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[ Léon XIV en France] Quand certains médias transforment la ferveur catholique en « entrisme identitaire »

@Eglisecatholique - Stade de France Depositphotos
@Eglisecatholique - Stade de France Depositphotos
Cette confusion entre ferveur religieuse et activisme identitaire n’a rien d’anodin : elle installe le soupçon politique au cœur même de la pratique catholique

Par Philippe Marie

À quatre jours de l’arrivée de Léon XIV en France, Libération publie un article dont le titre résume à lui seul le parti pris : « Croix géante, “sainte tunique” et influenceurs : les catholiques identitaires font de l’entrisme autour de la visite de Léon XIV en France ». La « mouvance identitaire », écrit le quotidien, serait « organisée et militante » et chercherait à « imprimer sa marque » sur le voyage du Pape.

Les faits invoqués pour soutenir cette lecture sont pourtant singuliers. Une croix doit être présente lors d’une veillée catholique. La Sainte Tunique d’Argenteuil, relique vénérée depuis des siècles, doit être exposée. Des influenceurs catholiques mobilisent leur audience. Des dizaines de milliers de jeunes s’apprêtent à prier avec le successeur de Pierre. Voilà donc les signes de « l’entrisme ».

Le mot est grave. L’entrisme suppose qu’un groupe extérieur investisse méthodiquement une organisation afin d’en modifier l’orientation ou d’en prendre le contrôle. Mais dans quelle organisation étrangère les catholiques seraient-ils ici en train d’entrer ? Il s’agit d’une visite pontificale. Le Stade de France accueillera le Pape et 80 000 jeunes pour une veillée de prière. Que des catholiques y apportent une croix, honorent une relique ou manifestent publiquement leur foi ne constitue pas une infiltration. C’est la nature même de l’événement.

L’amalgame devient plus préoccupant encore avec le qualificatif « identitaire ». Il permet de faire passer insensiblement le lecteur de la pratique religieuse à la suspicion politique. Une croix n’est plus seulement le signe central du christianisme : elle devient la marque d’un courant. Une relique n’appartient plus à la piété catholique : elle devient l’accessoire d’une stratégie. Une jeunesse catholique nombreuse et visible ne témoigne plus seulement d’une ferveur religieuse : elle devient une force organisée cherchant à « imprimer sa marque ».

La photographie choisie montre ainsi une croix fournie par SOS Calvaires, immédiatement présentée comme une « association traditionaliste » . L’information peut être donnée. Mais placée sous un titre consacré à « l’entrisme » des « catholiques identitaires », elle acquiert une autre fonction : nourrir une démonstration idéologique.

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Le début de l’article donne le ton. Un « prélat influent », dont le lecteur ignore le nom, compare anonymement la veillée du Stade de France au « Puy du Fou ». Puis le média explique que les 80 000 jeunes présents « échapperont au pire » puisque l’anneau attribué à Jeanne d’Arc ne sera finalement pas exposé. Nous ne sommes déjà plus dans la simple description d’un débat interne au catholicisme. Le vocabulaire indique au lecteur ce qu’il convient de regarder avec distance, inquiétude ou dérision.

Il existe naturellement des mouvements politiques identitaires en France, comme il existe des catholiques engagés politiquement à droite, au centre ou à gauche. Une enquête sérieuse peut établir des réseaux, des proximités, des financements, des stratégies et des responsabilités précises. Mais elle doit alors les démontrer. La présence d’une croix, l’attachement à une relique ou la pratique religieuse ne peuvent tenir lieu de preuves.

Car l’opération intellectuelle conduit à une étrange définition du « bon » catholicisme : une foi demeure acceptable tant qu’elle reste suffisamment discrète pour ne pas déranger les catégories politiques dans lesquelles certains voudraient l’enfermer. Lorsqu’elle retrouve une expression publique, populaire, traditionnelle ou simplement fervente, elle devient « identitaire ».

C’est là que l’accusation se retourne. L’identité est précisément assignée de l’extérieur. Ce ne sont plus les catholiques qui disent ce qu’ils croient ; on leur explique ce que leurs croix, leurs reliques et leurs prières signifieraient politiquement. Leur foi est interprétée avant même d’être entendue. On peut ne rien éprouver devant la Sainte Tunique. On peut discuter de l’opportunité de telle initiative, contester tel mouvement catholique ou trouver certaines manifestations de piété excessives. La liberté critique vaut pour tout le monde. Mais assimiler progressivement la visibilité catholique à « l’identitaire » et la mobilisation de fidèles à de « l’entrisme » relève d’un autre registre.

À quelques jours de la venue de Léon XIV, les catholiques français n’ont pas à s’excuser d’être catholiques. Une croix dans une veillée chrétienne n’est pas une prise de pouvoir. Une relique n’est pas un manifeste partisan. Et des jeunes qui se rassemblent pour prier avec le Pape ne sont pas, par nature, les agents d’une quelconque infiltration. Ils sont d’abord exactement ce que certains semblent avoir tant de difficulté à considérer sans leur attribuer une arrière-pensée politique : des catholiques.

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