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[EXCLUSIF] « Diversité positive et diversité négative » par le père Édouard Divry

Le  père Edouard Divry - L’École d’Athènes par Raphaël (1509-1511) - Depositphotos
Le père Edouard Divry - L’École d’Athènes par Raphaël (1509-1511) - Depositphotos
La véritable diversité enrichit l’unité, elle ne doit pas devenir un prétexte pour la détruire

par le père Édouard Divry*

Le pape Léon XIV à l’Élysée salue la France pour son « attention à la diversité ». Il cite en particulier la « diversité des origines » et la « diversité des consciences ». Chaque personne née d’un père et d’une mère de chromosomes différents acquiert dès sa conception une identité biologique unique qui relève d’une différence absolue avec autrui le plus proche, même jumeau, et avec quiconque, et relève d’une diversité en son acception absolue, toutes choses égales par ailleurs.

En effet, la nature humaine est la même pour tous les hommes (homines) et montre que la diversité en son acception absolue ne peut relativiser la nature humaine en elle-même constituée par l’âme et le corps, avec ses puissances (intelligence et volonté), sa mémoire, ses déterminations constitutives, ses sens et ses passions repérables d’une manière similaire pour chaque être humain. La culture s’ajoute à la nature originelle. Elle s’y greffe. Elle relève cependant du conditionnement qu’assimile l’âme et le corps par la formation reçue, son histoire.

La diversité des origines relève donc à la fois d’une dimension biologique, d’une culture infuse, mais sans négliger la communauté de bien, la nature humaine reçue dès la conception ce que le pape Léon XIV a rappelé au début de son discours à l’UNESCO. : « Avant toute chose, la personne humaine est un être conçu et né. »

La constitution principale Lumen Gentium du concile Vatican II a tenté une certaine quadrature du cercle : une constitution dogmatique écrite en style pastoral. Un exemple frappant, est l’usage du mot diversité (usage massif de diversité ou divers : LG, 4. 6. 7. 12. 13. 16. 18. 20. 23. 26. 28. 31. 32. 33. 41. 43. 44. 46. 49. 62. 66) qui a fini par être un homonyme du mot différence-variété. Mais cela apparaît un délitement progressif du mot diversité par l’effet de couches sémantiques successives qui s’accumulent dans le temps (cf. Pico : Jean Pic de la Mirandole). Martin Heidegger considérait l’importance de revenir aux étymologies.

Il est plus réaliste de suivre sur ce sujet Pico mais de préciser ce qu’on entend en usant d’un mot communément ambigu c’est-à-dire en le spécifiant à chaque usage. Le contexte aide à discerner la spécificité dans l’usage du mot diversité. Quelle était donc la signification ancienne, scientifique, du mot diversité ?

Thomas d’Aquin répercute le sens ancien, philosophique, des Grecs. « [Aristote] montre en quoi diffère différence et diversité ; en disant qu’autre est différence, autre diversité. Deux dont l’un est divers de l’autre, il n’est pas nécessaire que, par quelque chose, ils soient divers. Ils peuvent être divers par eux-mêmes. » (Thomas d’Aquin, Sententia Metaphysicae, lib. 10, l. 4, n. 37).

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En conséquence Thomas d’Aquin considère donc que diversité se dit absolument, différence se dit relativement. Cf. : « Divers se dit absolument, mais tout ce qu’on affirme différer diffère par quelque chose » (cf. Aristote Métaphysique, 10, III, 6 [1054b 24] in Thomas d’Aquin, ST, Ia, q. 3, a. 8 ad 3). En bon français, il serait bon de lever partout l’ambiguïté du mot diversité :

  • Soit son sens négatif (= pluralisme diviseur), une multiplicité qui va, par exemple, contre l’obéissance due aux lois sociales bonnes c’est-à-dire en congruence avec le bien commun. C’est au contraire l’avènement du quant à soi, de la justification permanente de l’auto-référentialité.

L’unité forcée peut empêcher des différences positives. Babel est l’exemple d’une unité forcée. « Comme l’unité qu’elle imposait était forcée, la diversité qui a suivi son effondrement s’est transformée en source de conflit » (Léon XIV, UNESCO). Il s’agit de la diversité négative.

  • Soit son sens positif (= pluriformité légitime), pluralité par exemple dans l’obéissance diversifiée selon les possibilités de chacun, différence positive, variété constructive. Pris au sens positif la diversité relève d’un bien à promouvoir : « La communion ne supprime en rien la diversité. Au contraire, elle permet à la diversité de s’épanouir dans l’harmonie des voix et des visages. »  (Léon XIV, idem). Il s’agit de la diversité positive.

Ce fut la décision du Synode extraordinaire de 1985, 20 ans après Vatican II, d’établir cette distinction dans la rédaction finale de son communiqué : pluralisme légitime s’oppose à pluralisme diviseur.

Si la diversité des origines est une évidence à constater et un bien à défendre, en revanche, la « diversité » des consciences pourrait paraître elle aussi un absolu mais de manière erronée. En fait, la conscience s’éduque. La difficulté vient de ce que chacun voit la fin comme il est.

Aristote est le premier à l’exprimer : « tel est chacun, telle lui semble être la fin » (Aristote, Éthique à Nicomaque, III, 5 [1114a32-b1]). Malgré cela, la conscience cherche sans fin à s’ajuster à la vérité objective. Si, quand l’heure de l’action s’impose, « la conscience oblige », toute conscience « n’excuse pas » en particulier si la formation de la conscience a été négligée. Avoir organisé légalement « les manipulations génétiques, la gestation pour autrui, l’achat d’organes ou l’offre d’une mort programmée » (Léon XIV, Élysée) est la preuve d’une conscience faussée, détournée par des intérêts qui ne relèvent pas de la dignité essentielle de l’homme. Merci au pape Léon XIV de l’avoir relevé.

Fr. Edouard Divry o. p.

*Le frère Édouard Divry est dominicain de la Province de Toulouse. Maître en philosophie et docteur en théologie, il est l’auteur d’une thèse dogmatique, La Lumière du Christ transfiguré chez les saints (Université de Fribourg, 2000), et d’une thèse d’habilitation en théologie fondamentale, Aux fondements de la liberté religieuse, Confrontation avec les religions monothéistes (Faculté de théologie de Lugano – Université suisse italienne, 2003).De (2011-21) il a été représentant de l’Eglise dans le dialogue avec les juifs.

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