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Des églises devenues galeries marchandes ? Des expositions de patchwork installées dans les églises d’Alsace

image facebook / Carrefour Européen du Patchwork
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Très concrètement, que viennent faire des patchworks représentant Bouddha au milieu de la nef d’une église catholique ?

Il ne s’agit ni d’une exposition d’art sacré ni d’une manifestation destinée à conduire le visiteur vers le patrimoine chrétien ou vers une rencontre avec Le Seigneur. Du 17 au 20 septembre, plusieurs églises alsaciennes ont « servi d’écrin » au Carrefour européen du patchwork, manifestation internationale organisée dans quatre communes du Val d’Argent : Sainte-Marie-aux-Mines, Sainte-Croix-aux-Mines, Lièpvre et Rombach-le-Franc. Les créations présentées sont essentiellement des « quilts », œuvres composées de tissus assemblés, cousus et matelassés. Certaines témoignent d’un incontestable savoir-faire. Ce n’est donc pas la qualité des artistes qui est en cause, mais le choix des lieux dans lesquels leurs œuvres sont présentées.

Car parmi les seize sites mobilisés figurent plusieurs églises : Sainte-Madeleine à Sainte-Marie-aux-Mines, Saint-Nicolas à Sainte-Croix-aux-Mines, l’église de l’Assomption à Lièpvre ou encore Sainte-Rosalie à Rombach-le-Franc. Le parcours comprend également des édifices protestants, comme l’église des Chaînes, ainsi que Saint-Pierre-sur-l’Hâte, toujours utilisé selon le régime historique du simultaneum par catholiques et protestants. Dans les édifices catholiques, de véritables expositions sont installées. L’église de l’Assomption accueillait par exemple « Forza Vitale », de l’artiste australienne Brenda Gael Smith. Saint-Nicolas recevait une exposition associant des artistes européennes à des brodeuses afghanes. L’organisateur résume lui-même sa conception des lieux : chacun devient « une réelle galerie d’art ». Carrefour européen du patchwork

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C’est précisément là que le malaise commence. Une église catholique n’est pas une galerie dont la présence d’un autel, d’un tabernacle ou de statues constituerait simplement le décor. Lorsqu’elle demeure affectée au culte, elle est un lieu sacré, consacré ou béni pour une destination déterminée : rendre à Dieu le culte qui lui est dû. La dimension financière de l’événement rend la situation plus troublante encore. L’accès aux expositions s’effectuait dans le cadre d’une billetterie : 18 euros pour une journée du jeudi au samedi, 40 euros pour le pass quatre jours, avec remise d’un bracelet permettant d’accéder aux différents espaces. La billetterie précisait même qu’il n’existait pas de caisse à Sainte-Madeleine ou à l’église de l’Assomption et que le visiteur devait auparavant se procurer son bracelet.

Cette pratique n’est d’ailleurs pas née en 2026. Le Carrefour européen du patchwork existe depuis 1995 et l’utilisation du patrimoine religieux de la vallée est devenue au fil des éditions l’une des caractéristiques de la manifestation. Or le droit de l’Église n’est pas silencieux. Le canon 1210 du Code de droit canonique dispose que dans un lieu sacré ne doit être admis que ce qui sert ou favorise « le culte, la piété ou la religion ». Il prévoit certes que l’Ordinaire puisse autoriser ponctuellement d’autres usages, mais seulement s’ils ne sont pas contraires à la sainteté du lieu :

« Très concrètement, que viennent faire des patchworks représentant Bouddha au milieu de la nef d’une église catholique ?

La question devient donc inévitable : quelle autorité ecclésiastique a autorisé ces expositions dans les églises catholiques concernées et selon quels critères ? Une exposition artistique peut parfaitement trouver sa place dans une église lorsqu’elle respecte sa destination sacrée. Mais à force de considérer les églises comme des mètres carrés patrimoniaux disponibles pour la programmation culturelle, le risque est de faire oublier ce qu’elles sont. Dans une France où tant d’églises sont déjà fermées, désaffectées ou menacées faute de fidèles et de moyens, voir celles qui demeurent ouvertes transformées pendant plusieurs jours en étapes d’un parcours culturel payant devrait au moins susciter une réflexion. Une église peut accueillir la culture. Elle ne devrait jamais avoir besoin de cesser symboliquement d’être une église pour le faire.

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