« La pluie tombe désormais sur les fidèles pendant les offices » : À Southwell, dans le Nottinghamshire, une cathédrale vieille de neuf siècles pourrait bientôt fermer ses portes, faute de moyens pour entretenir ses bâtiments et poursuivre ses activités. Une perspective presque inimaginable pour cet édifice qui a traversé les guerres, les épidémies et les bouleversements religieux de l’histoire anglaise.
Cette menace intervient alors que l’Église d’Angleterre traverse une crise d’autorité particulièrement profonde, incarnée par les divisions suscitées par sa nouvelle archevêque de Cantorbéry, Sarah Mullally. Première femme à accéder à cette fonction, elle est loin de faire l’unanimité dans la Communion anglicane. Son soutien aux bénédictions des couples de même sexe et sa défense de l’épiscopat féminin ont provoqué une opposition particulièrement ferme parmi les responsables anglicans conservateurs, notamment africains. Le mouvement GAFCON, qui rassemble des Églises anglicanes attachées à une interprétation traditionnelle des Écritures, a ouvertement contesté sa légitimité à exercer un rôle de direction dans la Communion anglicane. Son président, l’archevêque rwandais Laurent Mbanda, a notamment estimé qu’elle ne pouvait plus constituer un véritable principe d’unité pour les anglicans. En mars 2026, les responsables de ce mouvement ont même adopté une nouvelle organisation destinée à réduire leur dépendance envers Cantorbéry.
La contestation dépasse donc largement la question de savoir si une femme peut exercer une fonction épiscopale. Elle porte sur la fidélité à l’enseignement biblique, la conception chrétienne du mariage et l’autorité doctrinale au sein d’une Communion anglicane de plus en plus divisée.
C’est dans ce contexte que la situation de Southwell prend une dimension particulièrement révélatrice.
Southwell Minster ( également appelée cathédrale et église paroissiale de la Bienheureuse Vierge Marie de Southwell ) a été construite à partir de 1108, bien avant la rupture d’Henri VIII avec Rome, cette ancienne église catholique devenue cathédrale anglicane conserve des trésors remarquables de l’art médiéval. Parmi eux figurent les Leaves of Southwell, sculptures végétales du XIIIe siècle dont la finesse témoigne du génie des artisans chrétiens de l’époque. Aujourd’hui, les infiltrations d’eau menacent ces œuvres autant que les fidèles réunis pour prier.
Selon les informations publiées par The Times le 28 octobre 2026, la cathédrale aurait besoin de quelque 20 millions de livres sterling pour réaliser les travaux accumulés depuis plusieurs décennies. Son doyen, Stephen Evans, a averti que les ressources nécessaires au fonctionnement quotidien pourraient être épuisées dès 2027. Sans financement exceptionnel, une fermeture deviendrait alors envisageable. L’urgence est telle que l’institution recherche immédiatement 220 000 livres pour les réparations les plus pressantes, tandis qu’un minimum de 3,3 millions de livres serait nécessaire au cours des trois prochaines années. Le cas de Southwell n’est pas isolé. Près de 80 % des 42 cathédrales anglicanes d’Angleterre seraient déficitaires. Une douzaine connaîtraient des difficultés comparables, révélant une fragilité structurelle bien plus large que celle d’un monument particulier.
Le contraste est saisissant pour une Église qui conserve pourtant le statut officiel d’Église établie, avec le souverain britannique comme gouverneur suprême. Il serait injustifié de rendre Sarah Mullally personnellement responsable d’une crise financière qui s’est constituée bien avant son arrivée à Cantorbéry. Mais cette situation vient alourdir un héritage déjà considérable pour une dirigeante dont l’autorité spirituelle demeure contestée par une partie importante de l’anglicanisme mondial.Alors que les débats sur les bénédictions homosexuelles et l’ordination des femmes continuent de diviser les anglicans, une question autrement concrète s’impose désormais : comment maintenir vivants les lieux où la foi chrétienne est célébrée depuis des siècles ?
À Southwell, le danger n’est plus seulement celui d’une fracture doctrinale. C’est une cathédrale entière, héritée de l’Angleterre chrétienne médiévale, qui pourrait cesser d’accueillir les fidèles. Et pour Sarah Mullally, déjà confrontée à une contestation profonde de son autorité, cette nouvelle crise souligne l’ampleur des difficultés auxquelles doit faire face l’Église d’Angleterre.


