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[Vidéo] Cardinal Parolin : « Pour les homélies, j’utilise le cœur et non l’intelligence artificielle »

Cardinal Parolin - capture
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Interrogé à Rome sur son utilisation de l’intelligence artificielle, le secrétaire d’État du Saint-Siège a posé une limite très claire : pour ses homélies, le cardinal Pietro Parolin préfère le cœur à la machine

« Non, non. » La réponse du cardinal Pietro Parolin n’a pas nécessité de longues considérations théologiques. Interrogé mercredi 16 septembre sur la possibilité qu’il utilise l’intelligence artificielle pour préparer ses homélies, le secrétaire d’État du Saint-Siège a répondu sans hésiter : « L’intelligence artificielle, c’est seulement la tête et il n’y a pas de cœur. Moi, j’essaie d’y mettre un peu de cœur, même dans les homélies. »

La formule a été prononcée à Rome, en marge du colloque « Foi et raison à l’ère de l’intelligence artificielle », organisé à la Chambre des députés italienne. Le sujet n’avait rien d’anecdotique : le cardinal Parolin était précisément venu réfléchir aux bouleversements provoqués par l’IA et à la nécessité de placer cette puissance technologique au service de l’homme. Le prélat romain ne prétend d’ailleurs pas échapper à l’intelligence artificielle. Elle s’introduit désormais presque spontanément dans l’usage quotidien des outils numériques. « Aujourd’hui, l’intelligence artificielle s’impose parce que lorsque vous ouvrez l’ordinateur et que vous lisez quelque chose, elle vous présente déjà une synthèse », constate-t-il.

Mais entre accepter l’assistance d’un outil et lui abandonner une parole destinée à nourrir la foi, Son Eminence Pietro Parolin établit une frontière. Et cette distinction touche directement à la nature de l’homélie.

Une homélie catholique n’est pas une dissertation religieuse, encore moins un exercice d’éloquence. Le prêtre ou l’évêque ne reçoit pas seulement pour mission de produire un commentaire intellectuellement satisfaisant des lectures du jour. Il doit annoncer la Parole de Dieu à une communauté concrète, dans un lieu et à un moment précis, après l’avoir lui-même méditée et reçue. L’intelligence artificielle peut incontestablement fournir des informations, rapprocher des textes, résumer un commentaire biblique ou proposer une construction rhétorique. Elle peut même produire, en quelques secondes, un texte dont la forme semblera parfaitement convenable.

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Une machine peut produire des mots. Mais peut-elle parler au cœur de l’homme ?

Elle ne prie pas. Elle ne connaît ni le silence devant le tabernacle, ni l’expérience du pardon, ni le poids d’une souffrance confiée par un fidèle, ni cette responsabilité singulière du prêtre qui monte à l’ambon devant des hommes et des femmes dont il connaît parfois les épreuves. C’est probablement là que la petite phrase du cardinal Parolin prend davantage de profondeur qu’il n’y paraît. L’enjeu n’est pas seulement de savoir si l’intelligence artificielle est capable de composer une bonne homélie. Techniquement, elle peut certainement produire un texte bien structuré. La véritable question est de savoir ce que deviendrait la prédication si celui qui doit annoncer la Parole renonçait lui-même au travail de méditation, d’intériorisation et de discernement qui la précède.

La réflexion rejoint plus largement la position défendue par le Saint-Siège sur l’intelligence artificielle : ne pas diaboliser la technique, mais refuser de lui abandonner ce qui appartient en propre à la personne humaine.

Lors du même colloque, le cardinal Parolin a ainsi appelé à prendre le temps de réfléchir aux conséquences de l’IA et aux dangers que son utilisation peut présenter. Il a également plaidé pour des règles communes à l’échelle internationale : un phénomène mondial ne peut être abandonné aux seules stratégies particulières de quelques États.

Le secrétaire d’État touche ainsi à une question anthropologique plus vaste. Ce qui est en jeu n’est pas seulement ce que la machine sera capable de faire demain, mais ce que l’homme acceptera de ne plus faire lui-même. La question des homélies en offre une illustration presque parfaite. Une intelligence artificielle peut connaître les Pères de l’Église, retrouver saint Augustin en quelques secondes, établir des concordances bibliques et proposer dix commentaires de l’Évangile du dimanche. Elle peut manier les mots du christianisme. Mais elle ne croit pas à ce qu’elle écrit. Et lorsqu’il s’agit d’annoncer Celui qui est le Verbe fait chair, cette différence n’est peut-être pas un détail.

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