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À huit jours de la visite de Léon XIV, le conflit entre le recteur de Saint-Louis-des-Français et l’administration française éclate au grand jour

Le père Jean-Christophe Meyer  ( @Eglise catholique) -  Charles Personnaz, ambassadeur de France prés Le Saint-Siège - ( Wiki)
Le père Jean-Christophe Meyer ( @Eglise catholique) - Charles Personnaz, ambassadeur de France prés Le Saint-Siège - ( Wiki)
Entre le cultuel et le culturel, les divergences autour de Saint-Louis-des-Français ont tourné à la crise entre son recteur, le père Jean-Christophe Meyer, et l’administration des Pieux Établissements, placée sous l’autorité de l’ambassadeur Charles Personnaz

La démission du père Jean-Christophe Meyer, annoncée dimanche 13 septembre aux fidèles de Saint-Louis-des-Français, révèle une crise qui dépasse largement le départ prématuré d’un recteur nommé seulement un an plus tôt. Mikael Corre de La Croix apporte plusieurs éléments permettant de comprendre les deux dimensions de l’affaire : une opposition sur la gouvernance et la vocation du lieu, mais également un conflit avec plusieurs salariés dont le dossier pourrait prendre une tournure judiciaire. Encore faut-il comprendre qui s’oppose à qui.

Le père Meyer n’est pas en conflit avec le Saint-Siège. Son opposition concerne l’administration des Pieux Établissements de la France à Rome et à Lorette, propriétaire et gestionnaire notamment de Saint-Louis-des-Français. Administrés par le dominicain Renaud Escande, les Pieux Établissements sont placés sous l’autorité de l’ambassade de France près le Saint-Siège. Le recteur porte donc la mission ecclésiale et dirige la vie quotidienne de l’église, tandis que les Pieux Établissements administrent les biens, le personnel et le patrimoine sous la tutelle de l’ambassadeur de France Charles Personnaz.

Or le père Meyer a publiquement accusé cette administration d’être, « loin d’être un soutien à ma mission », un « véritable frein ». Derrière cette déclaration apparaît une première divergence : quelle place accorder respectivement au culte et à la valorisation culturelle d’un édifice qui est à la fois une église et l’un des joyaux du patrimoine français à Rome ?

Plusieurs dossiers ont cristallisé les tensions. La mise aux normes du palais attenant aurait nécessité le déménagement de la communauté sacerdotale avant d’être reportée. Un projet concernant l’accès touristique aux trois chefs-d’œuvre du Caravage a également suscité l’opposition du recteur. L’hypothèse de faire payer l’accès a finalement été amendée : l’entrée demeure libre et seules certaines visites guidées sont payantes. Une soirée souhaitée par un mécène ayant financé le nouvel éclairage aurait également été bloquée. Enfin, l’installation dans la chapelle des Caravage d’une croix contemporaine de Jean-Michel Othoniel, dont l’inauguration est prévue le 21 septembre, aurait rencontré les réticences du recteur.

Dans l’entourage du père Meyer, ces épisodes traduiraient une même préoccupation : préserver le caractère cultuel de Saint-Louis face au risque d’une place toujours plus importante accordée aux activités culturelles et patrimoniales.

Mais le dossier comporte un second versant, beaucoup plus délicat. Quatre salariés avaient dénoncé le management du recteur et d’un autre responsable. Une médiation a été tentée, sans parvenir à résoudre le conflit. « Les quatre salariés prennent des avocats et écrivent à leur employeur, les Pieux Établissements, menaçant d’un procès », rapporte Mikael Corre, qui précise avoir pu consulter le dossier. L’information révèle aussi toute l’ambiguïté du système : le recteur dirige le personnel au quotidien, mais les salariés ont juridiquement pour employeur les Pieux Établissements. Les signalements remontent donc à l’administration placée sous la tutelle de l’ambassade.

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Le 2 août, le conseil juridique des Pieux Établissements examine les conséquences d’une éventuelle procédure. « Portés devant le tribunal de Rome, ces faits pourraient relever des qualifications italiennes du harcèlement moral au travail », rapporte encore le journaliste. La nuance est essentielle : aucune juridiction n’a condamné le père Meyer pour harcèlement. Celui-ci conteste cette qualification et reproche à l’administration une « absence d’accompagnement de la situation ». C’est néanmoins dans ce contexte qu’il remet sa démission à Charles Personnaz, ambassadeur de France près le Saint-Siège, qui l’accepte.

L’ambassade n’est donc pas un simple spectateur d’une querelle entre ecclésiastiques. Elle exerce la tutelle sur l’administration avec laquelle le recteur est entré en conflit, tandis que l’ambassadeur a lui-même accepté son départ. L’affaire ravive surtout un problème plus ancien. En 2024, la Cour des comptes avait examiné la gestion des Pieux Établissements et formulé une quinzaine de recommandations. Leurs statuts, qui remontent à 1956, sont aujourd’hui en cours de révision.

Les orientations culturelles développées par Renaud Escande, concerts, expositions, mécénat, suscitent également des réserves chez certains membres du clergé français à Rome. L’affaire était remontée jusqu’au cardinal Jean-Marc Aveline, président de la Conférence des évêques de France. L’arrivée du père Meyer, ancien secrétaire général adjoint de la CEF, devait précisément conforter la dimension ecclésiale de Saint-Louis.

Un an plus tard, son départ montre que la question reste entière. Il serait excessif d’en faire un conflit entre la France et le Saint-Siège, et rien ne permet d’affirmer que cette affaire affectera directement la visite de Léon XIV. Mais le calendrier est particulièrement malheureux. À huit jours de l’arrivée du pape, l’une des plus prestigieuses églises françaises de Rome expose publiquement les contradictions d’un système où se rencontrent culte, diplomatie, patrimoine, salariés et administration.

Derrière la démission du père Meyer demeure finalement une question que la réforme des Pieux Établissements devra trancher : lorsqu’entrent en tension la vocation d’une église et les ambitions culturelles attachées à son patrimoine, à qui revient réellement le dernier mot ?

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