ « reviendra dans la gloire pour juger les vivants et les morts ». Le Catéchisme rappelle également l’existence du jugement particulier après la mort (CEC, 1022) et du jugement dernier lors du retour glorieux du Christ (CEC, 1038). Dans le christianisme cependant, le Juge est précisément celui qui a donné sa vie pour sauver les pécheurs. Justice et miséricorde ne sont donc pas deux attributs contradictoires de Dieu.
Pourquoi tout cela concerne-t-il un catholique ?
La réponse se trouve au cœur de la doctrine catholique sur l’Écriture. « L’Ancien Testament est une partie de l’Écriture Sainte à laquelle on ne peut renoncer », affirme le Catéchisme (CEC, 121). Et il ajoute : « Les chrétiens vénèrent l’Ancien Testament comme vraie Parole de Dieu » (CEC, 123).
Le concile Vatican II va plus loin encore. Nostra aetate rappelle que l’Église « ne peut oublier qu’elle a reçu la révélation de l’Ancien Testament par ce peuple avec lequel Dieu, dans sa miséricorde indicible, a daigné conclure l’antique Alliance ». Le Catéchisme enseigne ainsi que lorsque l’Église « scrute son propre mystère », elle découvre son lien avec le peuple juif (CEC, 839). Mais proximité ne signifie pas confusion. Le catholique ne célèbre pas Roch Hachana comme une fête chrétienne. L’Église lit l’Ancien Testament dans la lumière du Christ, selon cette formule traditionnelle reprise par Dei Verbum : « Le Nouveau Testament est caché dans l’Ancien, et l’Ancien est dévoilé dans le Nouveau » (DV, 16).
C’est peut-être là que Roch Hachana devient particulièrement intéressante pour un catholique. Le shofar rappelle l’appel de Dieu et annonce, dans le Nouveau Testament, la résurrection ; la techouva rappelle l’exigence permanente de conversion ; le jugement renvoie à la rencontre ultime avec le Christ ; le pardon rappelle que l’homme ne peut se sauver lui-même. Au commencement de l’année 5787, regarder Roch Hachana avec des yeux catholiques ne consiste donc ni à judaïser la foi chrétienne ni à annexer une fête qui appartient au judaïsme. Il s’agit plutôt de reconnaître quelque chose que l’Église n’a jamais cessé de proclamer : pour comprendre pleinement le Nouveau Testament et le Christ lui-même, un chrétien ne peut se rendre étranger aux Écritures d’Israël dont sa foi est issue.


