Comme une mauvaise habitude qui semble désormais s’installer dans le paysage français, les chrétiens devront une nouvelle fois célébrer la Toussaint sous haute protection. Cette année encore, les fidèles qui se rendront à la messe ou viendront se recueillir sur les tombes de leurs proches pourront constater une présence renforcée des forces de l’ordre. Une situation devenue presque ordinaire, mais qui n’en demeure pas moins préoccupante dans un pays où la liberté de culte devrait pouvoir s’exercer dans la sérénité.
Dans une note adressée aux préfets à l’approche des célébrations des dimanche 1er et lundi 2 novembre 2026, le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez appelle à une « extrême vigilance », soulignant que « la menace terroriste reste très élevée ». Selon les informations rapportées par l’Agence France-Presse, les autorités devront renforcer la sécurité aux abords des lieux de culte et des cimetières chrétiens, particulièrement fréquentés pendant ces deux journées. Cette mobilisation concerne deux dates majeures du calendrier catholique. Le 1er novembre, l’Église célèbre la Toussaint, fête de tous les saints, connus et inconnus. Le lendemain, 2 novembre, elle commémore les fidèles défunts et invite les catholiques à prier pour ceux qui les ont précédés dans la mort. En France, la tradition veut également que les familles se rendent au cimetière à cette période pour fleurir les tombes et honorer la mémoire de leurs proches.
Le dispositif demandé par le ministère de l’Intérieur doit donc tenir compte non seulement des rassemblements dans les églises, mais aussi de l’affluence dans les cimetières. Les préfets sont chargés d’adapter les mesures de surveillance aux réalités locales, en lien avec les forces de police et de gendarmerie, les responsables religieux et les collectivités territoriales.
Cette nouvelle instruction intervient dans un contexte de progression des actes antichrétiens. Selon les chiffres du ministère de l’Intérieur, 843 actes antichrétiens ont été recensés en France en 2025, soit une augmentation de 9 % par rapport à 2024. Ils représentent 34 % de l’ensemble des actes antireligieux enregistrés dans le pays. Le ministre précise que ces faits concernent « très majoritairement le culte catholique » et que 87 % d’entre eux constituent des atteintes aux biens. Les données disponibles pour 2026 ne sont guère plus rassurantes. Entre janvier et août, 605 actes antichrétiens ont été enregistrés, soit une progression de 3 % par rapport à la même période de 2025 et de 21 % par rapport à celle de 2024. Ces chiffres illustrent la persistance des profanations, dégradations et autres atteintes visant les chrétiens et leurs lieux de culte.
Le ministre justifie également ses instructions par le niveau de la menace terroriste et par l’accroissement des tensions internationales. Les forces de l’ordre sont invitées à maintenir des contacts étroits avec les responsables des sites concernés, à évaluer les risques et à renforcer la surveillance des abords. Les préfets doivent également associer les maires à cette mobilisation, notamment par le recours aux polices municipales et aux dispositifs de vidéoprotection.
Cette mobilisation n’est pas isolée. À l’occasion de l’Assomption, le 15 août dernier, les autorités avaient déjà appelé à une vigilance particulière autour des lieux de culte chrétiens. La répétition de ces consignes, d’une grande fête religieuse à l’autre, témoigne d’une situation préoccupante : la protection policière tend à devenir une composante habituelle des principales célébrations catholiques. Il convient toutefois de préciser que cette alerte ne signifie pas qu’un attentat visant spécifiquement une église ou un cimetière aurait été identifié. Il s’agit d’une mesure de prévention nationale face à une menace jugée élevée.
Reste une question fondamentale : comment ne pas s’inquiéter de voir les catholiques devoir bénéficier d’une protection renforcée pour assister à la messe ou simplement honorer leurs morts ? Que les cimetières eux-mêmes, lieux de silence, de prière et de recueillement, nécessitent désormais une vigilance particulière rappelle combien la sécurité des chrétiens et la protection de leur patrimoine religieux demeurent des enjeux majeurs pour les pouvoirs publics.


